20.12.12

136 diamants


  Voici le 136e billet de Quaternité. Je rappelle que ce blog a été créé après ma découverte le 8 septembre 2008 de l'harmonie de la vie de Jung autour du 4/4/44, jour de l'étrange échange de destinées avec le médecin qui l'avait sauvé. Je découvris ensuite le nom de ce médecin, Haemmerli, et la relation Jung/Haemmerli = 52/84 = 13/21, les nombres de Fibonacci qui semblent me hanter, et que ce 8/9/2008 était aussi le premier jour de l'an 136 de l'ère pataphysique (136 = 52+84).
  Mais dans l'agitation de ces premiers mois je n'ai pas pensé à quelque chose qui s'imposait pourtant, lire un peu attentivement le premier numéro de cette année 136 de la revue pataphysique, dont le thème était les Pieds Nickelés, trinité classique d'ailleurs envisagée comme une quaternité avec l'adjonction d'un élément féminin, Manounou, la femme noire de Ribouldingue, récurrente dans les premiers épisodes de la série.
  Ce qui m'a d'abord frappé dans ma relecture a été une photo de François Caradec devant le n° 49 de la rue des Cinq-Diamants, résidence de Julien Torma. Il s'agit d'un canular pataphysique, d'un prétendu écrivain en marge des Surréalistes, canular si achevé que Torma a sa fiche Wikipédia. Il existe une abondante correspondance de Torma avec les personnalités de son temps, notamment Daumal.
  La revue commence d'ailleurs par signaler des personnalités à l'honneur en 135, en premier lieu Daumal dont c'était le centenaire. Je rappelle la fantastique coïncidence de mars dernier, la première mise en vente d'un document de la main de Daumal montrant son intérêt pour la suite de Fibonacci, alors que je venais de remarquer Daumal/Nathaniel = 52/84 = 13/21 (Nathaniel était le nom de Daumal pour ses amis).
  Caradec était une personnalité énigmatique, et j'ai soulevé ici l'hypothèse qu'il ait participé à la manipulation de Rennes-le-Château, dont un artisan essentiel était un autre pataphysicien, Philippe de Cherisey. Ce canular reste particulièrement d'actualité aujourd'hui, à la veille d'une "fin du monde" dont serait préservé le village de Bugarach, sa notoriété étant évidemment liée à la proximité avec Rennes-le-Château.

  Un écho plus personnel est la rue des Cinq-Diamants.
  J'ai le souvenir d'avoir été dans cette rue du 13e, éloignée de tous les lieux que je fréquentais à Paris. J'y avais été pour rencontrer quelqu'un, et je me souviens lui avoir dit, ou avoir projeté de lui dire, à quel point ce lieu était propice, en songeant au quinconce, au mandala. Je n'ai pas de souvenir plus précis de cet épisode survenu dans les années 80, sinon d'avoir profité de l'occasion pour voir la rue de la Butte-aux-Cailles, connue par un roman de Carco.

  C'est vers le 8 septembre dernier que le nouvel an pataphysique m'a donné l'idée de consulter ce numéro 5 de la 8e série du Correspondancier. 15 jours plus tard environ, j'ai repris le livre de mon regretté ami JP Le Goff, Le cachet de la poste (2000), pour y vérifier quelque chose, et, comme à chaque fois que je reprends ce livre, j'y ai opéré un feuilletage aléatoire, et suis tombé sur une de ses 123 lettres, Ce n'est pas ce que vous croyez, consacrée aux 136 pies ornant le plafond du palais de Sintra.
  Je ne me rappelais plus qu'il avait fait quelque chose sur le nombre 136, qui ne m'intéresse que depuis ma découverte sur Jung.  Le plafond de cette salle est divisé en 5 compartiments, formant un mandala (au centre, 24 pies, sur les côtés 24-32-24-32).
  Le Goff explorait diverses pistes, et celle des pies l'avait conduit lors de la lettre précédente à imaginer quelle artère parisienne était la plus susceptible d'attirer les pies, et il avait pensé à la rue des Cinq-Diamants...
  Pourquoi 136 pies, tenant chacune dans son bec la devise Por bem ("sans mauvaise intention", littéralement "pour le bien") ? Paraît-il parce qu'il y avait 136 dames d'honneur à la cour, et que le roi avait été surpris par la reine en situation équivoque avec l'une d'elles...
  Le Goff a cherché les propriétés du nombre 136, et a trouvé ceci :
13 + 33 + 63 = 1+27+216 = 244
23 + 43 + 43 = 8+64+64 = 136
  C'est une variante des "nombres amiables", d'une pertinence qui n'apparaîtra probablement pas à tous, mais qui m'a été presque aussitôt éclairante.
  Mon dernier billet de 2011 jouait avec les 176 onzains d'Alphabets de Perec et les 176 versets du Psaume alphabétique 119. Le nombre 136 y entrait dans de multiples coïncidences, notamment dans mes recherches sur les noms hébreux des deux écrivains qui étaient au premier plan de ma découverte du 1er Absolu 136, Sinoué et Halter, soit סינוי, de valeur 136, dont il n'y avait qu'une seule occurrence dans le psaume, croisant de manière inespérée avec la seule forme de Halter écrite en 5 lettres, האלטר.
  Il existe une autre possibilité, en 4 lettres, הלטר, de valeur 244 non signalée alors parce que ça ne me semblait pas significatif, ayant oublié la relation entre 136 et 244 via les cubes de leurs chiffres.
  Cette forme en 4 lettres a 8 occurrences, la plus resserrée (saut de 48 lettres) étant très proche de "Sinoué", permettant une représentation serrée en lignes de 24 lettres (tronquées à 9 ci-contre).

  La piste des pies était un prolongement des recherches de Le Goff sur les 52 et 36 touches blanches et noires du piano, qui l'avaient amené à découvrir la "coudée royale" de 0.5236 m.
6 coudées donnent
6 x 0.5236 = 3.1416, soit Pi, et "pie" désigne aussi la robe noir et blanc des animaux, les vaches par exemple.
  Ceci m'avait été extrêmement évocateur, car en 2000 où est paru Le cachet de la poste je publiais Sous les pans du bizarre, dont un pan est consacré au roman de Pouy Larchmütz 5632, où Larchmütz est le nom d'une vache pie télépathe, tatouée 5632, avec
NOIR = 56, BLANC = 32.
  Pouy a été le premier surpris de ces équivalences, incapable d'expliquer les raisons du choix du nombre 5632.
  Le nom même Larchmütz, inventé par Pouy, trouvait sens car
LARCHMUTZ = 122, de même que
LE NOIR + LE BLANC = 73+49 = 122
  La robe noir et blanc de Larchmütz était précisée page 122 de l'édition originale du roman à la Série Noire, créée par opposition à la Blanche.

  56+32 pour Noir+Blanc, 52+36 touches blanches+noires du piano... Il y avait quelques échos avec les 176 (56+32+52+36) versets du Psaume ou les 176 onzains d'Alphabets, notamment pour mes recherches Sinoué-Halter, puisque le roman de Sinoué qui avait joué un rôle essentiel dans ma découverte du 1er Absolu 136 était Des jours et des nuits, auquel j'avais consacré les billets Des blancs et des noirs et De jour comme de nuit, où j'observais ces curiosités :
HALTER = JOUR = NUIT = 64
SINOUE = JOURS = NUITS = 83
  Je ne les avais pas reprises dans L'heart si noué, déjà très riche (trop peut-être), mais la complémentarité noir-blanc offre de nouveaux échos via les 136 pies de Sintra.
  Je n'avais certainement pas eu alors la curiosité de calculer la valeur de 136 en toutes lettres, soit
CENT TRENTE SIX = 42+82+52 = 176
  Ceci fait coïncidence avec mes recherches d'ELS CARL et IUNG parmi les 2 séries de 176 qui m'avaient mené à des 136. Par ailleurs
CARL GUSTAV JUNG = 34+90+52 = 176
  Enfin, le jeu 136-244 en apparence gratuit de Le Goff fait prendre conscience que 136 est la somme des cubes de 2-4-4, que JOUR comme NUIT sont des mots de 4 lettres de valeur 4.4.4, et que
176 = 4.44
  Je rappelle que Jung est né le soir du 26 juillet 1875, au moment où les derniers rayons du soleil illuminaient la chambre.

  Laurent m'a appris une autre dichotomie de somme 88, comme JOUR-NUIT
OUI + NON = 45 + 43 = 88, soit la moitié de
GUSTAV + CARL JUNG = 90 + 86

  La substitution de 176 à 136 dans le jeu 136-244 a un écho avec Larchmütz 5632, où
LARCHMUTZ = 122 = LEBLANC + LENOIR, car, comme 176 est le double de 88, 244 est le double de 122.

