30.1.09

l'étoile de Babel

Je rappelle que le dernier billet m'a amené à découvrir les châteaux triangulaires de Sisak et de Wewel (Wewelsburg, "château du Wewel"), dont le nom est probablement lié au Wawel dominant Cracovie, un des principaux sites de l'Europe antique, or le rapprochement entre Wawel et Babel n'a rien d'outré puisque Babel et Babylone se disent en russe вавел et вавилон qui se transcrivent en allemand ou polonais Wawel [vavεl] et Wawilon [vavilon]... Quant à Sisak, s'il est absurde d'en chercher l'étymologie de ce côté, ce pourrait être une transcription valide de SSK (ששך), le codage atbash du mot hébreu trilittère BBL (בבל), Babel ou Babylone, tel qu'il apparaît dans le livre de Jérémie (25,26 et 51,41).
La forteresse de Sisak a été construite de 1544 à 1550, Wewelsburg a été à maintes reprises détruit et reconstruit. Sa forme triangulaire est apparue en 1603.

GoogleEarth m'a offert tous les renseignements désirés sur les deux édifices.
La forteresse de Sisak est un presque parfait triangle équilatéral dont une pointe (à droite ci-dessus) est assez exactement orientée plein sud. Selon la règle de GoogleEarth, la longueur de l'arête opposée, prise à l'extérieur des tours, est de 64 m, tandis que les deux autres arêtes (idem) mesurent 61 m.
Wewelsburg est un triangle bien moins régulier, plutôt isocèle, dont la pointe aiguë soulignée par la large tour Nord n'est pas loin d'indiquer le nord, avec tout de même un écart d'une dizaine de degrés. L'arête opposée mesure 64 m, les deux autres 84 et 90 m (toujours les distances maximales extérieur des tours).
L'orientation inversée et l'égalité des arêtes parallèles m'ont donné l'envie de superposer les deux images GoogleEarth, après une légère rotation de celle du Wewelsburg :

Voici les images GoogleEarth utilisées, avec les grilles de coordonnées permettant de visualiser la rotation effectuée, ainsi que les règles indiquant les longueurs des arêtes nord de Sisak et sud (environ) de Wewel:

Je n'ai découvert rien de comparable à ces deux châteaux. Il a certes existé d'autres châteaux triangulaires dont subsistent des vestiges plus ou moins importants, mais pas de triangles aussi nets avec trois tours d'angle enclosant un espace libre, et je m'émerveille de la possibilité de cette superposition faisant apparaître l'étoile de David, à partir de deux lieux dont les noms peuvent être mis en relation avec Babel, l'antithèse de Jérusalem selon la tradition judéo-chrétienne.
Si Nabuchodonosor a conquis Jérusalem au 6e siècle avant notre ère et déporté sa population, le principal artisan de la solution finale était Himmler, qui rêvait de faire de son Wewelsburg le sanctuaire de l'idéologie nazie après la victoire, le château devenant le centre d'un ensemble architectural Kolossal.
L'hexagone étoilé ou étoile de David était un symbole universel avant de devenir assez spécifiquement associé au monde juif.
La figure symbolise l'union des opposés, fusion d'un triangle pointe en haut (mâle) et d'un triangle pointe en bas (femelle). Cette dualité se retrouve dans le système concentrationnaire nazi, où les différentes catégories de détenus étaient identifiées par des triangles ou hexagones de couleur cousus sur leurs vêtements. Les hexagones ou étoiles étaient obtenus en superposant deux triangles.

J'indiquais dans le dernier billet que la lecture à rebours de BBL donnait LBB, "coeur" en hébreu. SSK se renverse en KSS, qui pourrait se lire ka shesh, "comme six".
"étoile" se dit kokav en hébreu, KKB, mot de forme identique à BBL-SSK, composé avec les mêmes lettres.
C'est une autre curiosité de constater que Himmler dirigeait le commandement (Kommando) suprême des SS (OberKommando der SS), dont le sigle était OKSS.

