11.10.13

Sunshine Superman


  Je rappelle la coïncidence survenue en fin d'écriture du précédent billet.
  L'étude de Rouge-Gorge de Jo Nesbø m'a conduit à La mort et la boussole de Borges, et à un de ses avatars trouvé par hasard il y a quelques années, Fantaisie architecturale de Bernard Marcadé paru dans le Guide du Paris de l'Ivre de Pierres (mai 82). Le matin du dimanche 22 septembre une phrase de ce texte,
Brusquement il y eut une interminable odeur d'eucalyptus.
m'a fait vérifier que les mots en italique étaient une citation de Borges, et ils figurent effectivement dans l'incipit de cette nouvelle de Fictions.

  Quelques heures plus tard un colistier de la liste Oulipo proposait l'exercice de la Semaine du Livre, recopier la 5e phrase de la page 52 du livre le plus proche de soi, sans en indiquer les références. Les livres les plus proches de moi étaient alors ce Guide et Fictions, et je me suis aperçu que la phrase qui m'avait intrigué était la 5e de la page 52 du Guide.
  La 5e phrase de la page 52 de mon édition Folio de Fictions (1981) était merveilleusement significative :
Telle fut la première intrusion du monde fantastique dans le monde réel.
 J'ai ajouté à ce billet quelques notes, mais ce qui suit promet d'être si copieux que je doute d'en démêler tous les fils.
  Il importe d'abord de citer le passage précédant la phrase dans Tlön, Uqbar, Orbis Tertius, première nouvelle de Fictions :
[page 51] Vers 1942 les faits redoublèrent. Je me rappelle l'un des premiers avec une singulière netteté, et il me sembla que j'eus un peu le sentiment de son caractère prémonitoire. Il se produisit dans un appartement de la rue Laprida, en face d'un balcon clair et élevé qui donnait au couchant. La princesse de Faucigny Lucinge avait reçu de Poitiers sa vaisselle d'argent. Du vaste fond d'une grande caisse bariolée
[page 52] de timbres internationaux sortaient de fines choses immobiles : argenterie d'Utrecht et de Paris avec une dure faune héraldique, un samovar. Parmi celles-ci - avec un frémissement perceptible et léger d'oiseau endormi - palpitait mystérieusement une boussole. La princesse ne la reconnut pas. L'aiguille bleue cherchait le nord magnétique ; les lettres du cadran correspondaient à un des alphabets de Tlön. Telle fut la première intrusion du monde fantastique dans le monde réel.
  C'est donc une boussole qui révèle cette "intrusion". J'ai vérifié que c'était la seule occurrence du mot "boussole" dans le recueil Fictions, en dehors de La mort et la boussole bien entendu.
  La nouvelle Tlön... a la particularité d'être formée d'une première partie en 15 pages, écrite en 1940, suivie d'un post-scriptum de 1947 en 5 pages, mais ce prétendu complément figurait dès la parution originale du texte en 1940. Le passage ci-dessus est issu de ce post-scriptum, et il est intrigant d'y trouver l'apparition de cette boussole datée de "vers 1942", année d'écriture de La mort et la boussole, peut-être la nouvelle la plus connue de Borges, ayant inspiré de multiples fictions, au moins 3 romans, L'Adversaire de Queen, La bibliothèque de Villers de Peeters, Borges et les orangs-outangs éternels de Verissimo, au moins 3 nouvelles, et au moins deux adaptations TV :
- un téléfilm anglais d'Alex Cox en 1992;
- un téléfilm français que je me rappelle avoir vu vers 1990, lors des fêtes du nouvel an, mais dont je n'ai pu retrouver trace (merci à qui le connaîtrait de me le signaler).

