19.4.11

d'Emma à Nemo

19 avril, sainte Emma, et cette année mardi de la semaine sainte, 67e anniversaire selon le calendrier religieux du 4/4/44 où Emma Jung a été le premier témoin de l'échange Jung-Haemmerli.
Ma sensibilisation aux harmonies d'or s'est trouvée exacerbée dès que j'ai connu le nom du docteur Haemmerli, avec les relations gématriques :
EMMA - JUNG - HAEMMERLI = 32 - 52 - 84
soit, multipliés par 4, les nombres 8-13-21 de la suite de Fibonacci.

Le mois dernier fut essentiellement marqué par la découverte de deux textes aux multiples points communs : ils concernaient un voyageur temporel dont le nom était présent dans le titre de l'oeuvre, et ce nom était "doré".
Jamais 2 sans 3, et quelques jours après la lecture de ces textes j'ai découvert une troisième oeuvre répondant aux mêmes critères, mais il m'a fallu près d'un mois pour m'en apercevoir.

Le 7 mars j'ai posté le premier billet sur la voyageuse du temps Marina Sloty = 56/91 = 8/13.
Le 10 mars Gef me signalait la nouvelle Enoch Soames, où cet autre voyageur du temps a un nom pareillement fibonaccien, 45/72 = 5/8, ce qui fut le point de départ de mon billet du 20 mars.
Le 19 mars, les hasards du streaming m'ont mené à Mr. Nobody, de Jaco Van Dormael (2009), fascinant film dont j'ignorais l'existence.
Nemo Nobody fête ses 118 ans le 9 février 2092, qui va être aussi l'un des derniers jours de ce dernier homme mortel, car depuis quelque temps l'humanité a découvert le secret de la télomérisation (permettant le renouvellement à l'infini des cellules), et Nemo n'était maintenu en vie que par une curiosité arrivée à son terme.
Nemo Nobody n'est pas exactement un voyageur du temps, mais un être à cheval sur le temps, ayant accès à tous les moments de sa vie dans toutes les hypothèses nées de tous ses choix (Théorie des Mondes Multiples). Le film a une construction éclatée rendant remarquablement bien compte de cette complexité, je l'ai regardé avec passion, accrue lorsque est apparue l'image ci-dessus.
L'un des avatars oniriques de Nemo est coincé dans un univers angoissant. Sans trop chercher à expliquer, le Nemo principal lui expédie ce message qui a aussitôt fait tilt car j'y ai reconnu les 8 premiers termes de la suite de Fibonacci, 1-1-2-3-5-8-13-21, avec une anomalie : un 1 est passé en 6e position.
Un intervenant remarque ici que la séquence 8-1 pourrait être une allusion aux 9 ans de Nemo lors du premier choix crucial de sa vie : la séparation de ses parents génère deux embranchements de vie principaux, un où il reste avec son père, l'autre où il part avec sa mère. Il remarque par ailleurs l'une des premières scènes du film où, vieillard fripé en 2092, Nemo n'en affirme pas moins être âgé de 34 ans, soit le nombre de Fibonacci suivant 13-21.
Si c'est exact, il y a au moins une autre explication pour cela, car Nemo est né en 1975 et le film est sorti en 2009. Certes l'an 75 pourrait avoir été choisi dans ce but, mais la naissance de Nemo le 9 février 75 me semble d'abord calquée sur celle du réalisateur-scénariste, Jaco Van Dormael né le 9 février 57. Pareillement JB Pouy, natif du 2 janvier 46, a imaginé son libraire-détective Gondol né le 2 janvier 64.

Il y aurait beaucoup d'autres choses à remarquer, par exemple que ce sont aussi ces 8 premiers nombres de Fibonacci, dans le désordre, qui constituent la première énigme de Da Vinci Code, 13-3-2-21-1-1-8-5, que les héros devront rétablir dans le bon ordre pour poursuivre leur jeu de piste.
L'une des propriétés essentielles du nombre d'or, auquel sont associées les suites de Fibonacci, est d'être un facteur de désordre maximal, ce qui peut amener à conjecturer un désordre encore plus maximal pour les suites de Fibonacci désordonnées, ou les décimales désordonnées du nombre d'or vues dans certains récents billets.

Le film pourrait aller dans ce sens, avec de multiples références à
12358 Alois Street
l'entropie. A remarquer cependant que le coup de téléphone donné par Nemo l'envoie au 12358 Alois Street, une maison en ruine dont le numéro restitue cependant la partie ordonnée de la séquence désordonnée du numéro de téléphone...

J'en finis avec les conjectures pour arriver à l'essentiel. Je ne comprends pas comment je n'ai pu avoir l'immédiate curiosité de calculer les valeurs numériques de Nemo Nobody, plus ou moins voyageur du temps, alors que ma vision du film est survenue au moment où je découvrais deux voyageurs du temps aux noms dorés, alors que le film faisait cette allusion à Fibonacci.
Toujours est-il que c'est le 14 avril que j'ai constaté que
NEMO / NOBODY = 47 / 75
Ce n'est pas un nom fibonaccien comme Marina / Sloty ou Enoch / Soames, mais c'est un nom doré selon mes critères, partage idéal de la somme 122. Comme dans Enoch Soames et L'étrange aventure de Marina Sloty, le nom du voyageur du temps est présent dans le titre de l'oeuvre.

Je n'ai guère pu y réfléchir plus avant ce jour, ayant d'une part à terminer un ensemble de 5 billets sur mon blog Quaternity en anglais, d'autre part à préparer mon départ vers l'Aude le lendemain.
Je m'étais en effet inscrit à un dîner-conférence le 16 avril, organisé par l'OdS, prometant quelques révélations sur Pierre Plantard et l'équipe à l'origine de la manipulation de Rennes-le-Château (RLC). D'un Pierre je pouvais faire trois coups, en revenant dans cette belle région où j'ai vécu il y a quelque 30 ans, et en visitant enfin le fameux village de l'abbé Saunière qui ne faisait pas alors partie de mes préoccupations.
Vendredi, en route vers l'Aude, j'avais en tête le nom doré de ce troisième voyageur du temps découvert en peu de temps, et j'ai pensé aussi à son interprète, Jared Leto, déjà remarqué ailleurs (Requiem for a dream, par exemple, de Darren Aronofsky qui s'est aussi préoccupé dans Pi de Fibonacci et nombre d'or).
Jared 34
JARED LETO = 38 52
C'est pas doré, mais j'y remarque diverses choses :
- les 2 nombres sont composés de chiffres qui sont des nombres de Fibonacci, 2-3-5-8.
- c'était notamment le cas de Jonathan/Scarfe = 83/52, nom doré d'un acteur interprétant Nicholas/Brady = 81/50, nom doré d'un personnage passionné par le nombre d'or dans Radio Free Albemuth.
- je connais un autre personnage dont le nom livre les mêmes chiffres 2-3-5-8, Albert Fnak = 58 32.
Il s'agit du premier nom imaginé par Pouy pour le libraire-enquêteur devenu ensuite Pierre de Gondol, héros de 11 enquêtes publiées. Je suis bien placé pour le savoir, ayant écrit sa première aventure, Sous les pans du bizarre, avec ce nom Fnak. J'ai signalé plus haut la communauté d'intention entre Pouy et Dormael qui avaient forgé leurs héros à partir de leurs propres données biographiques, même anniversaire, mais année de naissance obtenue par interversion de deux chiffres, 46-64 pour Pouy-Fnak(-Gondol), 57-75 pour Dormael-Nobody(-Leto).