Ces six et hexagones m'ont rappelé une étude que j'ai relue, et qui aurait donné une autre très bonne raison pour le titre de mon billet précédent, Babel et la Bête.
Lyuben Piperov, par ailleurs chimiste bulgare, poursuit des recherches bibliques, guidé par sa conviction que la Bible est la Parole de Dieu. C'est ainsi qu'il a eu le pressentiment d'un rapport entre les 6 lettres de BBL-SSK et le nombre 666 de l'Apocalypse, qui a excité maintes imaginations.
Selon l'alphabet numéral hébreu, les valeurs des mots BBL et SSK sont 34 et 620, somme 654, à 12 points du Chiffre de la Bête. Lyuben a regardé les occurrences des chaînes de caractères BBL, LBB, SSK et KSS dans le Pentateuque, plus particulièrement saint pour les croyants, en utilisant le logiciel Torah4U2, donnant le texte hébreu sans espaces entre les mots ou versets.
Il y a donc 6 BBL, 72 LBB, 20 SSK et 6 KSS.
Lyuben trouve miraculeux ces écarts, qui le seraient effectivement s'il s'agissait de lettres distribuées au hasard, mais il s'agit d'un texte composé de mots, et les écarts s'expliquent aisément par des raisons linguistiques, ainsi la majorité des LBB sont des formes du mot LBB, "coeur".
Les autres remarques de Lyuben sont recevables. Il est curieux de trouver 2 fois 6 parmi ces 4 nombres, et surtout que les 6 occurrences de KSS fassent toutes intervenir une forme de SS, "six". Je ne vois cependant pas en quoi ces curiosités marqueraient une claire intention divine, de l'ordre de la tautologie puisque ces curiosités ne seraient probantes que si elles étaient intentionnelles, c'est-à-dire qu'il faut admettre au départ que la Bible est bien écrite par Dieu.

Bref la foi se prête peu à la discussion, et j'avoue que je n'ai de mon côté pas d'explication "rassurante" pour les coïncidences rencontrées ici et ailleurs.
Je remarque que la valeur 654 de BBL-SSK reste d'actualité pour les châteaux de Wewel-Sisak, et que le 12 manquant pourrait être diversement trouvé.
Dans les 12 intersections de l'étoile de David, par exemple, ou dans les 12 branches de ce Soleil noir, mosaïque au centre de la salle principale de la tour Nord du Wewelsburg.
J'ai eu la curiosité de regarder quelle distance séparait Wewel de Sisak, ce que GoogleEarth permet aisément, indiquant 887,95 km de la tour Nord de Wewel à la tour Sud de Sisak, autant dire 888 km, nombre étonnant dans le contexte du 666 de l'Apocalypse.
C'est que, si 666 est admis comme le chiffre de l'Antéchrist, 888 est connu comme valeur du nom grec Ιησους, Jésus, et de multiples spéculations jouent sur ces nombres.
Les nombres se prêtent à de multiples interprétations, et j'imagine que certains pourraient lire dans 888 Heil Heinrich Himmler, à la manière dont les néo-nazis reconnaissent dans 88 Heil Hitler. Détail consternant, les recherches pour ce billet m'ont fait passer par un site de vente d'objets nazis où les prix ne sont pas en X dollars 99 cents, mais tous en X dollars 88 cents...

J'ai eu la curiosité de regarder les distances Wewelsburg-Wawel, 812 km, et Wewelsburg-Babil, le nom irakien de Babylone, 3592 km en pointant sur le centre de la ville.

J'ai apprécié l'idée quaternaire de Lyuben de s'intéresser aux 4 formes BBL-LBB-SSK-KSS.
D'autant que mon intérêt pour l'atbash n'est pas récent, et qu'il y a plus de 20 ans j'avais étudié conjointement les valeurs des villes opposées Babel et Jérusalem, et de leurs formes atbash.
BBL = בבל) 34)
YRWSLM = 586 (ירושלם)
total = 620
SSK = 620 (ששך)
MGPBKY = 155 (מגפבכי)

Ainsi Babel + Jérusalem = 620, comme Sheshak, et aussi comme rouhot (רוחות) les "vents" ou (4) "directions" de l'espace.
Le plus beau, pour l'amateur de quaternité que j'étais déjà, est la valeur 155, quart de 620, de l'atbash de Jérusalem, que je n'essaie pas de transcrire.
La nouvelle Jérusalem, vue par Ezéchiel ou par Jean, est une ville quadrangulaire, comme la ziggourat babylonienne.