  Lorsque j'ai repris la page 52 de Fictions de 22 septembre, je me suis aussitôt souvenu que Perec citait ce passage dans La Vie mode d'emploi (VME). Voici ce qu'il est devenu au chapitre 56 de VME :
Il tient sous le bras gauche un quotidien du matin sur lequel on peut voir une publicité pour des bas, l’annonce de la sortie prochaine du film de Gate Flanders, Amour, Maracas et Salami, avec Faye Dolores et Sunny Philips, et une manchette : La Princesse de Faucigny-Lucinge est revenue ! surmontant une photographie où l’on voit la princesse assise, l’air furieux, dans un fauteuil modern style cependant que cinq douaniers sortent avec mille précautions du vaste fond d’une grande caisse bariolée de timbres internationaux un samovar d’argent massif et un grand miroir.
  Une différence est immédiate : chez Borges les deux objets précisés sont le samovar et la boussole, tandis que Perec a remplacé la boussole par un miroir. Il peut y avoir une raison simple, une contrainte appelant la présence d'un miroir dans ce chapitre, mais sa présence au sein d'une citation de Tlön ne peut laisser indifférent quand on sait qu'une des phrases les plus connues de Borges vient précisément du début de cette nouvelle :
Bioy Casarès se rappela alors qu'un des hérésiarques d'Uqbar avait déclaré que les miroirs et la copulation étaient abominables, parce qu'ils multipliaient le nombre des hommes.
  J'ai déjà cité cette phrase dans un billet de 2009, suite à la diffusion  d'un épisode de la série Inspecteur LewisDe l'autre côté du miroir, où une jeune femme était égorgée avec un éclat de miroir, l'assassin ayant ensuite barbouillé avec le sang de la victime le mot UQBAR sur un papier laissé à côté d'elle.
  Ce mot Uqbar était pour la victime suivante un nom de code pour "l'allégorie de l'amour", The allegory of love, titre original de l'épisode emprunté à une oeuvre de CS Lewis, et le meurtre suivant était commis avec l'épée de vérité de Lewis, ce que j'ai rappelé récemment ici.
  Il n'était nullement mentionné dans l'épisode la relation de Borges avec les miroirs, lesquels font de la propriété de Triste-le-Roy où s'achève La mort et la boussole un labyrinthe infini.

  Je n'avais alors pas décortiqué l'emprunt de Perec au point de constater que la boussole de Tlön était devenue un miroir, et n'avais d'ailleurs jamais remarqué cette boussole.
  J'ai scruté l'épisode plus attentivement. Il y a plusieurs princesses de Faucigny-Lucinge, l'une d'elles étant une amie de Borges, María Lidia Lloveras.
  C'est à Buenos Aires qu'il y a une rue Laprida, du nom du premier président argentin, mort égorgé le 22 septembre 1829. Je rappelle que c'est ce 22 septembre que s'est passée l'affaire des 5es phrases page 52, 22 septembre qui est aussi le 1er Vendémiaire. Laprida était apparenté à Borges.
  Je n'ai pas réussi à savoir si la princesse de Faucigny-Lucinge avait habité rue Laprida, mais il y demeurait un grand ami de Borges, à l'adéquat numéro 1214 car il était né un 12/14 (14 décembre 1887), l'artiste Xul Solar, également cité dans la nouvelle, et l'ayant d'ailleurs peut-être inspirée, du moins pour ce qui concerne les langues de Tlön.

  J'ai été éberlué d'apprendre le 30 septembre que Xul Solar avait pour nom de naissance Alejandro Schulz Solari, fils de Elmo Schulz allemand né à Riga, et d'une mère italienne née Solari.
  Les commentateurs semblent accréditer que les différents langages de Tlön dont il est question dans la nouvelle sont en directe provenance de Xul, inventeur de diverses langues écrites et parlées comme la panlingua dont voici quelques glyphes. Ceci s'accorde avec l'apparition de la boussole porteuse d'un alphabet de Tlön rue Laprida, où habitait Solar.
  Ainsi moi, Rémi Schulz, ai été conduit à une intrusion dans le monde fantastique d'un autre Schulz... Il est vrai que ce patronyme est assez courant, mais il a diverses autres graphies (Schultz, Schultze, Scholz...), et l'affaire est loin de s'arrêter à une simple hom-onymie.