  C'est l'occasion d'évoquer une autre curiosité, rencontrée dans un roman de Gilles Tostivint, La vie évidente d'Elisabeth Berg, où il apparaît un mystérieux triangle de lettres dont aucune élucidation n'est donnée.
  Il y est répété à 20 reprises CE BLANC CE NOIR, et je me suis avisé que
CE BLANC = 40
CE NOIR = 64
40/64 = 5/8, rapport fibonaccien.
Précisément, il y a quelque temps, j'avais composé une grille de mots croisés de 104 cases (8 x 13) avec 64 cases blanches et 40 cases noires, dessinant les nombres 8-13, sans suspecter cette possibilité.

  En novembre, lors de mon dernier séjour à Paris, je suis passé rue des Cinq-Diamants, histoire de réveiller ma mémoire. Sans résultat, et je n'ai donc toujours aucune idée des raisons de mon passage jadis.
  J'ai aussi arpenté la rue de la Butte-aux-Cailles, à la recherche de son numéro 8, qui n'existe plus. C'est qu'en 2001 j'ai eu l'idée d'écrire une seconde aventure de Pierre de Gondol, Indécente (L'), qui se serait passée dans une sorte d'univers parallèle, décalé. Il serait ainsi devenu Léon (de) Pridegor, anagramme de lettres, toujours libraire, mais sa librairie Douze maîtres au carré rue Beautreillis dans le 4e serait devenue Treize mérous d'occase, 8 rue de la Bête-aux-Trilles dans le 13e, anagrammes phonétiques.
  Ceci d'une part répondait à mon obsession 8-13, avec d'autre part une pensée pour le premier président de l'association 813, Alain Demouzon, qui habitait au 8 d'une autre artère du 13e. La Bête-aux-Trilles m'avait évidemment évoqué la Butte-aux-Cailles, mais l'arrêt de la collection Pierre de Gondol a sonné le glas de mon projet, et je ne m'étais pas préoccupé d'aller faire des repérages sur les lieux.
  Pas de librairie donc, et pas même de numéro 8, mais une belle coïncidence, le croisement avec la rue de Pouy, débutant 7 rue de la Butte-aux-Cailles. A partir des données de JiBé Pouy, créateur du personnage, j'avais donc imaginé un lieu qui se trouvait face à la rue de Pouy.
  Pridegor vivait une sorte de rêve, un monde en négatif, où seule "l'indécente", la noire Tine Dencel (anagramme), était consciente du décalage, et l'aiguillait vers sa réintégration finale en Gondol. Ceci m'avait été dicté par les 91 chapitres du roman Le chiendent, de Queneau (1933), peut-être le premier roman à structure intentionnellement mathématique (7 sections de 13 chapitres).
  Parce que le département 91, l'Essonne, a pour valeur 91, de même que le Gard (30) a pour valeur 30, honoré par Pouy en un roman de 30 chapitres (RN 86), j'avais imaginé à partir du titre de Queneau la presque anagramme (un H oublié) INDECENTE L, en 9+1 lettres de valeur 91. La relation entre le blanc Léon et la noire Tine est la seule histoire d'amour que j'ai imaginée, et je suis ébahi d'une relation absolument non préméditée, puisque dépendant de données extérieures :
LEON DE PRIDEGOR = 147 (= PIERRE DE GONDOL)
TINE DENCEL = 91
147/91 = 21/13
Soit le rapport fibonaccien 21/13 notamment présent dans le couple Haemmerli/Jung, 84/52, dont la somme 136 m'avait mené à la rue des Cinq-Diamants.
  Je suis d'autant ébahi que ma dernière découverte sur ce rapport concernait mon projet romanesque suivant, avec 13-21 ans entre les dates 1970-1983-2004, dernière entrée (87e !) du récapitulatif donné ici.
  Par ailleurs, j'avais eu le sentiment d'une découverte essentielle en m'apercevant que les lettres SINOUE-HALTER formaient un énoncé du 58e onzain d'Alphabets,
SAIT-ON L'HEURE ?
  Alors qu'une propriété fondamentale de la série ESARTULINO présente dans chacun des 1936 (44.44) vers d'Alphabets était l'équilibre doré
voyelles/consonnes = AEIOU/LNRST = 51/83
L'équilibre était conservé dans cet énoncé du onzain 58 avec l'addition de E/H = 5/8, qui correspond aussi au format de la matrice de lettres, 30 x 48 mm (30/48 = 5/8), et en conséquence dans les noms SINOUE-HALTER se répartissant en
AEEIOU/HLNRST = 56/91 = 8/13
et la somme 56+91 ou 83+64 = 147 correspond à Pierre de Gondol.

  Le motif 9-1 était omniprésent dans mon projet Indécente (L'), composé de 9 parties de 10 chapitres, et d'un ultime chapitre formé de 10 phrases de 91 lettres. Il apparaissait dans ce chapitre un acrostiche retrouvé inversé dans les 10 parties, CTHRUALMZE, soit d'une part une anagramme de LARCHMUETZ (le nom imaginé par Pouy, avec Ü devenu UE), d'autre part une allusion perso, avec la transformation par dizine perecquienne en TRAME CHULZ...

  Ma première rencontre avec Pouy s'était faite sous le signe des nombres 30 et 91. Je lui avais révélé que les 30 chapitres de son RN 86 correspondaient à la gématrie de GARD, et lui avais demandé s'il ne projetait pas un roman sur l'ESSONNE. 
  De fait j'utiliserais discrètement la relation en faisant habiter le principal personnage des Pans en Essonne, Tom Lapnus qui scrutait les romans de Pouy et y avait décelé les 30 chapitres de RN 86
  Je remarque aujourd'hui que 30 et 91 sont les sommes des 4 et 6 premiers carrés, dont la somme est elle-même un carré (121 = 112), alors que le sujet essentiel du roman né après cette rencontre, la première enquête de Gondol, serait les sommes de carrés, sujet inspiré par les Douze maîtres au carré imaginés par Pouy.   Ceci fait écho avec les sommes de cubes de Le Goff, qui a lu mon roman publié la même année que son Cachet de la poste, que je découvrais moi-même indépendamment, de mon côté.
  Lorsque j'ai rejoint les rangs des quelque 400 destinataires de ses courriers, en 2001, son thème d'élection était alors le nombre 216, et les 216 combinaisons, 63, issues de trois tirages successifs d'un dé. 216 est le premier cube somme de trois cubes
63 = 33 + 43 + 53
et Le Goff notait qu'obtenir 216 à partir de 3-4-5 faisait intervenir les 6 nombres portés par les faces du dé.
   Le cousinage entre 136 et 244 via les cubes de leurs chiffres conduit aisément à se demander, après
216 = 33 + 43 + 53
quelle est la somme des cube des chiffres de 216, soit
225 = 23 + 13 + 63
et il est assez curieux de trouver pour somme des 30 premiers cubes
216 225 qui peut se découper en
9 pour les 2 premiers cubes (1-2)
216 pour les 3 suivants (3-4-5)
216 000 pour les 25 suivants (de 63 = 216 à 303 = 27 000)
  La somme des 6 premiers cubes est 441, soit le carré de 21.
  La somme des 6 premiers carrés est 91, autre nombre figuré, triangle de 13 (ou somme des nombres de 1 à 13). 21 lui-même est la somme des 6 premiers nombres (et en règle générale la somme des n premiers cubes est le carré du triangle de n).

  Il vaut peut-être mieux s'arrêter là...
  Le cousinage entre 136 et 244, également valeurs de Sinoué et Halter en hébreu, m'a naturellement poussé à additionner les deux nombres, résultat 380 aussitôt évocateur au gématre hébraïsant de mitsrayim, "Egypte". Gilbert Kassab, né en Egypte, a choisi son nom d'écrivain d'après le Sinouhé l'Egyptien de Waltari (en oubliant le H que j'ôterai aussi au Chiendent).
  Je remarque KASSAB+SINOUE = 53+83 = 136.
  J'ai substitué plus haut à 136 la valeur de CENT TRENTE SIX, 176, significative car 176 est le double de la valeur de BLANC-NOIR, et 244 le double de la valeur de LEBLANC-LENOIR. Ceci offre encore un bel écho, car en hébreu mitsrayim = 380 est le double de kana'an = 190, Canaan la Terre Promise.