De quoi donc alimenter quelques réflexions en roulant, qui prirent bientôt une autre tournure.
CG Jung est couramment appelé Carl Jung par les anglo-saxons, prénom et nom de 4 lettres de valeurs
CARL JUNG = 34 52
Si je laisse de côté la 5e lettre de JARED, j'ai un autre ensemble prénom-nom de 4 lettres de mêmes valeurs
JARE LETO = 34 52 (je rappelle que le très vieux Nemo se déclare âgé de 34 ans).
Leto 118
L'adjectif jung ou junge signifie 'jeune', tandis que 'vieux' se dit en allemand alt ou alte, en anglais old, laissant supposer une éventuelle forme olt(e) dans une quelconque langue nordique.
Par ailleurs Jar signifie 'année' en vieil allemand, ainsi 'vieilles années' était-il tout désigné pour interpréter un homme de 118 ans... Jared n'est pas moins significatif, car c'est le nom du 6e patriarche, dont la longévité de 962 ans est la seconde recensée par la Bible (après les 969 ans de Mathusalem). Jared est aussi le père d'Enoch.

Je ne prétends pas que ces réflexions soient pertinentes, et peut-être les aurai-je vite oubliées si une coïncidence n'était venue les souligner le lendemain.
J'étais donc le 16 dans l'Aude, où j'ai passé la matinée à balader dans quelques hauts-lieux, le pic de Bugarach, les rochers de la Blanque, Rennes-les-Bains, puis en début
d'après-midi je laissais la voiture sous un panneau indiquant Rennes-le-Château 4 kms, à la sortie de Couiza, et commençais à monter en vélo.
Et voici la première borne kilométrique que je vis en sortant de Couiza.
Il y a près de deux ans j'écrivais CARL A RLC, qu'il faudrait lire en détail, essentiellement basé sur la valeur numérique 34 de Carl, et la coïncidence du km 34 de la D52 aurait suffi à me combler, car j'avais déjà remarqué le numéro de la départementale montant à RLC (en vérifiant que le numéro indiqué sur ce montage était un faux).
Et voici que je découvrais ce 34 D 52 quelques heures après avoir médité sur JARE(D) LETO = 34 (D) 52...
De plus RLC était annoncé à 4 kms, et ceci augurait d'une dernière borne 38-52, soit Jared Leto. Je me suis demandé tout au long de la montée si cette borne potentielle serait effective, et elle l'était, à quelques mètres près car exactement au niveau des premières maisons du village.
Voilà. Les résultats de ma visite à RLC et du dîner-conférence du soir vont plutôt concerner mon autre blog. J'ai en tout cas eu confirmation d'un fait important : Philippe de Cherisey qui fut pour une grande part dans la manipulation RLC était pataphysicien. Ceci peut encore justifier le rapprochement CARL RLC puisque je signalais ici la présence de Jung dans un livre co-écrit par Cherisey.

A mon retour, je fis le tour des différents "blogs amis", parmi lesquels un nouveau venu, Autour de Carl de Jean Bissur, et y remarquai son post du 3 avril consacré au Livre Rouge.
Sa première page, intitulée Der Weg des komenden (Le chemin de ce qui est à venir), est formée de 4 citations bibliques en latin, suivies de l'année du début de composition, 1915.
Il y a une erreur dans la soigneuse calligraphie, pour la troisième citation (Jean 1,14). Et Verbum caro factum est et habitavit in nobis et vidimus gloriam eius gloriam quasi unigeniti a Patre plenum gratiae et veritatis.
Et le Verbe est devenu chair, et il a séjourné parmi nous. Et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle que tient de son père un Fils unique, plein de grâce et de vérité. (traduction Osty)
Jung a écrit plenumum au lieu de plenum. Il s'en est ensuite manifestement aperçu, mais n'a pas eu à coeur de récrire toute la page. Plutôt qu'une inélégante rature, il a mis entre crochets les lettres surnuméraires:
Ceci m'a été multiplement évocateur:
- J'observais sur mon blog anglais que Jung s'était refusé à achever son Livre Rouge, et que la marque la plus patente de ce refus était l'absence d'une lettrine d'un des derniers paragraphes, débutant par Als alles in mir vollendet war... (Alors que tout était complété en moi).
J'y remarquais cette absence contredisant la plénitude signifiée par le mot vollendet, et voici que le livre débutait par des lettres surnuméraires ajoutées au mot plenum, de signification voisine (le mot est traduit vollen par Luther).
- Les lettres concernées sont U-M, les lettres de rangs 21-13 dans notre alphabet, et 21/13 est précisément le rapport associé à Haemmerli/Jung, ou Enoch/Elie (84/52).
- Ce sont encore les initiales de Unus Mundus, le Monde Un
de l'alchimiste Dorn repris comme concept central par Jung, et nom du forum Unus Mundus couramment abrégé en UM par ses membres. Les documents annexes publiés avec le Livre Rouge montrent ce schéma du Systema Munditotius, totalité des mondes que Jung a publiée anonymement en 1955.
Sa ligne centrale va d'un cercle INANE (vide) à un cercle PLENUM (plein) :
A remarquer encore que PLENUM a même sens que le grec PLEROMA, le Plérôme gnostique qui forme le cercle extérieur de ce mandala.
- Le dernier point ramène à RLC... Il est donc aujourd'hui pratiquement établi que les fameux parchemins codés qui ont été pour une bonne part à la source de l'affaire étaient des faux forgés par Cherisey, bien que la confession publiée 20 ans après sa mort n'ait pas convaincu tout le monde.
Il est vrai que ce document n'éclaircit pas tous les mystères des parchemins. J'ai donné sur Blogruz quelques aperçus de la complexité du Grand Parchemin, il en va de même du Petit Parchemin avec des graphies bizarres, marquées par des points. Le PLENUMUM de Jung m'a aussitôt évoqué ce
mot DUMUM, qui ne peut guère être pris pour une recopie hâtive du DOMUM présent sur le texte original.
Il semble que les points invitent à effectuer un demi-tour
sur les mots concernés, ainsi les lettres UMUM livrent après un demi-tour ce qui ressemble au mot grec ωλενη, ôlenê, "avant-bras", mot d'une certaine importance dans le contexte de l'affaire.
Un rapprochement plus intime est possible avec le PLENUM
de Jung en renversant uniquement D et MU de DUMUM, et en réarrangeant les lettres.
On peut arriver à une meilleure lecture avec un nouveau
retournement du nu grec, qui ressemble ainsi mieux à un N.