  Ayant découvert qu'il avait existé la revue argentine Xul parue de 1980 à 1996, j'ai cherché xul 1980 sur GoogleImages, et ai eu la surprise de trouver parmi les premiers résultats le dernier numéro de Viridis Candela. Le lien pointait vers l'article Wikipédia sur la revue, et le thème du Correspondancier n° 24, paru en juin dernier, était la pataphysique à Buenos Aires. 16 pages y étaient consacrées à Xul Solar.
  Il y avait aussi quelques pages plus loin un article d'un autre Schulz, moi, comme en témoigne ce début du sommaire. C'est le deuxième article que j'avais proposé à la revue, le premier était paru dans le n° 17.
  Si l'on m'avait demandé avant le 30 septembre dernier qui était Xul Solar, j'aurais été bien en peine d'avancer quoi que ce fût. Le passage de Tlön où son nom est mentionné m'est pourtant familier, mais de nombreux personnages réels ou imaginaires apparaissent dans la nouvelle. J'ai évidemment regardé en juin le sommaire du numéro, où aucun nom du dossier portègne ne me semblait connu. Je n'ai donc pas lu l'article sur Xul de Thieri Foulc, qui non seulement y donnait son patronyme originel mais remarquait l'homonymie avec le mien (c'est en connaissance de cause qu'il a inclus mon article à cette livraison). Il faisait encore écho à l'idée que les mots tlöniens Hlör u fang axaxaxas mlö de la nouvelle étaient de la panlingua solarienne.

  Je reviendrai à Viridis Candela, mais je crois devoir d'abord introduire un autre élément spéculaire propre à faire perdre la boussole. La nouvelle Tlön est basée sur la découverte d'un exemplaire particulier d'une édition pirate de l'Encyclopaedia Britannica, dont le 46e volume Tor-Ups contient 4 pages sur Uqbar absentes de tous les autres exemplaires.
  Il a été il y a peu découvert que Borges s'était inspiré d'une édition bien réelle, Anglo-American Encyclopedia, dont le volume 46 est en fait TOT-UPS. Si personne n'a trouvé jusqu'ici d'exemplaire contenant les 4 pages sur Uqbar, il semble bien que Borges ait remarqué l'absence dans cette édition du mot Ur, pourtant l'une des premières villes mentionnées dans la Bible, Ur Chaldaeorum de la Vulgate, lieu de naissance d'Abraham, Ur ou Our des mots-croisés.
  Selon l'Encyclopaedia Britannica, "ur" signifierait originellement "the city", et Borges se serait ému de l'absence de cette "ville primordiale" dans une encyclopédie se prétendant exhaustive, d'autant que le préfixe allemand ur signifie "originel", ce dont il se sert probablement en employant à deux reprises le mot Ursprache, "langage originel".
  Cet article érudit en anglais donne plus de détails, mais je crois pouvoir apporter d'autres lumières sur la question, car Ur de Chaldée est en hébreu אור כשדים, où אור (AWR) est aussi un substantif, signifiant "feu" lorsqu'il est vocalisé 'ur, "lumière" lorsqu'il est vocalisé 'or (seul le contexte guidait jadis pour choisir le bon sens). De fait la tradition juive associe Ur à une fournaise où les païens auraient jeté Abraham, sauvé par un miracle divin. L'hébreu pour "ville" est 'ir, proche de 'ur.
  Je rappelle que c'est le personnage Rouge-gorge, alias Gudbrand-Urias (Uriah, AWRYH), double "feu de Dieu" (ou "lumière de Dieu") de Nesbø qui m'a conduit au vengeur de La mort et la boussole, Red Scharlach, puis via la 5e phrase de la page 52 à la boussole de Tlön, venue du monde d'Uqbar qui aurait donc été Ur dans l'esprit de Borges...
  Borges pouvait connaître ce sens de "lumière" pour Ur, auquel cas il aurait pu se sentir concerné par l'absence de "lumière" de l'encyclopédie, se sachant condamné à la cécité.