  La proximité du cube 216 et de l'Egypte me rappelle le profond mystère des 3 versets de 72 lettres Ex 14,19-21, appartenant au récit de la sortie d'Egypte, et débutant par l'évocation de l'ange de Dieu, identifié par la tradition à Michel. Je suis revenu à maintes reprises sur l'étrange écriture en boustrophédon de ces 216 lettres, donnant verticalement 72 groupes trilittères complétés par des terminaisons en -el ou -iah pour donner 72 noms d'anges.
  Malgré la gratuité du procédé, cette opération purement logique fait apparaître aux rangs 42 et 50 les noms Michel et Daniel, le seul ange nommé dans la Bible hébraïque et le prophète dans le livre duquel il est nommé. J'ai trouvé ici cette représentation en rangées de 8, qui fait apparaître les groupes trilittères MYK et DNY l'un au-dessous de l'autre, ici entourés de bleu :
  J'ai également entouré de rouge le groupe MÇR en 60e position, apparition non moins curieuse de la racine du nom MÇRYM, "Egypte", utilisant le seul Ç des 3 versets.

PS : désormais, les archives de Quaternité affichent 136 billets pour ses 5 premières années d'existence (52 mois puisque le blog a été créé en septembre 08), comme les 136 pies du plafond de Sintra sont réparties en 5 compartiments.
  Rien n'étant prémédité, sinon de clore ces 5 années sur un 136e billet, je m'aperçois que le découpage 84-52 tomberait à la fin de l'ensemble des 4 billets consacrés à JP Le Goff, publiés le 1/1/11.
  Et à bientôt en 2013, année propice vue ainsi selon Wana :


30.11.12

viré lof pour fol


  Après l'échec de ma tentative de lecture de Les lieux-dits à Marseille, j'ai tout de même trouvé le roman de Ricardou à Paris.
  C'est la lecture d'une nouvelle de Yolande Villemaire qui m'avait fait découvrir ce roman, nouvelle de 1983 où elle relatait un rêve fait au Caire où apparaissait le mot Atta, avec des hommes volant dans le ciel de New York. Etonnant en pensant à ce qui se passerait le 11 Septembre 2001, où des hommes se jetteraient du haut du World Trade Center frappé par l'attaque terroriste dirigée par le cairote Mohammed Atta.
  Le nom Atta y était dit emprunté au roman de Ricardou, de 1969; les échos recueillis en ligne semblaient prometteurs, et la lecture effective le confirme.

  Lecture assez ardue, car la construction hautement intello du roman laisse peu de place à la fantaisie. 8 chapitres de 8 sections chacun, déterminant un échiquier où s'affrontent les deux seuls protagonistes, Lasius et Atta, portant les noms de deux genres de fourmis, associés aux couleurs bleu et rouge.
  Je découvre que Lasius est non seulement un genre de fourmi, mais qu'il en existe l'espèce Lasius alienus, mentionnée par Ricardou, dont il tire l'anagramme asilus alienus, "asile d'aliénés" (latin approximatif, mais ça se comprend)...
  Lasius et Atta visitent les lieux peints par un certain Crucis ("de la croix"), 8 lieux en 8 lettres chacun, formant les titres des 8 chapitres, donnant à lire en diagonale le nom du 4e lieu, BELCROIX, croisant donc sur le C du titre du 4e chapitre, ce qui est explicité dans le dernier chapitre.
  Ricardou a calibré son texte de telle façon que le 4e chapitre s'achève page 80, et le 8e page 160, 80 pages plus loin, ce qui m'était évocateur car l'une des "preuves" du code de la Bible avancées par Michael Drosnin est l'ELS "terroriste Atta" croisant avec "homme égyptien"; en hébreu, "terroriste" comme "Atta" ont la même valeur numérique 80. Ceci est souligné par l'intrigue, où Lasius et Atta se présentent l'un à l'autre à la fin du 3e chapitre :
- Je m'appelle Lasius, Olivier Lasius.
- Et moi
Le chapitre s'interrompt ici, et la fin de la phrase, Atta., est le début du chapitre suivant, Belcroix, débutant page 64, 8 x 8, ce qui est encore probablement intentionnel. Ainsi le nom même Atta est souligné par cette discontinuité, cet "enjambement" dirait-on en poésie, et je suis revenu à diverses reprises sur le mot ATTA écrit en hébreu après le 11 Septembre par un tueur avec des mains (A) et des jambes (T) de ses victimes.


  En fait Les lieux-dits compte dans l'édition originale 168 pages, avec 8 pages de "péritexte" avant le début du premier chapitre, et 8 pages après la fin du dernier, et le réel milieu du livre comme du texte n'est pas entre les pages 80-81 mais entre les pages 84-85, que voici (cliquer pour agrandir).
  Ces pages sont entièrement consacrées à la description d'un paquet de Pall Mall, correspondant à celui-ci:
  Il me semble que cette description au coeur du livre (dans le chapitre Cendrier !) n'est encore pas un hasard, et que ce paquet a joué un rôle essentiel dans la genèse du roman. La narration remarque que les 4 inscriptions du paquet comptent chacune 4 mots (4-4-4-4, voilà qui m'est familier), et que les inscriptions latines ont toutes deux 16 lettres, 4 x 4. Le compte est poursuivi pour les autres inscriptions, PALL MALL famous cigarettes a 24 lettres, 3 x 8, et la seule qui échappe à la règle du 8 est la dernière avec 34 lettres, les deux lettres supplémentaires (par rapport à 4 x 8) étant supposées correspondre aux deux lions tenant le blason, qui seraient en fait un lion et une lionne se le disputant...
  In hoc signo vinces, le signe vu dans le ciel par Constantin avant la bataille du Pont Milnius, se rapporterait à la croix partageant le blason central en 4 quartiers, dont les éléments, deux fois 3 lions superposés et 1 tour, forment encore le nombre 8.
  C'est du moins l'analyse proposée, et je suppose que Ricardou en verrait une confirmation dans cette variante courante des armes de Pall Mall, où le blason central est remplacé par une étoile à 8 branches.

  Ce que je remarque au premier chef est bien sûr les deux tours du blason commenté, tours bien entendu jumelles puisque identiques. D'autre part l'écu écartelé, selon le terme héraldique, a selon ses quartiers identiques 1-4 et 2-3 la même structure que le mot ATTA, écrit je le rappelle en lettres hébraïques avec deux mains et deux jambes dans le roman de Tobie Nathan.
  Par ailleurs le paquet neuf de Pall Mall découvert dans la voiture d'Atta est décacheté, et Lasius en tire deux cigarettes en remarquant que Tout cela doit être réduit en cendre.
- Encore faut-il que cela ait été correctement allumé.
répond Atta. Ce qui est fait, avec un étrange aujourd'hui qui doit probablement être compris "au jour huit".

  On peut aussi remarquer que RICARDOU, comme PALL MALL, a 8 lettres, et imaginer que l'auteur se soit donné le défi d'écrire un livre à partir de son nom, en espérant peut-être "faire un tabac".

  Les deux fois 3 lions + 1 tour m'évoquent encore la découverte de ce que j'ai appelé L'étoile de Babel, à partir de l'hébreu Babel, BBL, et de son codage atbash Sesakh, SSK, dans le livre de Jérémie.
  Le renversement de BBL est LBB, levav, signifiant coeur en hébreu, qui ressemble à levia, "lion", d'après une racine indo-européenne qui se retrouve par exemple dans le russe lvev ou le polonais lwow (où Babylone se dit Wawilon). Une recherche sur "lion" dans toutes les langues m'a mené au tokharien śiśäk, qui m'a ensuite conduit à la ville croate de Sisak, s'enorgueillissant d'un château triangulaire qui m'a aussitôt rappelé Wewelsburg, "château de Wewel", coeur de l'état SS.
  En bref un codage alphabétique datant de plus de deux millénaires m'a mené à ce doublet 3 tours (+ 1 lion), unique à ma connaissance. Ceci m'avait été inspiré par le nom Haemmerli, parce que mes études sur l'atbash m'avaient fait supposer un jeu sur le marteau hébreu, mappets, chez Jérémie, et j'apprends que Pall Mall équivaut au jeu français de paille-maille, ou de mail, du latin malleus, "marteau"... Ainsi, j'aurais très bien pu arriver à la paire Wewel-Sisak à partir du roman de Ricardou.
  J'ai découvert il y a peu les armoiries de la ville de Lwow, 3 tours et 1 lion...