La lecture ôlenê, "avant-bras", a encore un écho avec les 4 kms de la D52 montant vers RLC, car, s'il y a un km 34 et un km 38, il y a évidemment le km intermédiaire 36, qui permet de lire cette fois séquentiellement 52-36, ce qui évoque aisément la 'coudée royale' de 52,36 cm, autre manipulation couronnée d'un certain succès.
La coudée est une mesure ancienne correspondant à la longueur de l'avant-bras, fort variable selon lieux et époques, mais un moine imaginatif, probablement inspiré par le Modulor du Corbusier, a posé l'existence ésotérique depuis l'aube des temps d'un système analogue, basé sur une coudée de 52,36 cm, fort pratique puisqu'il suffisait de 5 coudées pour obtenir le carré du nombre d'or (2,618 m) et 6 pour obtenir pi (3,1416 m).
Si ceci prête immédiatement à sourire, cette affabulation dépourvue de tout fondement historique a néanmoins été reprise par de nombreux ouvrages, jusqu'à contaminer des manuels de maths officiels.
J'y vois un certain cousinage avec les parchemins prétendument découverts par l'abbé Saunière, et d'ailleurs un site où ces parchemins sont considérés comme authentiques offre une page consacrée aux mesures sacrées, la coudée royale en tête...
Si le nombre d'or ou Fibonacci ne semblent pas avoir figuré parmi les préoccupations de Cherisey, je constate néanmoins une possibilité d'écho dans ses dates, 1923-1985, ramenées aux deux derniers chiffres : 23-85. Ce sont les chiffres 2-3-5-8 correspondant aux nombres de Fibonacci non triviaux, et composant les valeurs de Jared Leto, 38-52, vues à l'entrée de RLC.
Mieux encore, 23-85 se renverse en 58-32, les valeurs de ALBERT FNAK, le libraire-détective héros de mon seul roman publié, comme il l'a été vu plus haut.

Nemo Nobody, ou "personne personne" en latin-anglais. Un travail en cours m'a fait consulter Citizen Haines, billet de juillet 2007 sur Les jeux de la comtesse Dolingen, de Catherine Binet (et Georges Perec), où la tête d'affiche est constituée par deux acteurs au nom doré, Michael Lonsdale (51/82) et Carol Kane (49/31).
Ils incarnent le couple Haines-Pearson, qui n'ont que haine l'un envers l'autre, et au paroxysme de leur conflit Louise Haines-Pearson songe au suicide, se disant qu'elle n'est personne, selon l'équation explicitement formulée haines = N = NEMO...

4.4.11

...Sloty 1959

Et voici donc quelques développements inspirés par L'insolite aventure de Marina Sloty, qu'il vaut mieux aborder après avoir lu Marina 1870.
Qu'il soit bien clair qu'ils ne constituent pas à mon sens une exégèse du roman, mais un faisceau d'éléments plus ou moins convergents qui "donnent à penser"...

Il faut d'abord préciser que le récit abonde en dates diverses. Je crois avoir établi que certaines de ces dates étaient très subtilement choisies par de Warren, en-dehors de la coïncidence phénoménale observée pour la valeur numérique de Marina Sloty :
56 + 91 = 147, ou multipliés par 7, les termes 8-13-21 de la suite de Fibonacci, dont le rapport de deux termes tend vers le nombre d'or, alors que sloty signifie "or" en polonais (orthographe courante de zloty).
Les deux années entre lesquelles les expériences atomiques du Larzac ouvrent un couloir temporel permettent d'accéder aux trois termes suivants de la suite de Fibonacci :
1870 = 34 x 55
1959 = 34 x 55 + 89
Ceci suggère d'examiner attentivement les dates des expériences, d'abord prévues pour les 3/2, 7/3, 4/4, et 5/5 à 22 heures. Marina ignorait tout de ces expériences lors de son saut le 7 mars en 1870, la laissant dans une totale incompréhension jusqu'à ce qu'elle regarde un journal du 21 janvier emporté par hasard (!), ce qui va lui permettre de regagner 1959 le 4 avril suivant :
du 21/1 au 7/3 il y a 45 jours;
du 7/3 au 4/4 il y a 28 jours.
45 et 28 sont des entiers en rapport d'or optimal, et leur somme 73 évoque la date du 7/3 pivot de ces 73 jours. Certains jugeront cette homologation puérile, elle fut en tout cas fondatrice pour Perec, natif du 7 mars, dans l'oeuvre duquel cette date revient constamment sous les formes 73 ou 37.
L'expérience du 5/5 est annulée et reportée au 22/8, 140 jours après le 4/4. Marina y effectuera son second saut temporel volontaire, or 140 c'est 5 x 28, et il y a dans une année 365 jours = 5 x 73, permettant donc un autre rapport 140/225 = 28/45 (= 0.622 contre 0.618 rapport d'or). Incidemment, j'ai rencontré chez Perec une possibilité mettant parallèlement en jeu 5 nombres de somme 365, parmi lesquels 73. Autre curiosité : en 1870 la lettre W était considérée comme étrangère, "ne faisant pas une lettre de plus dans notre alphabet" (Littré). En conséquence Y était la "24e lettre de l'alphabet" (toujours Littré), et les numérologues français de l'époque utilisaient un alphabet de 25 lettres, où MARINA / SLOTY = 56/90 = 28/45 encore. Incidemment encore, ceci a eu un écho dans mes recherches bachiennes qui ont en retour suscité un autre écho dans l'oeuvre de de Warren...