  Xul Solar a choisi son nom d'après le mois maya Xul, se prononçant choul, presque Schulz, mais il a probablement pensé aussi au latin lux, "lumière". Xul est le 6e des 18 mois de 20 jours du calendrier solaire Haab, suivi du mois de Yaxkin correspondant à la naissance de Xul Solar un 14 décembre, mois du solstice d'hiver essentiel pour les Mayas, renaissance du soleil.
  Le renversement de lux en xul peut aussi amener l'idée que xul solar serait le contraire de la lumière solaire, or Ur était la cité de la déesse Lune.
  Borges pourrait avoir situé le luxe de sa princesse à l'adresse de Xul en pensant à une origine lux du nom Lucinge. Si cette page trouve fantaisiste une étymologie directe lux-Lucinge, elle donne pour origine probable Lucianus, nom propre lui-même dérivé de lux.

  Thieri Foulc auteur de l'article sur Xul Solar dans le Correspondancier m'a confié avoir renoncé à mentionner le jeu lux-xul parce qu'il n'était pas attesté chez l'artiste, bien que fréquemment mentionné par des tiers. Il lui correspondrait UR-RU, ce qui m'évoque aussitôt le nom éminemment pataphysique UR-UBU-RU rencontré dans l'antépénultième billet. J'ai tracé une gidouille rouge sur le ventre de cet urubu à tête rouge en pensant au mot ru, "rouge" en breton.
  Une rapide enquête sur le nom Uruburu m'avait appris qu'il provenait du basque uriburu, "tête de la cité", où j'avais présumé que buru correspondait à "cité", en pensant au bury-borough anglais. Il n'en est rien et c'est "tête" que signifie buru, le même dictionnaire m'apprenant que uri, "ville", a pour autre forme iri, ce qui est proche de l'hébreu 'ir, "ville", peut-être à l'origine de 'ur.
  Je n'avais alors aucune raison de remarquer qu'il y avait une importante famille Uriburu en Argentine, dont sont issus deux présidents, et une rue Uriburu à Buenos Aires, citée par Borges.
  Le second président Uriburu était plutôt un dictateur, et c'est curieusement son régime qui a mis fin en 1930 au réseau de prostitution Zwi Migdal que j'ai vu concerné par La mort et la boussole.
  Cyrieusement encore, cet Uriburu a destitué un autre président d'origine basque, Yrigoyen né Irigoyen ("dessus de la cité").

  Ur-rue, la rue de la cité... Superbement, BUENOS AIRES est l'anagramme exacte de URIAS NESBOE, le nom de l'auteur norvégien Nesbø étant souvent écrit Nesboe dans l'orthographe normalisée ne connaissant pas le ø scandinave.
  Urias a pour anagramme suria, "soleil" en malais, mais la question des anagrammes de URIAS est si riche que j'y consacrerai le prochain billet.

  Au jeu UR-RU peut correspondre le BAR/UQ pour UQ/BAR de Perec, avec l'article de Boris Baruq Nolt qui ouvre la revue imaginaire BILL dont le sommaire constitue l'essentiel du chapitre 56 de VME, la citation donnée plus haut représentant environ la moitié du texte proprement dit du chapitre.
  Nolt y est évidemment le renversement de Tlön, et Boris l'anagramme d'Orbis, Tertius étant peut-être donné par la page 303.
  Les deux rubriques suivantes sont encore des citations de Fictions. Je me suis émerveillé à diverses reprises de la juxtaposition des rubriques 6 et 7, l'une étant une allusion sauvage à Sturgeon, non programmé dans ce chapitre, l'autre une allusion à La mort et la boussole exploitant la citation de Freud programmée, Perec ayant déniché une obscure notule de Freud sur YHWH dans la Révolution psychanalytique de Marthe Robert, transformée en Robin Marr.
  Je suis encore revenu récemment sur les liens Borges-Queen-Sturgeon-Perec, remarquant pour la première fois la possibilité de transformer Robin Marr en "rabbin mort", la nouvelle de Borges s'ouvrant sur la mort d'un rabbin, mais je n'ai pas repensé à ce Robin Marr lorsque j'ai fait le lien dans le dernier billet, via Queen, entre Rouge-gorge, vengeur chez Nesbø, et Red Scharlach, vengeur chez Borges, alors même que j'y signalais une anagramme à propos d'un autre Robin ("rouge-gorge" et diminutif de Robert).
  Incidemment, je viens de relire le premier Nesbø, L'homme chauve-souris, et le meurtrier étrangleur s'y prénomme Robin... Le livre est construit selon un mythe aborigène australien, où Walla et Moora sont opposés au serpent Bubbur, homologué au tueur Robin.