  Wewelsburg m'est l'occasion d'une petite digression. Mon passage à Paris m'a fait visiter les soldeurs, et découvrir un thriller que je n'avais pas remarqué à sa parution en 2007, Le chevalier Coën et le mystère de la parole perdue, de E. Guimel & T. Dalet (probablement des pseudos).
  Cette parole perdue est celle d'Enoch, "initié" qui aurait été le premier à être autorisé à prononcer le nom de Dieu, et dont le secret aurait été gardé au long des siècles, notamment par les Esséniens. Et cocorico, après des siècles d'oubli du rituel énochien, c'est un flic français bien phallo qui a été choisi par les instances divines pour devenir le nouveau Maître de Justice, et rencontrer Dieu face à face, après avoir triomphé de quelques vilains nazis et islamistes sur la piste de ce secret...
  Un coup d'oeil à la table des chapitres m'a cependant fait acquérir ce roman que je n'ai guère envie de recommander; la première partie se compose de 8 chapitres titrés Genèse, puis des noms des 7 anges planétaires de la tradition hébraïque, à commencer par Tsaphiel qui est une variante de Tsafqiel, Qaftsiel, ou Cassiel, ange de Saturne, nom qui a constitué pour moi une formidable coïncidence, dernièrement commentée ici.
  Eh bien ce chapitre Tsaphiel débute au château de Wewelsburg, le 21 juin 1939. Il est encore question de Wewelsburg au chapitre Z'rahhiel, l'ange du soleil selon cette liste maçonnique (très probablement lié au verbe zarah, "briller", qui a donné lieu aux fantastiques coïncidences relatées ici) et on y apprend que Himmler avait fait reconstruire le château selon la règle du nombre d'or ! Une recherche me fait retrouver à peu près les mêmes phrases sur divers sites, mais personne n'y explique comment interviendrait le nombre d'or. Sur cette page zarbi en anglais consacrée aux spirales, je trouve d'abord la tour de Babel, puis plus loin le soleil noir de Wewelsburg accolé à la spirale de Fibonacci.
   Pour ce qui est du héros, le commissaire Marc Gibelain, l'action débute le 9 novembre 2001 (le 9/11) et la dernière date mentionnée est le 21 juin 2002 à 11 h 09.

  Il y aurait sans doute des commentaires à faire sur les échos de ce thriller avec les deux romans intrigants de Tobie Nathan, Dieu-Dope (autre résurgence des haschischins du Vieux de la montagne) et Serial eater (qui couvre à peu près la même période), mais j'ai été assez peu sensible au récit des prouesses amoureuses du commissaire, digne de l'érotisme des aventures de Coplan que je lisais ado, pour donner une idée aux connaisseurs.

  Je reviens sur le roman de Ricardou pour une autre coïncidence, ma composition d'un autre carré de lettres par les titres d'un roman imaginaire dans mon projet inabouti Novel Roman de 1998. En totale ignorance des Lieux-dits, et de la diagonale BELCROIX, j'avais composé ma grille pour y faire apparaître la diagonale ROSENCREUTZ (Rose-Croix), et quelques autres messages détaillés dans le billet Diagonales.
  Je pensais alors que la grille de Ricardou ne cachait que la diagonale BELCROIX, mais la lecture de son Théâtre des métamorphoses (1982) révèle d'autres codages (dont certains pourraient éventuellement être des réflexions après coup).
  J'avais certes remarqué que les lieux étaient donnés dans l'ordre alphabétique, mais selon Ricardou cette disposition fait allusion aux 8 lettres du mot ALPHABET (le jour même où j'ai lu ceci j'ai découvert le livre de Guimel-Dalet).
  S'il est évident qu'un message dans une diagonale invite à regarder ce qui se passe dans l'autre diagonale, je n'avais pas vu que la lecture de bas en haut de cette autre diagonale donnait "Maadrbre", transparente anagramme du bilingue "mad arbre", "arbre fou", allusion à Olivier Lasius (asilus).
  De là à supposer que Belcroix désigne Atta, il n'y a qu'un pas, confirmé par les noms Olivier Lasius et Atta révélés aux chapitres Belarbre et Belcroix, en se souvenant que l'étymologie privilégiée par Ricardou pour bel est bellum, "guerre", guerre que se mènent Lasius et Atta, le roi lion et la reine lionne, sur l'échiquier des 8 lieux de 8 lettres.

B a n n i è r e 
e a u f o r t 
B e a r b r e 
B e l R o i x 
C e n D R i e r 
C h a u m n t 
H a u t b o s 
M o n t e a u x

  Bien sûr Ricardou aurait pu inscrire plus clairement un "madarbre" ou "folarbre", mais le titre du chapitre Cendrier semble essentiel, pour recueillir les cendres des Pall Mall, et peut-être pas seulement. Car au coeur de la croix formée par les diagonales belCRoix et maaDRbre, il y a les lettres RCRD, consonnes de RiCaRDou, et les voyelles ne sont pas loin, par exemple celles soulignées sur la grille ci-dessus (mais on les retrouve aussi symétriquement dans hAUtbOIs).
  Je m'émerveille d'avoir donné comme première illustration du billet Diagonales l'affiche du film La diagonale du fou, sans avoir alors repéré ce MAAD. Coïncidence en temps réel : j'ai abandonné l'écriture du présent billet pour aller faire une course, ce 28 novembre, allumé l'autoradio et suis tombé sur un dialogue de ce film (durant l'émission de France-Inter à 13:30, consacrée au duel Karpov-Kortchnoï).

  Enfin Ricardou propose diverses lectures de la dernière colonne, la plus complète étant l'anagramme TESTER XX, "tester les croix", et ce qui à l'évidence s'en produit : "tester le croisement des croix".

  Au-delà des lectures internes au roman, dont commence à se percevoir toute la complexité, je suis ébahi de diverses coïncidences, d'abord avec mon projet Novel Roman.
  Ma grille comptait aussi 3 messages cachés, deux en diagonale (ROSENCREUTZ et ARSENELUPIN) et un dans la 1e colonne sous forme d'anagramme (ELLERYQUEEN).

R A I S O N A U T E L
O U S I R E L T A N
E T S U S A L O R I N
U L C E R A T I O N S
E O N I N T R U S L A
E L U I C A S T O R
L A D U N E R O S I T
U I S O R T E L A N
E S P O I R A L U N T
E B R I S U N A L T O
L O I U N E S T R A Z


  Par ailleurs le jeu ROMAN-NOVEL découvert dans une nouvelle de Leblanc était pour moi étroitement lié au jeu MAD-FOU, et la structure M-A-D s'était traduite dans mon projet par une structure en 13-1-4 chapitres, et c'est dans le 14e chapitre correspondant au A ou au 1 qu'apparaissait la grille des 11 titres de 11 lettres. La coïncidence des mots MAD et CROIX se trouve soulignée par le jeu Belcroix-Belarbre-Madarbre.
  Ma grille comportait une allusion indirecte à mon nom, via ARSENE LUPIN = 134, même valeur que REMI SCHULZ.
  Je me souviens de mon ébahissement lorsque, après avoir écrit un pastiche de Parsifal ("le pur fol") faisant intervenir Arsène Lupin, je me suis avisé qu'une anagramme en était "le pur insane".

  "Tester XX" est ébouriffant en pensant aux 2 "Numéro 24" de Bernard Magné que Ricardou présentera sur la page 224 du numéro 5 de Formules, en 2001, lors d'une querelle entre les deux hommes à propos de la textique, théorie ricardolienne de l'écriture dont la complexité peut paraître digne de l'Asilus alienus...
  Alors que Ricardou avait probablement été un pionnier en calibrant le texte des Lieux-dits pour avoir ses 4e et 8e chapitres se terminant pages 80 et 160, les deux versions de "Numéro 24", de 1983 et 1988, carré de 24 lignes de 48 colonnes composé pour mettre en évidence un grand X de X ou x, sont apparus page 224, hommage involontaire à "l'éminent professeur".
  "Tester XX" ou "tester le croisement des croix" serait ici parfaitement adéquat, mais il y a un autre écho mirobolant avec un texte du Théâtre des métamorphoses, publié en 1982 je le rappelle, où quelqu'un passe plusieurs coups de téléphone à des personnes dont les numéros sont formés à partir de 24 et 48, soit
Maillot 24-48 pour Marcel Galey
Sablons 48-24 pour Michel Bandolo
Wagram 84-42 pour Marina Rohmer
Mermoz 42-24 pour Basile Embrun
Ces anciens centraux téléphoniques couvraient Neuilly et le 17e arrondissement.