Les quantièmes des mois successifs d'abord concernés, 3-7-4-5, peuvent également construire un rapport 73/45; Marina apprend rétrospectivement, le 26 mars, les expériences du 7/3 et du 3/2 (32 jours avant le 7/3).
Ce programme initial couvre exactement 91 jours, valeur de SLOTY. Le partage doré entier de 91 en 56 (MARINA) et 35 tombe le 31 mars, 22 heures, or c'est le soir du 31 mars que Marina rédige le récit de son aventure, à l'intention de Dominique, auquel elle a révélé l'après-midi même son immatérialité. Il est précisé que malgré l'heure tardive elle porte les 28 feuillets chez Dominique, et que la nuit qui s'ensuit est pour lui une longue nuit d'insomnie.
En calculant exactement la section d'or des 91 jours du 3/2 au 5/5, sans arrondir aux plus proches entiers 56 et 35, on tombe au 1er avril vers 5 h du matin, au cours de cette seule nuit blanche mentionnée pour Dominique.
A remarquer aussi que minuit de cette date, à cheval entre mars et avril, découpe la période fatidique en pratiquement 56 jours en février-mars, et 35 jours en avril-mai.
Plus précisément, 25 jours en février et 31 jours en mars, dont les chiffres permettent de construire le rapport 21/35 (= 3/5), précédant les rapports 35/56 et 56/91 (5/8 et 8/13) de la suite de Fibonacci multipliée par 7 (7-7-14-21-35-...)
Ceci m'a conduit à calculer les valeurs de MARS et FEVRIER, 51 et 83, soit les nombres mêmes que j'ai vu structurer l'alphabet, et plus particulièrement le recueil Alphabets de Perec. Il y avait deux dates obsessionnelles pour Perec, sa naissance le 7 mars 1936, la déportation de sa mère le 11 février 43, dont les éléments balisent son oeuvre, ainsi les 1936 "vers" de 11 lettres d'Alphabets ont-ils probablement à voir avec ces deux dates, mais il n'est pas de son fait que les 10 lettres les plus fréquentes en français, AEIOULNRST présentes dans chaque vers, se partagent en
5 voyelles AEIOU = 51 = MARS,
5 consonnes LNRST = 83 = FEVRIER.
Le nombre précédent dans cette suite 51-83-134 est 32, or 32 jours séparent les 2 premières expériences, à cheval sur février-mars, du 3/2 au 7/3.

Peut-être plus pertinemment en ce qui concerne les intentions de l'auteur, les 91 jours originellement prévus correspondent à un quart d'année, une saison, et le 3 février initial est la Saint-Blaise, date traditionnellement associée au milieu de l'hiver.
Considérer les demi-saisons au niveau gématrique amène quelques surprises, ainsi les secondes syllabes de hi-ver et prin-temps sont dans le rapport doré de l'année :
VER / TEMPS = 45/73, en rappelant que ver signifie "printemps" en latin.
Par ailleurs ce TEMPS, mot particulièrement au centre du roman, est aussi une syllabe en double équilibre doré parmi les 8 syllabes formant les 4 saisons dans leur ordre usuel :
hi17 ver45 prin[119]57 [119]
temps[192]73 [73]
é525 au22 tomne67 [119]
[Ce texte de 24 lettres a une somme gématrique de 311.]
Le 73 dévoilé pourrait être un autre titre de ce roman débutant le 7/3... Et je ne m'offusquerais pas d'une nouvelle division de l'année en 5 saisons de 73 jours.

L'expérience du 5 mai a donc été annulée, et reportée au 22 août, 109 jours plus tard, un autre nombre qui m'est évocateur, que j'ai vu comme
NOMBRE DORÉ = 67 42, partage doré de 109 correspondant précisément aux deux jours fétichisés par Perec, le 11 février 42e jour de l'année et le 7 mars 67e jour d'une année bissextile comme 1936.
Ce report allonge la période initiale de 91 jours à 200, qu'un partage d'or entier découpe en 76-124, or c'est 76 jours après la première expérience du 3 février, le 20 avril, que se tient la réunion statuant sur le devenir des expériences.
Un calcul affiné livrerait pour la petite section d'or le 21 avril vers 7 heures du matin. Ce 21 avril à 15 h se tient une autre réunion examinant les conclusions des experts sur les preuves apportées par Marina.

Il faut lire le roman pour y trouver confirmation que peu d'autres dates de cette année 1870-1959 sont mentionnées, et surtout que celles intervenant directement dans le récit en-dehors de cette période de 200 jours sont le 21 janvier (1959), date du journal annonçant les expériences, 13 jours avant le 3/2, et le 11 septembre (1870), mariage de Dominique et Marina, 20 jours après le 22/8.
13+200+20 = 233, 13e terme de la suite de Fibonacci dont le 14e est 377, valeur du titre
L'INSOLITE AVENTURE DE MARINA SLOTY = 377
Le rapport à ce niveau donnent une excellente approximation de Φ (le nombre d'or) telle que la petite section d'or de 233 jours calculés à partir d'une même heure entre le 21 janvier et le 11 septembre tombe pratiquement à la même heure le 20 avril, 89 jours après le 21/1, 144 avant le 11/9.
Ainsi le roman dont le titre a pour valeur le nombre de Fibonacci excédant de peu le nombre de l'année, 365, permet-il de découvrir tous les termes précédents, 144-89-55-34-21-13-8, au sein de relations dorées. Les termes triviaux précédents peuvent être aisément trouvés, par exemple dans le programme orignal du 3/2 au 5/5.

Voilà à peu près tout ce que je vois pour l'heure dans ces dates, en restant à peu près dans le cadre du roman. Il m'éveille de multiples autres échos.
Ainsi cette dernière relation sur 233 jours peut s'énoncer sous la forme
13 + 220 = 13 + 4x55, cas particulier d'une relation quaternitaire valable dans toute suite additive, donnant l'équation générale
Fn+6 = Fn + 4Fn+3
qu'on retrouve dans la "suite d'or" (les puissances successives du nombre d'or forment aussi une suite additive), avec notamment :
Φ6 = 1 + 4Φ3
Je crois n'avoir jamais prêté attention à cette relation avant février dernier, où un hasard m'a mis en présence du découpage de 5888 en 328 + 5560, en lequel j'ai reconnu 328 + 4x1390, 328 et 1390 étant des termes d'une série additive qui m'avait particulièrement retenu.

Un autre formidable hasard m'a fait lire Les arcanes du chaos peu après Marina Sloty, et y découvrir le personnage de
James / Goatherd = 48/78 = 8/13, comme Marina/Sloty, ouvrant sur les ahurissantes relations données dans ce billet.
Je n'avais pas encore noté le parallèle entre les dénouements des deux romans. Goatherd est un être de l'ombre qui fomente en secret les événements clés gouvernant l'histoire humaine, et c'est ainsi qu'il organise une réunion entre le couple de héros du roman au sommet du World Trade Center, le matin du 11 septembre 2001.
C'est aussi un 11 septembre qui clôt L'étrange aventure, avec un mariage moins dramatique. J'ai eu la curiosité de calculer, et l'anglais livre
September-eleven = 103-63, partage doré idéal de la somme 166.