  Mon article du Correspondancier concernait les patriarches Sem et Héber, impliqués dans un jeu dont j'avais proposé une transposition ici. La presque homonymie entre Héber et le père Hébert modèle d'Ubu avait été évoquée dans les numéros précédents, mais les intervenants ignoraient l'étonnante tradition de l'Académie de Sem et Héber, la première yeshiva où fut enseignée la Tora, précisément aux personnages dont la Tora relate les vies...
  Dans le monde yiddish, la yeshiva se confondait avec la synagogue et était appelée di shul, se prononçant "choul" comme Xul. Le mot est toujours d'emploi courant comme ont peut le vérifier avec une requête "yeshiva" "shoule".

  La prononciation du X espagnol varie selon les régions et les temps. Avant qu'on ne me précise que Xul se prononce "choul" j'imaginais que le X avait la même prononciation que la jota J, comme dans Jerez/Xerez ou Mexico, ainsi je voyais Xul équivalent à Jul, évoquant Julio, "Jules" ou "juillet".
  Dans Rouge-gorge, le vengeur Urias tente de faire endosser ses crimes par Even Juul.
  Un "Jules" solaire m'évoque aussitôt César, qui a donné son nom au calendrier julien, basé sur un cycle solaire de 365,25 jours. Que le père de Xul Solar ait été un letton de Riga, Elmo Schulz, me touche particulièrement car j'ai mis beaucoup de moi dans le personnage Tom Lapnus des Pans du bizarre, Juif letton né à Riga, auquel j'avais attribué mes propres découvertes sur l'année solaire de César.
  J'ai fait mourir mon Tom Lapnus le 8 mai 99. Entre l'écriture des Pans achevée en septembre 99 et sa parution en octobre 2000 est paru le second polar de Guillaume Lebeau, L'agonie des sphères, où meurt aussi le 8 mai 99 un libraire latiniste d'origine judéo-lettone, Walter Zap.
  L’écriture des Pans m’avait amené à citer le premier polar de Lebeau, L’Algèbre du besoin, pour une coïncidence solaire survenue en temps réel. Pensant à Héliopolis, « cité du soleil », j’en ai perçu sans la chercher l’anagramme « Soleil Hopi », titre d’un livre célèbre; mon regard est tombé peu après sur ce polar de Lebeau, un Masque à la couverture jaune d'or se passant à Sun City.
  C'est dans Virgile que Tom Lapnus comme Rémi Schulz ont découvert des relations miraculeuses sur l'année de César, et l'écho avec le libraire Walter Zap m'a semblé se répercuter sur le libraire philadelphien Virgil Lux du roman Une troublante identité de Rosamond Smith, mentionné dans le pénultième billet.
  Thieri Foulc consacre une partie de son article sur Xul Solar à un roman de Leopoldo Marechal, Adán Buenosayres, où les membres de l'intelligentsia littéraire argentine sont présents sous des noms à peine voilés, l'aveugle Luis Pereda pour Borges, l'astrologue Schultze pour Xul Solar.
  La dernière partie est une visite d'un enfer imaginé par Schultze, l'obscure ville de Cacodelphia, dont Schultze se fait le Virgile dantesque pour le narrateur, comme l'indique la dernière phrase de la page espagnole wiki :
El último libro, el «Viaje a la Oscura Ciudad de Cacodelphia», es ni más ni menos que una parodia del Infierno de La Divina Comedia de Dante Alighieri, con sus círculos y su Virgilio particular (Schultze).
  Virgil Lux à Philadelphie, Virgilio Xul à Cacodelphie... Cette visite de l'enfer débute à minuit le samedi 30 avril 192*, veille de Pâques, et elle se déroule donc un dimanche pascal 1er mai qui outrepasse nettement les dates grégoriennes de Pâques, mais qui pourrait correspondre au 18 avril 1921 du calendrier julien, en retard alors de 13 jours sur le calendrier grégorien.
  En feuilletant le pdf en ligne du roman, j'ai remarqué malgré mon inconnaissance de l'espagnol un passage sur le mot hébreu Avir (AWYR), "air", qui devient Aor (AWR), "lumière", si on lui ôte un iod (Y).