  J'ai relégué pour la fin de ce billet quelques développements numériques que je sais indigestes pour certains.
  Ainsi Mrs Guimel & Dalet vont être ajoutés à ma liste de 27 écrivains de fiction ayant évoqué explicitement le nombre d'or, parmi lesquels figuraient 4 noms dorés, bien plus que la moyenne attendue 1/35. Attendu que
GUIMEL / DALET = 67/42, partage idéal de 109, le rapport va passer à 5/28.

  La construction des Lieux-dits autour du nombre 8 me permet maintenant de comprendre pourquoi Yolande Villemaire avait situé dans la chambre 808 du Hilton du Caire le rêve de Dana Khan, avec Atta et les hommes volants à New York.
  Sans que je soupçonne une réelle intention de Ricardou (mais qui sait ?), je remarque que
BELCROIX = 88
de même que les 8 lettres initiales des sections du chapitre Belcroix, débutant, je le rappelle, par Atta
AASTMDOO = 88
8 x 11, et je repense au code CAP 811, transmis par erreur à une escadrille de bombardiers nucléaires dans le film Fail Safe de Sidney Lumet (1964) comme dans son remake de Stephen Frears (2000). Moscou va être détruite, et le seul moyen trouvé par le président US pour prouver sa bonne foi est de détruire New York par une bombe A larguée sur l'Empire State Buiding (symbole qui sera ensuite remplacé par les Twin Towers).

  Depuis l'écriture de ce billet 4444, j'ai découvert qu'un certain snobisme des propriétaires de Porsche leur faisait acquérir des numéros d'immatriculation contenant 811 ou 911, modèles principaux de la marque.
  Si 911 ou 9/11 est le 11 Septembre US, il est chez nous le 11/9 ou 119 qui pourrait être signifié par
JEAN RICARDOU = 30+89 = 119
ou celui qui avait directement inspiré Novel Roman,
MAURICE LEBLANC = 70+49 = 119
  J'avais remarqué d'autres analogies entre le roman de Ricardou et les deux recueils de 8 nouvelles de Leblanc, Les huit coups de l'horloge et L'agence Barnett et Cie, que j'ai vus construits selon le nombre 8, avec des possibilités de messages cachés dans les titres des nouvelles. C'est l'occasion de rappeler que le premier des 8 Coups est Au sommet de la tour, et que Lupin s'y présente sous l'avatar SERGE RENINE =  54+65 = 119.
  L'analogie la plus troublante est peut-être la parfaite homologie entre le nom du héros de Ricardou,
OLIVIER LASIUS = 90+81
et celui qui m'a révélé le jeu ROMAN-NOVEL chez Leblanc,
ELISABETH LOVENDALE = 81+90
Connaissant maintenant le partage exact des 4+4 chapitres des Lieux-dits en 72-80 pages, je constate que le rapport
72/80 = 81/90 (= 9/10)

  Chambre 808, Belcroix 88, Atta... J'ai lu il y a quelques mois un thriller de Henri Loevenbruck (Pont des Lions !), Le syndrome Copernic (2007), en 88 chapitres, s'ouvrant sur l'attentat commis à 8:08 le 8/8 (peut-être de l'année 08) contre la plus grande tour de La Défense, qui s'effondre en faisant 2634 victimes.
  Le roman multiplie les 8 divers, par exemple avec la montre digitale du héros, qui s'est détraquée à l'instant du drame, et dont le cadran clignote désormais sur les chiffres 88:88. Je me demande si, comme Leblanc, Loevenbruck n'aurait pas choisi le nom de cette montre, Hamilton, parce qu'il a 8 lettres et commence par un H (et les deux noms du titre ont chacun 8 lettres).
  Il y a une curiosité numérologique dans ce roman, où 26 des 88 chapitres sont des notes du carnet du héros, Vigo Ravel. Ces notes sont numérotées par des nombres premiers successifs, à commencer par celui qui suit 88, soit 89, aussi nombre de Fibonacci. La dernière note porte le numéro 233, autre Fibo, mais ceci n'est possible que grâce à deux discontinuités dans la suite des nombres premiers, les notes 179 et 227 ayant été oubliées (il existe une certaine relation entre Fibos et premiers, car quand le Fibo d'ordre n est premier, c'est que n est premier). 233 est donc le 28e premier à partir de 89, et il est curieux que les manquants 179 et 227 aient pour somme 406, somme des 28 premiers nombres. C'est la valeur des 18 lettres Elisabeth Lovendale, 171 somme des 18 premiers nombres, qui m'avait mené au jeu ROMAN-NOVEL.
  Loevenbruck appartient à ma liste des auteurs de fiction dorée, pour son roman Le rasoir d'Ockham (2008  !)

  Le jeu Belcroix-Madarbre m'ouvre des échos en hébreu.
  J'ai indiqué que le codage atbash de BBL en SSK me semblait lié aux mots BL et BBL, Bel dieu de Babel et Babel, se renversant en les deux formes de "coeur" en hébreu, LB et LBB.
  Les formes BELarbre et MADarbre m'amènent à m'interroger sur le renversement de MAD, DAM qui débute le mot "damier", et le Damier est la rivière qui partage les Lieux-dits, entre Belcroix et Cendrier...
  En hébreu, dam signifie "sang", et il y tout de même quelque rapport avec le coeur, sinon avec l'arbre puisqu'on parle d'arbre circulatoire pour le système sanguin.
  Le renversement de "fou" est encore évocateur en hébreu, avec le jeu souvent commenté NBL-LBN, "fou"-"blanc"...
  Vertige encore en songeant à Leblanc et à son Elisabeth Lovendale confrontée à un "fou", aux anges Damiel et Cassiel de Wim Wenders, à d'autres coïncidences Babel qui feront l'objet du prochain billet.
  Le sang dam est apparenté au rouge, edom, et à l'homme, adam. Le premier homme Adam a été chassé d'Eden avant qu'il ne puisse toucher à "l'arbre de vie", en hébreu 'ets ha'hayim = 233, Fibo.
  Bien des commentaires relient cet arbre à la tour de Babel, en hébreu bavel = 34, Fibo.

  Les 160 pages des Lieux-dits m'évoquent encore le mot hébreu "arbre" tout seul, 'ets = 160. Le jeu belARBRE-belCROIX peut rappeler l'identification traditionnelle de l'arbre de vie à la croix du Christ, qui serait faite de son bois. Je n'ai pas trouvé d'illustration en ligne du beau livre de Gabrielle Dufour-Kowalska, L'arbre de vie et la croix (1985), entièrement dédié à ce thème, mais ma recherche m'amène au site du sculpteur sur bois Péneaud, qui semble très inspiré par l'arbre de vie du Beatus de Gérone, dont la double spirale du tronc m'avait retenu ici.

10.11.12

menthe chardon anis


  Un colistier de la ListeOulipo a remarqué qu'aujourd'hui serait le 10/11/12, et que ce pourrait être l'occasion d'une création, à 13:14 par exemple.
  J'ai aussitôt pensé à la relation que j'ai découverte en 1995 à partir d'un vers de Virgile
102 + 112 + 122 = 132 + 142 = 365
J'ai un instant pu croire être le premier à avoir vu cette relation (après éventuellement Virgile), mais il n'en était rien, bien qu'à mon avis les arithmologues que je consultais alors aient manqué cette relation mettant en jeu le nombre classique de l'année, ainsi que le nombre non moins classique 12, au centre de la séquence 10-11-12-13-14.
  Je m'efforçai de réparer ces oublis avec le roman Sous les pans du bizarre (2000),no code in the Spanish translation où je développais certaines de mes lectures virgiliennes. Il s'y trouvait aussi diverses créations plus ou moins poétiques utilisant les nombres en jeu. J'y suis revenu à maintes reprises, ainsi que sur les diverses coïncidences qui s'en suivirent.
   Le dernier rebond notable est lié à la ListeOulipo; je fais partie depuis 2003 de son cénacle de la BLO, collection à tirage réduit d'œuvres collectives produites irrégulièrement pour fêter des événements importants qui touchent des membres de la liste Oulipo. J'ai donc contribué à 10 BLOs presque consécutives, les manquantes étant la BLO 9, suite à une adresse mèl obsolète, et la BLO 15 qui m'était dédiée (merci les potes). J'ai donc contribué aux BLO 10-11-12-13-14, et la BLO 12 dédiée à 4 sexagénaires m'a donné l'idée d'une composition en strophes de 60 lettres découpées en 10-11-12-13-14, chaque vers ayant pour gématrie le carré de son nombre de lettres...