Mon renouveau d'intérêt récent pour de Warren m'a conduit aussi à découvrir sur sa fiche Wikipédia le nom du coauteur de sa dernière édition des Prétendants au trône de France, Aymon de Lestrange, que j'ai trouvé insolite sachant que La Bête de l'Apocalypse avait été publié dans la collection "l'étrange" qui n'a connu que 4 titres.
Le 3 mars, et peut-être ceci a-t-il en partie motivé ma relecture de Marina Sloty le lendemain, j'ai découvert la rare harmonie dorée de son nom :
AYMON / DELESTRANGE = 68/110 = 34/55, deux nombres de Fibonacci.
Une recherche sur ce nom montre que Aymon de Lestrange a écrit un article de musicologie en ligne ici, sur un rondeau de Solage, Fumeuse speculacion (!), dans lequel il envisage une architecture dorée du rondeau, ce qui me paraît dénoter une obsession personnelle car les nombres cités ne s'y prêtent guère à mon sens.

De Warren ne mentionne à ma connaissance la gématrie qu'à une seule occasion dans son oeuvre, dans Les portes de l'Enfer, où un retournement de l'histoire d'Israël est programmé le 2 novembre 1991, 43 ans exactement après sa création. Une note indique que 43 est la gématrie du Tétragramme YHWH en hébreu (selon la numérologie particulière de Raymond Abellio).
Perec était familier des jeux d'inversion des dates, ainsi sa naissance le 7 mars 1936 le fait jouer avec les nombres 73, 37, et même la date du 3 SEPTembre, naissance en 1836 de son double Hugo Vernier. Novembre, 11e mois, semble aussi avoir constitué une allusion au 11 février 43 (mort de Marguerite Winckler), comme 112 (page d'un livre laissé ouvert par un disparu), aussi est-il curieux de trouver deux 2/11, Jour des Morts, à 43 ans de distance, avec pour terme une année palindrome, multiple de 11 (ce qui est automatique pour tous les palindromes de 4 chiffres).
Le contexte de l'histoire d'Israël, et de son éventuelle disparition, est également évocateur.

Un nom doré apparaît dans le premier roman de de Warren, important car une intrigue amoureuse naît entre Laurence Féliciani, plus ou moins réincarnation de Lorenza Feliciani, compagne de Cagliostro, et
MICHEL DROUIN = 50 + 81, lui-même avatar d'un autre Michel.
LAURENCE FELICIANI = 79 + 68 = 147 n'est pas un nom doré, mais sa valeur totale 147 est aussi celle de MARINA SLOTY (56+91)
Cette identité numérique pourrait être rapprochée du fait que le réel grand-père de Marina serait Michel Sloty.
Incidemment, mes recherches sur la date du 14 avril 1895 (Pâques) présente dans Le parfum de la dame en noir comme dans Le triangle d'or m'ont mené à Dreyfus, dont le journal de sa "triste et épouvantable vie" débute le 14 avril 1895. D'autres échos m'ont fait m'intéresser de près à l'affaire Dreyfus, dont un spécialiste est un autre Michel Drouin. Lorsque je lui ai envoyé mon étude sur ces rapprochements, j'ai découvert qu'il habitait en face de l'Institut C.G. Jung.
Le pénultième billet m'avait fait mentionner Nicholas Brady = 81 50, personnage de Dick interprété à l'écran par Jonathan Scarfe = 82 51, autre nom doré. C'est à ma connaissance par l'expérience attribuée à Nicholas Brady dans Radio libre Albemuth que Dick a rendu compte le plus fidèlement de sa propre expérience spirituelle de février 1974, où il s'est vu au centre d'une averse d'étincelles colorées (a shower of brightly colored sparks), dessinant des milliers de tableaux abstraits, dans une vertigineuse accélération jusqu'à un calme total, la vision d'un paisible paysage nocturne identifié à la Crète antique, derrière un seuil rectangulaire aux proportions d'or. Il n'a pas osé franchir ce seuil spatio-temporel.

Chez de Warren apparaît un seuil temporel, au sommet de la crête dominant Sommelieu, nom en apparence banal que Google ne connaît cependant pas en-dehors de ce roman. Marina n'hésite pas à le franchir volontairement, le 4 avril puis le 22 août, 140 jours plus tard.
Peu de rapport avec le seuil de Dick, mais un troisième roman pourrait tisser un jeu d'échos entre Dick et de Warren, Le triangle d'or de Leblanc, au nom prédestiné... Sa première partie se nomme La pluie d'étincelles, étrange phénomène qui, dans la nuit du 3 au 4 avril 1915, nuit de Pâques non indiquée, conduit le capitaine Patrice Belval, amoureux de l'infirmière Coralie dont il ne sait rien, vers Passy, jusqu'à un hôtel particulier de la rue Raynouard. L'entrée principale en est gardée, et il est entouré d'un mur infranchissable. Patrice trouve une poterne dans une ruelle adjacente, et par un hasard pour le moins extraordinaire il en a sur lui la clé, reçue quelques heures plus tôt dans un mystérieux envoi anonyme...
Bref, comme Dick, Belval est guidé par une pluie d'étincelles jusqu'à une porte, mais lui n'hésite pas à la franchir, pour plonger dans de nouvelles fantasmagories. Ce domaine est celui où vit Coralie, mariée à l'infâme Essarès, et Patrice Belval va découvrir qu'un bon génie, Diodokis, s'est efforcé depuis 20 ans de le rapprocher de Coralie, pour ressusciter l'amour entre leurs parents respectifs, clos tragiquement le 14 avril 1895 où ils ont été assassinés par Essarès.
Dans un chapitre hallucinant, L'épouvante, rappelant La chute de la maison Usher, Patrice et Coralie tombent le 14 avril 1915 dans le même piège tendu à leurs père et mère 20 ans plus tôt, et le capitaine unijambiste Belval, utilisant une canne comme Larsan mort dans la nuit du même 14 avril 1895, peut-être en allusion au capitaine Dreyfus (drei Fuss, "trois pieds"), découvre sur les murs de leur prison le récit de l'agonie de son père, le Journal de son épouvantable vie du 14 avril 1895...
Et puis il y a le mystère du triangle d'or, donnant son titre au roman, titre de valeur 140, nombre de la série bleue du Modulor, précédé par 86 et 54 ( cette série d'or double la série rouge 27-43-70).
J'ai déjà indiqué que le climat ensorcelant de ce roman, malgré ses multiples invraisemblances, me semble avoir grandement influencé de Warren, et on comprendra que je réagisse aux 140 jours suivant le 4 avril dans Marina Sloty, sachant que l'analyse gématrique fournit
TRIANGLE + D'OR (LE) = 86 + 54 = 140
ESSARES = 86
BELVAL = 54
DIODOKIS = 86
Et l'étrange Diodokis cache d'abord le père Belval, supposé mort le 14 avril 1895, dimanche de Pâques, puis Essarès, supposé mort le 4 avril 1915, autre dimanche de Pâques...