  Je donnais aussi dans le pénultième billet une curiosité de la traduction espagnole (la langue de Xul Solar) des Pans, où le chapitre Cesser est devenu César, soit "César", alors que "cesser" se dit cesar en espagnol.
  Dans l'article du Correspondancier, je hasardais l'idée que Jarry avait placé son pentateuque ubuesque sous le signe du sacré, anagramme de l'acrostiche des 5 oeuvres contenant Ubu dans leurs titres :
  Il m'avait alors échappé que les lettres RCEAS pouvaient aussi former "César", alors qu'un autre texte de Jarry est César-Antéchrist, où Ubu est d'ailleurs présent comme le titre ne l'indique pas.

  J'ai montré plus haut un urubu à tête rouge, avec en arrière-pensées les vengeurs de Borges et Nesbø, mais aussi la victime Joachim Rotkopf ("tête rouge") de Borges et les orangs-outangs éternels, où Luis Verissimo a imaginé de faire enquêter Borges en personne sur le meurtre de Rotkopf qui a plié son corps devant un miroir pour dénoncer son assassin, mais le seul témoin révise à diverses reprises son témoignage, chacune désignant un coupable différent, dans des chapitres titrés X, O, M, W, ◊ (le losange de La mort et la boussole).
  Les deux premières versions accusent Xavier Urquiza, puis Oliver Johnson. Je m'étais émerveillé des lettres complémentaires des prénoms, AVIER et LIVER, correspondant exactement aux initiales des prénoms et noms des victimes de La bibliothèque de Villers, choisis pour former les acrostiches IVREA et IVREL, et je m'émerveille aujourd'hui des noms, Urquiza et Johnson.
  Urquiza est le nom d'un autre président argentin, assassiné comme Laprida, ayant donné son nom à tout un quartier de Buenos Aires. C'est encore un nom basque débutant par UR, mais dont l'origine est probablement urkhi, "bouleau".
  En espagnol quizá signifie "peut-être", ainsi Ur quizá signifierait "peut-être Ur", éventuelle définition d'Uqbar.
  Si Johnson est un nom très courant, le véritable nom du vengeur Urias dans Rouge-gorge en est une forme, Johansen, de l'hébreu Yohanan, "grâce de YHWH".

  Evoquer Rotkopf m'amène à rappeler que Borges a modifié l'intitulé du volume 46 de sa Cyclopaedia, TOR-UPS au lieu de TOT-UPS, ce qui permet diverses supputations :
- tot est l'adjectif "mort" en allemand, où Tor est le "portail", se renversant donc en rot, "rouge".
- le réel volume TOT-UPS ne contient pas Uqbar, or la nouvelle Tlön, Uqbar, Orbis Tertius est divisée en 3 parties pouvant correspondre aux 3 éléments du titre, livrant l'acrostiche TUOT, devenant TOT en ôtant Uqbar.

  L'article Xul Solar de Thieri Foulc est sous-titré pancreator, car Xul a affiché la prétention de TOUT réinventer, et une bonne partie de ses oeuvres est préfixée pan.
  Lorsque j'ai consulté GoogleImages j'ai particulièrement remarqué la série Pan Árbol (Arbre Total) d'aquarelles inspirées de l'arbre des sefirot de la Kabbale.
  Celle-ci (1954) montre le plus lisiblement les innovations de l'artiste, qui semble avoir éliminé la dixième sefira, Malkhut correspondant à la Terre. Il propose une construction symétrique, centrée sur la sefira subsidiaire Da'at (Connaissance), seule nommée sur le schéma, que Xul fait correspondre à la planète Saturne, usuellement homologuée à Bina, 3e sefira. Les sefirot de la colonne centrale sont identifiées par leurs numéros, [1] pour Keter, [6] pour Tiferet homologuée au Soleil, [9] pour Yesod (Fondement !) homologué à la Lune, ces correspondances étant classiques dans la Kabbale.
  Au-dessus de Keter, l'ultime niveau des premiers kabbalistes, apparaissent 3 autres éléments, correspondant peut-être à la triade ajoutée par la kabbale lurianique, 'En-sof (Infini), 'Or (Lumière), 'En-sof 'or (Lumière infinie). 'En-sof est littéralement "sans fin", et "fin" (sof souvent transcrit soph) correspond au renversement du grec phôs, "lumière".
  Ces 3 lumières supérieures (LUX) sont donc symétriques aux 3 planètes inférieures Vénus-Mercure-Lune qui pourraient donc former un XUL de basse-fosse, juste sous le Soleil... Le symbole en haut de la figure, symétrique de la Lune, pourrait être un soleil noir,  