  Ces rappels pour expliquer qu'il me fallait trouver autre chose que de la gématrie ou du comptage de lettres. J'ai pensé à des distiques de 10-10, 11-11, etc. pieds, et à utiliser dans chaque distique un vers à mètre variable, par le jeu des e muets et des permutations. C'est alors qu'un petit miracle est intervenu avec la remémoration d'une chanson de Jacques Douai que je n'ai pas entendue depuis près de 40 ans.
  Ô belle à la fontaine est composée sur un poème de Lanza del Vasto, qui a fréquenté les Daumal:
  Chacune des 3 strophes a 8 vers, de 6 et 7 pieds alternés (le vers de 6 pieds étant à rime féminine). Dans chaque strophe revient une permutation des trois mots Mélilot menthe chardon, à des positions différentes, comptant donc 6 ou 7 pieds selon les cas. Je crois n'avoir jamais réfléchi consciemment à ceci au temps où j'écoutais la chanson, et évidemment encore moins au fait que ces permutations peuvent rappeler la 8e Bucolique de Virgile, où le vers refrain de valeur 365 ponctue des strophes de 4-3-5, 4-5-3, et 5-3-4 vers.
  Toujours est-il qu'un vers à géométrie variable 10-11-12-13-14 imposait 7 mots dont 4 se terminant par un e; 3 mots devaient commencer par une voyelle, les autres par une consonne. Il était difficile de garder mélilot, qui aurait imposé 4 monosyllabes, aussi j'ai choisi
 Thym seigle avoine orme anis chardon menthe
  J'ai aussi choisi d'évoquer les 4 saisons et 5 éléments chimiques, et voici le résultat

Thym seigle avoine orme anis chardon menthe
Car bonne au printemps s'exerce l'amante.
Chardon avoine orme anis menthe thym seigle
L'étain scelle l'été jusqu'au rut espiègle.
Menthe chardon seigle thym orme anis avoine
L'automne se pare du teint de l'antimoine.
Avoine thym menthe seigle anis orme chardon
L'argent de l'hiver nourrit en chacun son pardon.
Orme menthe chardon anis avoine seigle thym
Voici l'or du trois cent soixante-cinquième matin.

  J'avais en fait quelques mots différents dans une première version, que j'ai eu l'idée de soumettre au Gématron. Elle comptait 370 lettres et sa gématrie totale était proche de 4180, soit 12 fois 365, second petit hasard miraculeux.
  Il m'était très simple de retoucher cette version pour arriver à 365 lettres de gématrie 4180, ce qui fut fait, et la vérification au Gématron apporta un troisième petit hasard miraculeux. La petite section d'or tombait à la fin du 4e vers, pour un total gématrique de 1597, que je sais être le 17e terme de la suite de Fibonacci. Je connais les Fibos jusqu'au 20e, mais je n'avais pas pensé que 4180 était à une unité près 4181, soit F19.
NOTE du 13/11 : En fait 12 fois 365 ne font pas 4180, mais 4380, et je me demande comment j'ai pu faire une telle bourde, sans laquelle je n'aurais probablement pas cherché à modifier mon premier jet.

  J'ai appris fin octobre que la première approximation décimale du nombre d'or (ou plutôt de son inverse) avait été faite en 1597 par Michael Maestlin dans une lettre à Kepler, où il donnait la valeur « environ 0.6180340 ». C'est en fait 0.6180339..., mais la curiosité est que le premier rapport entre deux entiers donnant 0.6180340... est 1597/2584 (F17/F18). Pour donner une idée de la coïncidence, on ne trouve pas d'autre fraction donnant ces 7 décimales avant 3194/5168.
  Ironiquement, c'est Kepler qui établira peu après le lien entre la suite de Fibonacci et le nombre d'or, et qui le publiera dans Harmonices Mundi en 1618 (1.618 est l'approximation courante de Phi).

  Il me semblait donc intéressant de trouver une variante actualisant ce rapport 1597/2584, et un 4e petit miracle fait que c'est extrêmement simple, en remplaçant Voici (=58) au dernier vers par Voilà (=59). On peut étudier cette dernière version sur le Gématron.
  Un autre dernier ajustement a consisté à réordonner les mots du 7e vers de façon à ce que la grande section d'or (2584) tombe exactement après un mot (menthe).

  Voilà. C'est le cas de le dire. Je suis ébahi d'être arrivé à ceci sans l'avoir prémédité, 15 jours après avoir découvert que l'approximation proposée en 1597 correspondait idéalement à 1597/2584, et ceci alors que je n'avais pas d'idée de construction dorée au départ.  Néanmoins mon obsession Fibo m'avait fait choisir des éléments dont la somme des poids atomiques était F13.
C + Sn + Sb + Ag + Au = 6 + 50 + 51 + 47 + 79 = 233
  Sur la couverture de l'édition originale de Die letzte Geschichte des Miguel Torres da Silva, roman où Thomas Vogel a imaginé une intrigue se déroulant les jours fibonacciens de l'an 1772, le nombre 4181 apparaît sous le nombre 233 derrière le titre.
  J'ai acheté ce livre dès sa parution en 2001, mais mon allemand est trop mauvais pour que je puisse le lire. Le livre couvre en fait un peu plus d'une année car il s'achève le 377e jour.

  Sur cette édition de poche sont particulièrement en évidence les nombres 1597 et 2584, à peu près à l'emplacement du 4181 de la première édition.
  L'idée de l'or m'était venue en envisageant d'introduire au dernier vers un "365e jour", qui m'a fait penser à L'or du millième matin, un livre que j'ai dû lire à peu près au temps où j'écoutais Ô belle à la fontaine,

  Curieusement, une première version utilisait la séquence alchimique Cu-Ag-Au, or dp m'a envoyé hier des scans d'une carte postale écrite par le peintre lyonnais Charles Jung en 1927, la carte elle-même représentant des Chardons dans un cuivre.
  Ceci en lien avec un fil de discussion ouvert il y a quelques mois, après ma découverte dans un roman de Stéphanie Benson, Biblio-quête (septembre 2001), d'une rue Carl-Jung à Lyon, page 77 :
Laetitia Desnoyers habitait un peu plus loin, rue Carl-Jung, métro Grange-Blanche. Il tenta un moment de trouver un rapport, puis abandonna l'idée (...)
  Moi j'ai trouvé un "rapport", car Laetitia Desnoyers est un nom doré, 77/124, ce qui m'a fait googler  Carl-Jung, métro Grange-Blanche, et trouver des réponses, contre toute attente, une impasse Karl ou Carl-Jung à l'angle des rues Longefer et Volney, toutefois si peu documentée que j'ai demandé au jungien lyonnais Fox d'aller voir ce qu'il en était.
  Il s'agit en fait de la rue Charles Jung, et je suppose que Stéphanie Benson s'est amusée de ce nom, elle qui cite souvent Jung, et a d'ailleurs écrit un diptyque intitulé Synchronicité.
  Pour ceux que ça intéresse, voici ce qu'écrivait ce Jung en 1927 (au moment où le bon Carl construisait la seconde étape de Bollingen et peignait la Fenêtre vers l'éternité, inspirée par un rêve)

  Dans mon esprit, c'est menthe chardon anis qui remplace l'original menthe chardon mélilot, et je vois qu'à menthe/(chardon+anis) correspond le rapport d'or 65/106, déjà rencontré pour l'affaire selon/suivant, dont un volet concerne une bévue que j'avais faite dans Sous les pans du bizarre.

  Lanza del Vasto est le nom sous lequel il était connu et publiait ses livres, et ce nom est en rapport d'or avec celui de René Daumal :
LANZADELVASTO / RENEDAUMAL = 152/94 = 76/47
C'est encore GEORGES / PEREC = 76/47
  Je vois que Lanza del Vasto est natif du 29 septembre (1901), la Saint-Michel, ou plutôt puisqu'il est né en Italie la San Michele = 34/55 (Fibo).

  Je n'ai pas trouvé de clip en ligne de la chanson Ô belle à la fontaine, enregistrée originellement par Jacques Douai (1955). Son seul premier couplet est donné ici par Noir Désir.