Je suis bien conscient de la fragilité de ces correspondances entre Leblanc, Dick, de Warren, qui n'existent probablement que dans mon approche subjective, mais cette subjectivité c'est moi-même, qui pourrais me considérer comme un quatrième sommet de ce triangle.
Car bien avant d'avoir relié la pluie d'étincelles de Dick à celle de Leblanc, je l'ai reliée en 1981 à une expérience personnelle, survenue alors que j'étais âgé d'environ 18 ans. Je ne peux prétendre transmettre fidèlement cette expérience que j'ai occultée lorsqu'elle est survenue, car je ne pouvais l'intégrer alors à ma vision du monde. J'en ai consigné un récit dans ma première tentative romanesque, en partie autobio, en 1982 :
Un soir, je me couchai après une longue marche dans les rues de Paris. Me sentant dans un état étrange, je pris mon pouls, extrêmement lent (je crois me souvenir de 32). Alors que j'étais encore éveillé, une altération de ma conscience se produisit. Les molécules de mon cerveau semblaient s'éparpiller dans toutes les directions, d'une manière qui pourrait évoquer un essaim d'abeilles bourdonnantes. Les notions de direction, de mouvement, de vitesse n'avaient plus de signification. C'était soudain un fantastique élargissement d'une perception jusque là inconnue, une sorte de fusion totale, et ce qui restait conscient en moi n'en était qu'un spectateur frappé de stupeur. Au milieu de ce fourmillement se fit entendre une formidable voix. Les termes de voix, d'entendre, ne sont encore que des approximations. Il y eut d'abord une sonorité rappelant le bruit d'une prise de son au départ d'un enregistrement, puis je crus entendre une phrase dans un langage inconnu, mais dont le sens m'était délivré simultanément : Je ne suis pas ce que l'on croit.
Je repris mes esprits dans un complet désarroi. Après quelques instants, j'essayai de retrouver ce niveau de conscience, fermai les yeux : de nouveau le fourmillement, puis une image fixe m'apparut, la façade d'une maison biscornue dans une ruelle étroite et tortueuse.
Voilà. Je ne suis pas du tout certain d'avoir distingué une porte à cette maison, encore moins d'avoir été tenté de la franchir, mais j'ai par la suite volontiers associé ces éléments à ma vision, et ceci bien avant que Dick ait communiqué son expérience de février 74, ou encore qu'ait été révélé au grand public le phénomène NDE (La vie après la vie, 1975), l'expérience dite de "mort imminente", expression impropre à mon sens car le phénomène est loin d'être limité à cette situation.

Dick était un de mes auteurs de prédilection, et j'ai lu avec passion Substance mort à sa parution en 1977, mais je n'ai pas alors vu le parallèle entre l'expérience attribuée à Tony Amsterdam et la mienne. Je l'ai relu ensuite, idem, puis est paru Siva début 1981, où Dick indiquait la réalité de cette expérience, mais où les visions de la pluie d'étincelles et du seuil vers une autre réalité spatio-temporelle étaients disjointes, dans deux passages éloignés du roman. Ce n'est qu'à ma 3e lecture, à l'automne 81, que j'ai enfin entrevu la ressemblance de mon expérience avec celle de "Tony Amsterdam", ce qui m'a donné l'idée d'entreprendre le voyage vers la Californie, pour y rencontrer Dick.
J'ai caressé ce projet pendant quelques mois, jusqu'à l'annonce de sa mort le 2 mars suivant.

C'est bien plus tard qu'est paru Radio libre Albemuth, en 1987, où Dick donnait le récit le plus fidèle de son expérience, en l'attribuant à Nicholas Brady = 81 50. Ce n'est qu'en écrivant ce billet que je vois un écho avec ma naissance en 50 et la reconnaissance en 81 du parallélisme de mon expérience à celle de Dick. Je découvre par hasard aujourd'hui que le préfixe brady- signifie "lent", comme dans bradycardie; la corrélation m'a toujours paru évidente entre mon expérience et l'exceptionnelle lenteur de mon pouls constatée peu avant.
Je pense aussi au personnage Michel Drouin (= 50 81) de L'énigme du mort-vivant, suspecté en 1944 d'un crime comme son aïeul l'avait été en 1864, dans les mêmes exactes circonstances, ce qui me semble avoir été inspiré par Le triangle d'or, avec sa pluie d'étincelles de la nuit pascale du 4 avril 1915, et son 14 avril 1895 évocateur de Dreyfus, dont un actuel spécialiste est un autre Michel Drouin... Le Michel Drouin de 1864, innocent comme Dreyfus, avait fini au bagne de Cayenne...
Vertiges...

Marina 1870...

Je reviens comme promis sur L'insolite aventure de Marina Sloty, de Raoul de Warren. J'ai tant à en dire que j'ai décidé de le répartir sur deux billets, ce Marina 1870 consacré à une analyse "sérieuse" du roman, et Sloty 1959 où je laisserai libre cours à mon délire numérologique. Ci-dessus l'illustration en couverture de l'édition originale L'Herne du roman (1980), La tête funeste de Edward Burne-Jones.