Lyuben Piperov compare le jeu des lettres BLSK devenant SKBL (et vice-versa) à celui des bases ACTG d'un brin d'ADN devenant TGAC (idem) sur le brin antiparallèle. L'antiparallélisme des deux brins d'ADN lui permet de justifier le choix des 6 occurrences KSS plutôt que les 20 SSK.
Si ce rapprochement me semble hasardeux, je suis depuis longtemps frappé par les pré-dictions de la structure de l'ADN et du code génétique (supposés ici connus) présentes dans Vision, où WB Yeats décrivait en 1925 un symbole de la psyché humaine, qui lui aurait été transmis par channeling... Ce symbole est constitué de deux spirales ou cônes, qu'il représente le plus souvent sous forme de triangles s'interpénétrant. 4 Facultés se présentent selon divers équilibres dans ces cônes, formant deux couples complémentaires, si bien que si telle Faculté A se présente en telle quantité X dans le cône primaire, la Faculté complémentaire B sera présente en même quantité X dans le cône antithétique.
Je m'en tiens là. L'extraordinaire n'est pas que Yeats ait décrit 30 ans à l'avance une structure très proche de l'ADN, mais que l'ADN réponde remarquablement à divers modèles symboliques développés dans toutes les civilisations, essentiellement la quaternité et la double spirale, probablement exceptionnellement réunies par Yeats en un même modèle (ci-contre la Prostituée de Babylone emplissant sa coupe sous un arbre au tronc en double spirale, selon le Beatus de Gérone).
Je mentionne ceci, au-delà de toute hypothèse, ébloui par la coïncidence de trouver d'une part les lettres BBL-SSK homologuées aux triplets de bases de l'ADN, d'autre part des cônes ou spirales représentés par des triangles, tels que si les facultés du triangle primaire était réparties en 2/3-1/3 (AAG ou BBL par exemple...), le triangle antithétique serait TTC ou SSK !

Ce site très complet explore dans le détail (en anglais) le système de Yeats. J'ai été frappé par une illustration de cette page étudiant les sources qui auraient pu l'influencer. C'est un sablier renversé montrant en bas la sefira supérieure Kether, et en haut la sefira inférieure Malkuth.
Il serait fastidieux de tenter d'expliciter, surtout que ce qui me frappe ici est encore un écho à mes anciennes recherches sur la quaternité dans la Bible et la Kabbale, où j'avais vu:
Kether = 620 = 5 fois 124
Malkuth = 496 = 4 fois 124
Il s'agit donc d'un motif 4/5, où 5 correspond à 620, tandis que j'ai décrit plus haut le motif 4/5 de Babel-Jérusalem avec leurs formes atbash, où c'était le 4 qui correspondait à 620...
Il me souvient avoir vu, en feuilletant sa correspondance, Jung mentionner le couple Kether-Malkuth; une note de l'éditeur suggérait qu'il avait ici probablement confondu Kether et Thiphereth.

PS. Ceci mis en ligne, je me suis avisé que j'avais intitulé le premier billet où je mentionnais l'atbash D'un marteau l'autre, pour les raisons données en fin de billet, mais avec en arrière-pensée un titre de Céline, D'un château l'autre. Je n'avais alors aucune idée de l'existence du château de Sisak, et la vague notion que le château de Himmler avait quelque chose de triangulaire, ce qui ne m'est pas revenu immédiatement en découvrant Sisak.
Je n'ai jamais lu ce livre de Céline (ni aucun autre d'ailleurs), mais je sais qu'il y est question des tribulations en 44-45 de ce collabo, réfugié en Allemagne lors de la débâcle du Gross Deutsches Reich.

Note du 25/3/9: Ayant appris l'existence d'un roman nommé Babel 17, de Samuel Delany, je vais voir dans mon rayon SF si je ne l'ai pas. Non, mais j'ai L'Intersection Einstein, du même auteur.
Je feuillette, et découvre parmi les citations ouvrant le dernier chapitre ceci, de WB Yeats, l'homme du double cône:
Par pitié pour la pensée obscurcie de l'homme
Il traversa la pièce et en sortit
Dans l'effervescence galiléenne ;
La lueur des étoiles de Babylone y apportait
Une fabuleuse et informe obscurité.
              WB Yeats, Chant d'une pièce
Delany ayant visiblement de grandes connaissances littéraires, je suppose que son titre Babel 17 fait référence à Arcane 17, écrit en 1944 (!) par André Breton (très beau site ici). Le titre de Breton fait référence à la lame du jeu de tarots, L'Etoile...
Mon exemplaire est l'édition originale Opta, imprimée le 25/3/1977, il y a exactement 32 ans, avec une illustration triangulaire.

2 commentaires:

ariaga a dit…

Absente des blogs ces derniers temps pour cause de maladie de mon compagnon cela me fait vraiment plaisir, alors que j'ai un petit moment de liberté de venir lire des textes de la qualité de ceux que tu écris. Un moment où on s'élève un peu au dessus de la misère humaine...

° a dit…

bonjour,

un mot m'est venu "quaternité"
je me suis dite que ce mot était bizarre, qu'il ne devait pas existé...alors sur le clavier je l'ai couché et à Google j'ai demandé ... parmi les multiples routes qu'il m'a proposées, je me suis laisser guider par mon Fidèle Ami "le Hasard" ... et me voilà ici tout fraichement débarquée ... sourire

là, le temps me manque, je n'ai que survolé l'île, mais ce que j'y ai aperçu avec en plus l'écho d'Ariaga, je compte bien revenir me poser.

Nat'
@ Ariaga :Mes Pensées vous accompagne tous les deux!Tendresse