5.11.12

la porte noire

aux Mathildes

  Je suis en retard dans mes projets, et voici quelque chose qui aurait pu être publié bien plus tôt, mais ce retard permet divers échos avec le billet précédent.
  En mai dernier, Bruno m'a prêté trois livres de Pierre Minet, qui fut le 5e des Phrères simplistes, autre rémois mais distinct du groupe des 4 R qui s'était formé au lycée, Roger Gilbert-Lecomte, Roger Vailland, Robert Meyrat, René Daumal.
  Minet a été vu comme un nouveau Rimbaud par Gilbert-Lecomte et Daumal, et a participé à la création de la revue Le Grand Jeu, mais il s'est ensuite écarté de la voie littéraire, non sans regrets exprimés dans une autobiographie, La défaite, écrite du 23/11/45 au 19/11/46. Précédemment, du 10/10/44 au 6/2/45 (soit juste après les morts de Gilbert-Lecomte et Daumal), il avait écrit un roman, La porte noire, dans lequel on devine une transposition créative de l'affaire du Grand Jeu.
  La première édition de Bruno (Sagittaire 15/1/46) a un envoi, à un certain Roland Claudel qui est probablement ce poète niçois. Je rappelle que dans ce récent message une formidable coïncidence concernait un autre envoi d'un livre acheté par Bruno.

  Le roman est donc l'histoire d'un mouvement littéraire, Agonie, créé en 1924 par un groupe de trois jeunes gens, Etienne Ablavet, Julien Molaine et Charles Vadé, qu'on peut envisager d'identifier à Gilbert-Lecomte, Daumal et Minet.
  Le groupe est obsédé par la mort, et se livre à des simulacres de suicides. Lors d'une tentative, le 28/12/23, Charles est blessé d'une balle à l'épaule. Ceci est évidemment inspiré par ce qui s'est passé dans le jardin de la Patte-d'oie à Reims entre Gilbert-Lecomte, Daumal et Meyrat, au cours d'une séance de roulette russe où les deux premiers ignoraient que le pistolet n'était pas chargé. C'est peut-être le souvenir de la balle qu'il croyait recevoir dans la tête qui a inspiré à Daumal ce dessin du document en ma possession (et jadis en celle de Minet).

  Charles prend ses distances avec ses deux amis, et n'assiste pas à la présentation en public du manifeste d'Agonie, le 23 octobre 1924. C'est un fiasco, Etienne interrompt son discours sous les huées du public, et quelques heures plus tard Etienne et Julien se suicident.

  Le livre est divisé en deux parties, la première donne les souvenirs de Charles, en 5 chapitres, la seconde est l'enquête du narrateur, Minet lui-même, sur les circonstances exactes du suicide, en 9 chapitres et 1 épilogue.
  Je suis tenté de voir un 10 en ce 9+1, dans ces parties de 5 et 10 éléments des correspondances avec les rangs des lettres E et J, initiales de Etienne et Julien, et dans ces lettres EJ des allusions au Grand JE. Ce serait Vailland qui aurait trouvé le nom "Grand Jeu", mais je suppose que l'érudit Daumal y a apprécié l'écho avec un célèbre jeu palindrome en sanskrit, maha aham, "grand je", lui qui nommerait ensuite Aham Egomet ("je moi-même") un personnage de La Grande Beuverie.
  Ceci a pu inspirer l'inversion EJ, alors que Etienne, dit "le Prince", tient Julien sous sa domination, ce qui a pu être le cas de la première relation entre Roger et René, rebaptisé Nathaniel par son aîné, en référence au disciple Nathanaël du poète Ménalque des Nourritures terrestres.
  Je remarque le patronyme de Charles, Vadé, qui peut correspondre au renversement वदे des deux glyphes composant le mot sanskrit déva, "dieu", देव.
  Je remarque aussi que les initiales éventuellement significatives, JE, sont aussi des majuscules, de même étymologie que le sanskrit maha, "grand".

  Eventuellement, car je ne sais que trop que nos pauvres constructions logiques ont bien peu de poids par rapport aux ironies du hasard, et une phrase de La défaite m'interpelle. Minet y imagine que le plus parfait des Phrères simplistes ait été celui qui n'avait jamais eu besoin d'écrire quoi que ce soit, celui dont l'existence bourgeoise à Reims pouvait receler le plus profond des mystères:
Mais le héros, le maître, c'était Meyrat.
La défaite, page 253
  MEYRAT et MAITRE sont presque des anagrammes, et "maître", magister, est toujours de la même famille que magnus, majus, maha...
  Si Daumal a été nommé Nathaniel en signe de soumission à Gilbert-Lecomte, il devait découvrir par la suite que nāth ou nātha signifie "maître" en sanskrit, et utiliser les signatures Nath et Natha...
  On peut imaginer que Vadé ait été choisi par Minet en pensant à vade mecum, signifiant son identification à ce personnage.

  Enquêter sur "la porte noire" m'a fait découvrir qu'il existait un tableau de Matisse portant ce nom, un tableau de 1942, format 12 Marine (61x38 cm). C'est parmi les châssis du commerce celui qui se rapproche le plus d'un rectangle d'or, mais ceci ne signifie évidemment pas que tout peintre l'utilisant soit un adepte de la divine proportion.
  J'ai tracé ci-dessous les principales lignes d'or :
  Si ceci pourrait également être dû à la règle des 5/8es suivie par certains peintres, j'observe que
- la "porte noire" s'inscrit assez exactement dans la petite section d'or supérieure du tableau;
- elle s'oppose sinistrement au bleu du ciel à droite (et au blanc des nuages), la porte-fenêtre correspondant à une section d'or verticale;
- deux lignes d'or se croisent sur le coeur de la jeune femme assise.
  Je me limite à ces observations, la peinture n'étant pas mon terrain. Il va de soi que le titre indique que cette porte est l'élément important du tableau, symbolisant la mort dans ce tableau par ailleurs paisible, à la manière du fameux Et in Arcadia ego (il ne reste plus qu'à identifier la montagne au Bugarach !)
  Selon Aragon, dans son Henri Matisse, roman, cette porte noire fait écho à la Porte-fenêtre à Collioure peinte dans les premiers mois de la Grande Guerre, ouvrant sur une noirceur variable selon les reproductions.
  On peut songer aux visions obscures qui ont envahi Jung à l'approche du conflit, et qui l'ont amené à se demander s'il ne sombrait pas dans la démence jusqu'au moment où il a compris qu'elles annonçaient la vague meurtrière qui allait submerger l'Europe.

  Il y a au moins un autre point commun entre Jung et Matisse, car celui-ci, condamné par la médecine, a cependant survécu plus de 13 ans à une opération de la dernière chance en janvier 1941. C'est peu après qu'il a peint La porte noire, à Cimiez (au-dessus de Nice).
  Matisse a vécu 84 ans, et ses dates 1869-1954 soulignent une curiosité dorée de son nom,
HENRI MATISSE = 54/86
soit deux nombres de la série bleue du Modulor, doublant le rapport doré 27/43 de la série rouge. Le réel partage de 140 selon le nombre d'or est plus proche des entiers 53-87, apparaissant dans la chronologie des événements de 44 (ce billet Triangles étudie aussi le découpage 86-54 dans Le triangle d'or).

  La recherche "Porte noire" + Matisse m'a amené à un recueil de AS Byatt, The Matisse Stories (1993), en français Histoires pour Matisse. La couverture originale montre trois tableaux de Matisse, convoqués tour à tour dans chacune des nouvelles du recueil, dont La Porte noire, pour le dernier récit, La Langouste chinoise.
  Byatt est quelqu'un d'une finesse extrême, et j'envoie ici ou pour des analyses érudites de cette oeuvre.
  La Langouste chinoise se passe dans un restaurant chinois, où deux universitaires, Peregrine Diss et Gerda Himmelblau ("bleu ciel", probable allusion à une citation de Matisse, Quand je mets du bleu, ça ne veut pas dire du ciel) discutent du travail en cours d'une étudiante sur Matisse.
  Diss a rencontré Matisse peu après la guerre, alors qu'il n'était pas encore remis de sa maladie; les religieuses qui le soignaient l'appelaient "le ressuscité". Il s'est étonné de le voir vivre dans l'obscurité, persiennes fermées, rideaux tirés. C'est qu'il était menacé de cécité, et qu'il essayait de s'y accoutumer. Byatt place ces mots dans sa bouche: Le noir est la couleur de la lumière.
  C'est ensuite qu'est donnée une brève description de La Porte noire, avec ce commentaire : Presque personne n'a su peindre la couleur noire comme lui.
    L'étudiante est bien moins respectueuse du peintre, et l'accuse d'être resté dans son coin à bricoler de l'art tandis que sa femme et sa fille étaient torturées par la Gestapo. De fait Amélie Matisse et Marguerite Matisse-Duthuit furent arrêtées le 13 avril 44, et la notoriété de leur époux et père ne leur fut d'aucun secours. Je remarque le mois d'avril 44, celui de l'échange Jung-Haemmerli, celui encore où la porte noire s'est entrouverte pour Daumal, le contraignant à abandonner le manuscrit du Mont Analogue.