Résumé : le 7 mars 1959, Marina, 25 ans, prise dans une tempête de neige sur le causse du Larzac, fait un bond temporel jusqu'au 7 mars 1870, où elle trouve refuge dans une maison, l'auberge de Sommelieu, qui n'est autre que celle où vivait sa grand-mère Marie-Catherine Dornec, alors jeune fille de 19 ans fiancée au docteur Dominique Sloty, de Millau. Marie est alors absente, mais parents et serviteurs s'étonnent de la ressemblance entre Marie et Marina.
Marina est une sorte de fantôme, elle peut toucher les objets inanimés, mais pas les êtres vivants. Ceci n'empêche pas les sentiments. Ayant appris que Marie a une liaison cachée avec Michel Sloty, frère de Dominique, elle tombe amoureuse de Dominique, qu'elle ne peut toucher. Un heureux hasard a voulu qu'elle ait sur elle au moment de son saut temporel une page du Rouergue Républicain du 21 janvier 1959, où elle lit qu'une série d'expériences atomiques était programmée sur le causse, les 3 février, 7 mars, 4 avril et 5 mai. Sans danger pour la population, mais cet endroit totalement désertique a néanmoins été choisi pour les expériences.
Dominique est aussi amoureux d'elle, bien que ne pouvant la toucher. Ils décident de se trouver le 4 avril suivant ensemble à l'endroit exact où Marina a franchi 89 ans le 7 mars, et font ensemble le saut dans le temps. Dominique peut alors la toucher le 4 avril 1959, et "l'emprisonne dans une étreinte passionnée". Cette liesse ne dure qu'un quart d'heure, et Marina s'aperçoit que son compagnon vieillit à Vitesse grand V... Il faut au plus vite rejoindre le seuil temporel, auquel Dominique parvient seul, déjà vieillard cadavérique, Marina s'étant foulé la cheville. Elle lui promet de le rejoindre le 5 mai.
Marina a donc regagné son époque, où on commence à s'inquiéter de bizarreries survenues après les expériences nucléaires. Quelques personnes ont disparu, on a retrouvé des squelettes vêtus de haillons... Une réunion est prévue le 20 avril pour statuer sur la prochaine expérience du 5 mai. Par ailleurs le notaire de la famille Sloty s'est avisé d'un grave manquement de son étude : 8 jours avant sa mort, le 18 novembre 1933, la grand-mère de Marina, Marina-Catherina, avait confié à l'étude une enveloppe scellée à remettre à sa petite-fille en décembre 1958. Etrange requête puisque Marina n'est née qu'en 1934; certes on peut imaginer, puisqu'elle est donnée âgée de 25 ans le 7 mars 1959, qu'elle est née au début de 34 et que sa mère était enceinte en novembre 33, néanmoins nul ne pouvait en principe savoir que le bébé serait une fille.
Le notaire remet donc enfin à Marina l'enveloppe, qu'elle reconnaît être celle dans laquelle elle a placé 28 feuillets écrits au soir du 31 mars 1870, y consignant son expérience à l'intention de Dominique. Elle prie le notaire de ne pas desceller l'enveloppe, et de l'apporter à la réunion du 20 avril. Coup de théâtre lorsque l'enveloppe est descellée, après que notaire et experts ont confirmé l'antériorité du sceau à la naissance de Marina, et qu'on y découvre ce qu'elle a annoncé, les 28 feuillets de sa main, dûment datés. Il y a aussi un document supplémentaire non prévu, une photo daguerréotype , légendée "Mariage de Dominique et Marina, 11 septembre 1870".
Il a déjà été décidé d'ajourner l'expérience du 5 mai, mais Marina arrive à convaincre les responsables qu'il est obligatoire qu'une autre expérience ait lieu avant le 11 septembre, sans quoi comment pourrait-elle se marier ? Elle s'enquiert auprès des savants atomistes du moyen d'avoir un corps pleinement matérialisé en 1870, sans succès. Qu'à cela ne tienne ! Puisqu'elle se mariera le 11 septembre, il faudra bien qu'elle soit présente corps et âme !
Le 22 août Marina regagne donc 1870, et l'auberge de Sommelieu. Elle y rencontre pour la première fois Marie-Catherine, sa presque jumelle, et celle-ci lui apprend qu'elle doit se marier le 11 septembre avec Dominique. Car Michel est mort à la bataille de Reichshoffen, le 6 août, et elle s'est aperçue peu après qu'elle était enceinte de lui. Lorsqu'il l'a su, Dominique, ayant fait son deuil de Marina qui n'était pas au rendez-vous du 5 mai, s'est aussitôt proposé pour sauver son honneur en l'épousant le plus vite possible.
Marie se montre amicale envers Marina, lui offrant de s'effacer s'il n'existe aucun obstacle à son union avec Dominique, mais elle croit savoir qu'il pourrait y avoir un problème... C'est peu dire, et Marina ne sait que répondre lorsque ça commence à sentir le roussi. La servante de Sommelieu prend Marina pour une sorcière et, sans avoir vu que Marie était avec elle, elle a verrouillé la pièce et mis le feu à l'aile du bâtiment. Lorsque Dominique arrive, il ne peut arracher qu'un seul corps aux flammes.

Lorsque la jeune femme assez gravement brûlée reprend connaissance, elle s'exprime de façon sibylline et déclare se nommer Marina-Catherina :
Tu as aimé successivement et profondément deux femmes. Si elles se ressemblaient physiquement, moralement elles étaient très différentes et leurs qualités étaient complémentaires. Pourquoi ne pas considérer qu'elles ont toutes deux disparu et qu'à leur place tu as une fiancée qui réunit en elle tout ce que tu aimais chez les deux, Marina... Catherina.
Bien sûr, dans quelques jours ou quelques semaines, tu sauras qui est ta femme, mais d'ici là tu nous auras fondues dans le même amour.
Un peu par hasard, à cause d'un titre "gidouilleux", j'ai La Spirale prophétique (1986), de l'ésotériste Jean Parvulesco, où deux chapitres sont consacrés à Raoul de Warren, dont 30 pages à Marina Sloty. Je ne pourrais avoir d'avis objectif sur Parvulesco que si je comprenais son discours... Ainsi Marina Sloty témoignerait sous une approche masquée "d'une instruction extrêmement avancée, d'une instruction finale, réellement finale, du problème central de l'ensemble de son oeuvre."
Ce problème serait l'immortalité, et il me semble que Parvulesco a vu un Vie éternelle mode d'emploi dans ce roman, où Marina pourrait accéder à une vie cyclique, de 88 ans se répétant à l'infini, 25 ans de sa naissance en 1934 jusqu'à 1959 et son saut en 1870, puis 63 ans jusqu'à sa mort en 1933, alors que sa bru Madeleine est enceinte d'elle-même... Il va de soi que de Warren a dû songer à ce paradoxe, thème classique de SF où les interactions familiales transtemporelles ont été déclinées sous de multiples formes bien avant lui.
Je dois à Parvulesco d'avoir souligné l'importance des plaques tombales de la famille Sloty :
Dominique Sloty est né le 17 juin 1842 et mort le 9 août 1921.
Marina-Catherina Sloty, sa femme, est morte le 18 novembre 1933.
André Sloty, leur fils, est mort le 10 juin 1940, à l'âge de 69 ans.
Les indications sont de trois types différents, d'ailleurs usuels, mais nous sommes dans une fiction où chaque détail importe. On comprend que ç'aurait fait désordre si Marina-Catherina avait été déclarée née en 1934, mais une simple mention de son âge à sa mort aurait été éclairante, 82 ans pour Marie-Catherine âgée de 19 ans en 1870 (ce qui n'est précisé qu'une fois), 88 ans pour Marina.
Si la date de naissance d'André n'est pas donnée, elle est comprise entre le 11 juin 70 et le 10 juin 71, puisqu'il avait 69 ans le 10 juin 1940. Peut-être faut-il rappeler que chez l'espèce Homo sapiens le temps de gestation de la femelle est de neuf mois, comptés exactement dans l'usage populaire, ainsi la Conception de Marie est fêtée le 8 décembre, 9 mois avant sa Nativité le 8 septembre. Selon ce calcul, la date la plus tardive de la conception d'André serait le 10 septembre 1870, soit la veille du mariage de Dominique et Marie-Marina, ce qui ne me paraît pas être un hasard.
Un faisceau d'indices appuie l'hypothèse que la survivante ait été Marie, enceinte depuis peu de Michel. Il n'est cependant pas impossible que Marina ait été elle aussi enceinte ! Car le récit du saut conjoint de Marina et Dominique au 4 avril 1959 peut donner à entendre qu'ils se sont abandonnés à l'ivresse des sens, ce qui serait compréhensible après 89 ans d'un désir impossible à assouvir faute de corporalité d'une part du couple d'amoureux... Si cet éventuel rapprochement avait été fécond, la grossesse de Marina aurait été vraisemblablement évidente le 22 août suivant, à moins d'effet retardateur des sauts temporels sur l'embryogenèse, sujet qui n' a fait l'objet d'aucune étude sérieuse...
Quoi qu'il en soit, s'il semble que de Warren ait privilégié une interpétation plutôt raisonnable, le moins qu'on puisse dire est qu'une certaine ambiguïté demeure, et il faut admirer le choix du prénom d'André, doublement né sous X, les réelles identités de son père comme de sa mère restant incertaines (rappelons que l'X est appelé Croix de Saint-André). Dans l'hypothèse la plus fantastique, il est le père comme le fils de Marina...
WER ANDRE ?, "Qui (est) André ?", pourrait questionner un germanophone laconique. DE WARREN, lui répondrait un anagrammiste, où un wanderer, un errant (un premier essai romanesque de Perec se nommait Les Errants, il y fait allusion dans La Vie mode d'emploi sous le titre The Wanderers, attribué à George Bretzlee).
Je m'émerveillais des coïncidences unissant Tania Vläsi, dans la nouvelle éponyme de Philippe Claudel, vieille fille de 36 ans qui devient le 4 avril 1959 le n° 5691, possédée sans trêve par des hordes de jeunes mâles, et Marina Sloty = 56 91, dont l'un des épisodes de l'insolite aventure est daté de ce même 4 avril 59. Ma lecture superficielle ne m'avait pas alors permis de comprendre que Marina avait vraisemblablement perdu sa virginité ce 4 avril, ce qui est un nouveau point de rencontre ahurissant.