  Je suis frappé de découvrir cet arbre symétrique chez un autre Schulz car j'avais eu lors de ma première approche de la kabbale l'intuition d'une disposition symétrique des 10 sefirot classiques, évoquée ici. La Lune et le Soleil étaient au centre de ce schéma, ensuite homologués aux lettres centrales de l'alphabet Kaf et Lamed formant le mot KL, kol, "tout".
  L'atbash jouait un rôle essentiel dans mon schéma, et je renonce à explorer tous les liens possibles avec l'atbash consistant, plutôt qu'à renverser un mot, à établir son équivalent dans un alphabet renversé. Uqbar serait ainsi Ur de Chaldée, or Chaldée, כשדים, est l'un des deux exemples d'utilisation avérée de l'atbash dans la Bible.
  Le Pan Árbol de Xul est centré sur Saturne, en hébreu shabbataï, or j'ai vu Shabbataï Zwi lié à La mort et la boussole. Ce messie auto-proclamé avait notamment remarqué que son nom, ÇBY, avait pour atbash HSM, "le Nom", désignation du Tétragramme évoquée dans mon article du Correspondancier.
  J'ai donc découvert Xul Solar ce 30 septembre, or 2 jours plus tard débutait à Phoenix une exposition itinérante Borges-Solar organisée à l'occasion du centenaire de la mort de Xul (le Jeudi saint 1963). Avec l'urubu trône parmi mes oiseaux favoris le phénix, en hébreu HWL, hol homonyme de "sable", noir héraldique dont j'ai vu le codage atbash devenir le blanc "argent", KSP, ce que j'avais figuré dans un Sceau de Salomon superposé au motif du rond-point d'Aiglun. Je remarque que les sefirot 1 à 6 (de Keter au Soleil) du Pan Árbol sont réunies par deux triangles formant un Sceau de Salomon, toujours autour du centre Saturne (cf l'ange Cassiel).

  Si l'arbre, des sefirot ou non, est en espagnol árbol, il est fascinant que Arbol soit le nom du soleil dans un autre langage inventé, la langue de la Trilogie cosmique de CS Lewis, déjà associé plus haut à Uqbar, lequel CS Lewis m'a occupé en juillet-août, suite à l'apparition en juin d'un certain Aldo Sacslei, en lequel j'ai cru reconnaître une anagramme de Cassiel, et qui était en fait un équivalent italien de Aldous Huxley.
  J'ai donc commencé par relire Le meilleur des mondes avant la Trilogie cosmique, et TOUT est décidément lié dans un enchevêtrement vertigineux, car mon amie dp a découvert que le prince Bertrand de Faucigny-Lucinge, époux de la princesse à la boussole tlönienne, avait dû vendre son château de Coat-an-Noz, "bois de la nuit", lequel fut acquis par la famille Mond des rois du nickel anglais, dont Huxley a emprunté le nom pour l'administrateur Mustapha Mond.
  C'est une famille d'origine juive allemande, et Mond en allemand est la "lune".
  Dans la traduction française, ce meilleur des Mond est devenu Mustapha Menier, du nom des industriels dont la propriété de Lamorlaye serait réquisitionnée par Himmler pour y installer un Lebensborn...

  Je repense à mon projet Le parfum de l'amant d'Anouar, où le dernier mot de la victime était "jour", qu'il fallait avoir l'idée de renverser en "rouge" pour comprendre qu'il désignait Adam Breger (car adam, "homme", est apparenté à adom, "rouge").

  Une lecture de jeunesse m'ayant amené à m'intéresser à la tradition juive a été Les grands initiés d'Edouard Schuré. J'y avais été frappé par son commentaire de la Genèse, où il voyait l'esprit-souffle de Dieu du verset 2, ROUA, devenir au verset suivant la lumière, AOUR, son exact renversement :
ROUA AELOHIM AOUR
Le souffle divin en revenant sur lui-même crée la lumière intelligible.
  Lorsque j'ai plus tard appris l'hébreu, il s'est révélé que les assertions de Schuré étaient plus qu'approximatives, le souffle étant RWH, rwa'h, et la lumière AWR, 'or, mais je n'ai pas tardé à découvrir d'autres belles spécularités, comme la valeur 813 du verset de la création de la lumière, renversement de la valeur 318 du soleil grec, Hélios (Ἥλιος). Je devais découvrir ensuite que le Soleil était en 3° 18' sur le thème de naissance de Jung.

  Mon premier article du Correspondancier touchait précisément aux deux livres "813" parus presque simultanément en 1910, celui de Leblanc (RWH se renverse en fait en HWR, "blanc") et celui de Crowley, que Xul a personnellement connu. Lorsque j'ai appris le 30 septembre que Xul était un Schulz, l'un des premiers échos a été une récente réminiscence.
  J'ai des échanges assidus depuis deux ans avec un nouveau phrère, Laurent Cluzel, qui joue volontiers avec son nom, mais ce n'est que ce 17 septembre que je me suis souvenu avoir utilisé en 2001 l'anagramme Czul Shimer, choisie pour obtenir le partage gématrique 62-72 du nom Arsène Lupin. Je devais découvrir ensuite que l'unité régissant l'harmonie 4-1 de la vie de Jung était 6272 jours.

Note 15 octobre : Sunshine Superman est une chanson de Donovan qui était autrefois à mon répertoire, et dont je connais toujours les paroles :
Superman or Green Lantern ain't got nothing on me...
  Après maintes hésitations sur le titre de ce billet, où il devait apparaître soleil ou lumière, il m'est venu que Sunshine Superman s'appliquait idéalement à Xul Solar.
  Aujourd'hui je regarde les forums jungiens et le sujet The New God-Image me fait remonter à un message du 26 septembre de Gregory Sova, que j'avais déjà rapidement parcouru, faisant d'emblée référence au superhéros Green Lantern. La lumière verte lui fait évoquer plus loin le feu Saint-Elme, en anglais Saint Elmo's fire. Ceci ne pouvait rien me dire avant d'apprendre le 30 septembre que Xul Solar avait pour père Elmo Schulz.
  Saint Elmo's fire est aussi appelé Saint Elmo's light, de même que le AWR hébreu peut être "feu" ou "lumière".

4 commentaires:

NéO~ a dit…

Tout naturellement Fantastique ;)

blogruz a dit…

J'invite chacun à aller voir le blog de NéO~, tout plein de rêves, et me permets de lui demander pourquoi il a fait figurer 4444 dans l'adresse de son blog
drenagoram4444

drenagoram4444 a dit…

Merci du lien à bord ,
Etant d'âme sur le quart ,
Ton oeil dévoilant l'hors
s'illustre à mon regard.
~
Depuis des lustres sans phare ,
je cherche en terres du nord ,
quel caillou dans la mare ,
A songes & rêves donne corps.
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Au fil de tant d'efforts ,
Les Quatre sont ma muse d'Art ,
cet Âge au seuil de vie & mort ,
guide à mi~temps ma mémoire.
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Dans ses articles à part ,
bien des échos d'accords ,
résonnent au delà d'y croire ,
à voir aux métaphores.
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NéO~
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44ans4mois4jours avant mon âge de faire
Amitié & Chapeau bas

drenagoram4444 a dit…

Si le coeur t'en dit , juste un petit concours ;)
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http://drenagoram4444.wordpress.com/2013/11/11/hors-concours-ll-tour-apres-tour-2/