  L'apparition de Byatt a pour moi au moins un double écho. J'évoquais dans mon billet précédent la liste des 27 auteurs de fictions mentionnant explicitement le nombre d'or ou la suite de Fibonacci, et Byatt en fait partie. Pour un roman que j'ai lu il y a environ 10 ans, Une femme qui siffle, et je pensais que la mention y était anecdotique.
  Je n'en suis plus si sûr en voyant ici que Fibonacci y apparaît au moins 3 fois, et que ce roman est le dernier volet d'une tétralogie, précédé par La Tour de Babel, où il semble suggéré que la beauté spiralée de la tour soit due à la suite de Fibonacci.
  Babel, spirale, Fibo, tétralogie, bien des thèmes de prédilection pour moi. Pour l'heure ma médiathèque n'a de disponible que le premier volet, La vierge dans le jardin, lu jadis, et j'y relis chapitre 34 un étrange rite inspiré par une page de Psychologie et alchimie de Jung, citée in extenso.

  Il faudra donc y revenir. L'autre écho passe par Jean-Pierre Le Goff (JPLG), qui après avoir tenté une expérience avec les fourmis en juillet 95, relatée ici, eut la surprise de trouver une expérience analogue décrite dans un roman de Byatt venant d'être traduit en français, Des Anges et des Insectes. Il lui écrivit, et elle lui répondit qu'elle avait réellement expérimenté elle-même ce dont elle parlait, et que le noir des fourmis lui avait évoqué des lettres et des mots.
  Jean-Pierre avait de la suite dans les idées, et il réalisa avec la myrmécologue Christine Errard l'exploit de faire écrire à des fourmis le mot ants (fourmis). Je l'ai relaté ici, ainsi que divers échos, dont deux avaient permis à JPLG d'étoffer le dossier de L'écriture des fourmis, devenue une brochure éditée en 2003 au Crayon qui tue. Ci-dessus l'envoi de Jean-Pierre sur l'exemplaire qu'il m'a envoyé.
  Le principal développement de JPLG était issu de mon rappel de la nouvelle de Lahougue sur l'écriture diagonale de la fourmi Atta bellifera, qu'il ne se rappelait pas avoir lue et qui avait peut-être été le germe de son idée de donner des mots à manger aux fourmis. Il nous avait alors échappé que la nouvelle de Lahougue était le prolongement du roman de Ricardou Lieux-dits, où un personnage se nomme Atta, et où apparaît un code diagonal.
  De passage à Marseille le 30 octobre dernier, je me suis rendu à la médiathèque Bonneveine, dont le catalogue assurait la disponibilité du roman de Ricardou. Je ne l'ai pourtant pas trouvé à la cote RIC, où un titre m'a sauté aux yeux, Un nommé Schulz, de Ugo Riccarelli (une vie romancée de Bruno Schulz, dont le titre original se traduirait plutôt Un homme qui s'appelait peut-être Schulz, mieux respecté ici en allemand).
  Trouver mon homonyme en cherchant Ricardou est fabuleux, car moi Rémi Schulz avais imaginé un roman dont les titres de chapitres présentaient un acrostiche diagonal, ignorant que Ricardou l'avait fait dans Lieux-dits, avec d'autres points communs exposés ici. Mais ce nouveau coup du génie des bibliothèques fait encore  écho avec le texte Atta bellifera F. de JPLG, où il conte sa découverte par hasard en librairie de Histoires d'en lire, de Michael Handelzalts, où il tombe sur une anecdote étrangement similaire à l'oubli de sa lecture de la nouvelle de Lahougue. Ensuite, lisant Handelzalts, il y découvre une anecdote tirée de Moment musical de Yehoshuah Kenaz, à propos de quelqu'un qui tire au hasard un livre parmi les rayons d'une bibliothèque, l'ouvre au hasard, et tombe sur un passage parlant précisément d'un livre cueilli par hasard sur une étagère... Il faudrait tout citer, ou plutôt lire Le Goff, Handelzalts, Kenaz.

  Nous avons aussi manqué alors Le jour des fourmis, publié la même année 1992 que Angels & Insects, de Byatt, où Bernard Werber imaginait des fourmis manger le mot "fourmis". Werber fait aussi partie de ma liste des auteurs ayant explicitement parlé du nombre d'or, un autre des sujets de prédilection de JPLG. La première occurrence apparaît à ma connaissance dans La révolution des fourmis, mais le nom même de son héroïne 103 683e correspond à un arrangement ordonné des premières décimales du nombre d'or, bien que Werber en ait nié l'intentionnalité (si .618033 sont bien les premières décimales du nombre d'or, Dick et Byatt mentionnent l'arrondi .618034).
  Le monde se révèle de plus en plus comme, selon les mots de Fabre repris par Lahougue, une série d'échos qui s'éveillent l'un l'autre.

  Ceci me donne l'occasion de parler d'une trouvaille faite il y a quelque temps, au cours d'une recherche fourmi + "nombre d'or". Elle m'a mené à l'analyse par Mathilde Chèvre d'un album pour la jeunesse, L'Histoire de Nûra. Elle y voit les lignes d'or de la première illustration se croiser sur le coeur de la fourmi Nûra (j'ai légèrement rectifié ces lignes ci-dessus, par rapport au schéma donné par Mathilde).
  Au-delà des intentions éventuelles, il y a donc deux lignes se croisant au même point  d'or inférieur gauche, correspondant à un coeur, que ce soit dans l'Histoire de Nûra pour Mathilde ou l'Histoire de Byatt pour Matisse.

  Je présume que Nûra est apparentée à l'arabe nour, "lumière", comme le prénom Anouar, "lumineux", et remarque la proximité de anouar avec "noir", me souvenant des mots de Matisse, Le noir est la couleur de la lumière.
  Je pense aussi à A noir, ouvrant Voyelles de Rimbaud comme Vocalisations de Perec, sonnet où j'ai vu diverses possibilités de lecture dorée, comme dans Noce, l'épithalame écrite par Perec à l'occasion du mariage de son ami tunisien Nour.

  Les échos de la porte noire avec le nombre d'or m'évoquent le dernier billet, et les étranges corrélations dorées trouvées dans les noms des pionniers de IANDS comme dans les phases de la NDE type selon Ken Ring.
  Je me suis demandé s'il existait dans une langue quelconque des rapports dorés entre les mots exprimant "vie" et "mort", sans résultat, et voici qu'hier Laurent me signale qu'une pochette promotionnelle du jeu vidéo Dishonored contient un jeu de tarot plutôt inhabituel. Il y a bien 22 arcanes majeurs, mais beaucoup ont changé de nom, et ceux connus ont changé de position, ainsi l'arcane Mort est passé du n° 13 au 21.
  Je rappelle que les Fibonacci 13 et 21 semblent particulièrement s'immiscer dans mes recherches, et que cette tentative de recensement a vite dépassé 80 occurrences

  En cherchant des rebonds numérologiques à partir du nom d'Antonia Susan Byatt, ce que j'ai trouvé de plus convaincant était le partage de son nom en voyelles/consonnes, soit
YA / BTT = 26/42 = 13/21
  L'arcane 21 est usuellement le Monde, et lors de mes recherches sur le partage d'or privilégié 51/83, correspondant au rapport voyelles/consonnes des 10 lettres les plus fréquentes en français, présentes dans chacun des 1936 "vers" du recueil Alphabets de Perec,(AEIOU/LNRST = 51/83), j'ai découvert
la LUMIERE du MONDE = 83/51.

  Une requête GoogleImages "LUMIERE du MONDE" me donne aujourd'hui en 3e résultat cette image, la première offrant les mots clés,  répertoriée
1321.jpg
1321 !

  Pour revenir à Daumal et consorts, mes lectures m'ont révélé la puissance poétique de Gilbert-Lecomte, et j'ai aussi été frappé par la date de sa mort, le 31 décembre 1943, qui peut se raccourcir en
31/12/43
dont le renversement conduit à 34/21/13.

Note de décembre 12 : J'ai pu consulter Matisse : Paires et Séries qui m'a appris que La porte noire faisait partie d'un ensemble de 5 tableaux peints en septembre-octobre 42, montrant tous une jeune fille dans un même fauteuil devant la même fenêtre de l'atelier de Matisse à Cimiez. Cette série correspondait pour lui à une nouvelle approche de la peinture.