Bien évidemment le 4 avril ne m'est pas indifférent, avec le pivot du 4/4/44 dans la vie de Jung, dont les dates de naissance et de mort, 1875-1961, sont proches des années concernées ici, 1870-1959.
Si je réserve pour un autre billet des développements numériques à mon sens éloignés des intentions de l'auteur, je crois qu'il a soigneusement choisi ses dates, de même que rien ne semble devoir être innocent dans son récit. Je remarque ainsi que la date prévue pour l'expérience atomique suivant le 4/4 est le 5/5. La précédente était le 7/3, qui peut devenir significative sous la forme du 66e jour de l'année. Je rappelle que dans la Bête de l'Apocalypse de Warren associait la frappe nucléaire contre Hiroshima le 6 août 1945 au 666 de l'Apocalypse, sous la forme 6-6-6.
Je rappelle aussi que Michel, le probable réel grand-père de Marina, est mort le 6 août 1870 à la bataille historique de Reichshoffen, défaite française qui préfigura le sort de la guerre.

L'expérience du 5/5 fut donc reportée au 22/8. Je remarque les durées séparant les 3 sauts temporels de Marina : du 7/3 au 4/4 il y a 28 jours; du 4/4 au 22/8 il y a 140 jours, soit 5 x 28. Ce n'est peut-être pas un hasard, car le nombre 28 est cité à trois occasions différentes dans le récit, 28 feuillets du récit de Marina, 28 ans âge de Dominique Sloty en 1870, 28 ans âge de Madeleine mère de Marina lors de son mariage avec André Sloty en 1925.
Je ne crois pas pouvoir aller plus loin dans les hypothèses sur les intentions de l'auteur, tant le nombre 28 est riche en propriétés diverses, mais je peux poursuivre le rapprochement avec le 4/4/44 dans la vie de Jung, et avec l'exact motif 1-4 de ses jours autour de ce jour ultraquaternitaire :
6272 jours du 4/4/44 à sa mort, multiple de 28 et même du carré de 28, 6272 = 8 x 28 x 28;
25088 jours de sa naissance au 4/4/44, 4 x 6272, et l'écriture décimale de ce nombre peut rappeler la vie de Marina dans la folle hypothèse qui la fait disparaître à 25 ans en 1959, et mourir à 88 en 1933...
Hors toute hypothèse, Marina est bien apparue pour la première fois le 7 mars 1870, et définitivement disparue le 22 août 1959, avec pour date charnière le 4 avril 1870-1959.
Dans l'hypothèse raisonnable, Marina meurt le 23 août 1870, piégée par la servante Corine après avoir passé la nuit à l'auberge de Sommelieu. Je suis revenu à plusieurs reprises sur le calendrier pataphysique, de 13 mois de 28 jours (+ un hunyadi souvent virtuel) démarrant le 8 septembre, Nativité de Jarry. C'est le 8 septembre 2008, ou 1er Absolu 136, que m'est venue l'intuition du motif 1-4 autour du 4/4/44.
Le 4 avril est le 13e jour du 8e mois pataphysique, qu'on pourrait écrire 13/8 ou 8/13 à l'américaine, beau jour pour Marina/Sloty = 56/91 = 8/13 (je rappelle qu'au chevet de Jung le 4/4/44 il y avait sa femme, Emma/Jung = 32/52 = 8/13). Le 23 août est le 13e jour du 13e mois, ou 13/13, puisque le jour manquant (13 x 28 = 364) par rapport au calendrier vulgaire est le 13 juillet (29 hunyadi gras). Par ailleurs le 7 mars est encore un 13, du 7e mois (91 = 13 x 7), et le récit débuté le 7 mars 1959-1870 s'achève le 23 août (ou 13/13), 169 jours plus tard = 13 x 13. Certes je n'imagine pas que de Warren ait conçu son récit selon le calendrier pataphysique, et la plupart de ces 13 relèvent à mon sens de la synchronicité, comme la date pataphysique d'aujourd'hui, le 13/8 138, ce dont je me suis avisé pendant l'écriture de ce billet.
Chaque mois du calendrier pataphysique compte en fait 29 jours, soit en tout 377 jours dûment répertoriés, même si le hunyadi achevant chaque mois est souvent virtuel. Il est en tout cas curieux que ce soit la valeur du titre
L'INSOLITE AVENTURE DE MARINA SLOTY = 377 que j'ai aussi envie d'écrire à la manière d'une notice bibliographique
INSOLITE AVENTURE DE MARINA SLOTY (L') = 365 (+12), en écho à la formidable coïncidence abordée ici (377 vers de 20 poèmes fibonacciens, dont l'un en 12 vers pour l'oulipien Berge).

Le sablier du temps ci-dessus est un schéma pour César-Antechrist, de Jarry, mort un 1er novembre :
Verse la sueur de ton front
Qui sait l’heure où les corps mourront.
Et sur leur sang ineffaçable
Verse ton sable intarissable.
L'ambigramme "pataphysique" est emprunté à la galerie de Gef, qui y donne également un ambigramme du prénom de sa femme: