12.12.08

théo d'or

Le cardiologue qui a sauvé Jung est donc Theodor Haemmerli, aussi connu en tant que Theodor Haemmerli-Schindler, peut-être parce que sa femme née Gertrud Schindler a joué un rôle important dans les association féminines suisses, sous le nom Haemmerli-Schindler.
Theodor, qui soigna notamment Rilke et Klee, est né le 24 novembre 1883, et mort le 30 juin 1944, d'une septicémie qui s'était déclarée le 4 avril précédent, le jour où son patient CG Jung était autorisé à s'asseoir sur son lit, après plusieurs semaines entre la vie et la mort. Il avait alors vu son médecin en "Basileus de Kos", ce dont il avait "déduit" qu'il était menacé de mort, mais Haemmerli avait tenu cette vision pour du pur délire, ce qui est bien compréhensible.

Theodor avait un frère cadet né le 17 octobre 1892, Armin, également médecin. Sans doute connaissait-il Jung indépendamment de son frère, toujours est-il qu'il lui a envoyé le 4 août 55 une lettre et une carte de Kos, précisément.
Sans connaître la teneur de la lettre d'Armin, il semble d'après la réponse de Jung qu'il n'y ait été question ni des récents 80 ans de Jung, ni de Theodor.
Voici le texte intégral de cette réponse du 25 octobre 55 (une moindre curiosité est son écriture 8 jours après l'anniversaire d'Armin, tandis que le 4 août venait 9 jours après celui de Carl Gustav):
Mon cher confrère,
Maintenant que l'avalanche de lettres à l'occasion de mon 80e anniversaire est à peu près passée, je peux enfin vous remercier pour votre aimable carte de Kos et votre lettre du 4 août, que j'ai beaucoup appréciée. Votre lettre de Kos m'a profondément touché du fait que feu votre frère, qui m'a pris médicalement en charge lors de mon infarctus de 1944, est associé pour moi, de façon mystérieuse, à Kos. Dans l'état délirant où j'étais alors, l'image de votre frère m'est apparue, auréolée de la couronne d'or d'Hippocrate, et m'a informé que j'étais déjà à 1500 km de la terre, mais qu'il ne m'était pas permis de m'éloigner davantage et que je devais au contraire retourner sur la terre.
Dès l'instant de cette vision j'ai craint pour la vie de votre frère, car je l'avais vu sous sa « forme archétype » [Urgestalt], celle du « Prince de Kos », ce qui signifiait sa mort. C'est seulement plus tard que j'ai appris que les grands médecins de Kos se désignaient eux-mêmes comme Βασιλεϊς (rois). Le 4 avril 1944 j'eus pour la première fois la permission de m'asseoir sur le bord de mon lit, et ce même jour votre frère dut s'aliter pour ne plus se relever.

Ma première remarque est que, à moins que cette lettre n'ait jamais été envoyée et qu'il s'agisse d'un vaste complot, Jung ne pouvait se permettre de raconter des bobards au frère de Theodor.
Malgré la brièveté du récit, Jung donne la date du 4/4/44, et un détail absent du récit détaillé dans Ma Vie (qu'on peut trouver presque complet ici, en anglais) : si je comprends bien, Jung a eu la vision de son docteur en "basileus de Kos" sans savoir que les grands médecins de Kos se désignaient eux-mêmes ainsi. Je me permets de noter la curieuse proximité de cette expression avec le "bacillus de Koch", la découverte d'un grand médecin qui a immortalisé son nom (et fourni le pseudo Basile de Koch).
Cette lettre à Armin Haemmerli est la seule recensée dans la correspondance de Jung, ce qui ne signifie pas obligatoirement que cet échange entre les deux hommes ait été unique. Peut-être y a-t-il eu des billets de politesse anodins jugés indignes d'être livrés au public.
Si cependant cette lettre envoyée de Kos par Armin était unique, ce serait une nouvelle formidable coïncidence à ajouter à l'affaire 4/4/44. Une échappatoire rationaliste serait d'imaginer qu'Armin ait été informé par son frère de l'histoire du Basileus de Kos, et qu'il ait expédié à dessein cette lettre de Kos. Pourquoi pas, mais pourquoi 11 ans après 44, en 55 ? Personne, et Jung le premier qui pensait n'avoir eu qu'un bref sursis après son infarctus de 44, ne pouvait imaginer que la date du 4/4/44 serait le pivot d'un idéal motif 4-1 d'une vie qui totaliserait 31360 jours.

Puisque je suis dans les chiffres, je continue, en avertissant que ce qui suit va être un brin ardu, sinon illisible pour les allergiques, mais voilà : la psychologie des profondeurs m'a d'abord attiré par le motif de la quaternité, et je me sens avant tout qualifié pour approfondir les questions numériques et logiques, plutôt que les aspects psychologiques hors de ma compétence. Alors j'ai découvert le nom du "docteur H", dans la bio écrite par Barbara Hannah, sous la forme
THEODOR HAEMMERLI-SCHINDLER
Je soumets chaque nom propre au Gématron, lequel traduit ses 3 composantes totalisant 25 lettres en 3 nombres 85 84 92 de somme 261.
Les noms germaniques en ae, oe, ue, s'écrivent également avec Umlaut, en ä, ö, ü, ainsi Google livre exactement les mêmes réponses avec Haemmerli ou Hämmerli.
Avec cette seconde forme, le Gématron donne la valeur 256, soit 4.4.4.4 (bicarré de 4).
Curieux pour l'homme du 4/4/44, et la forme 261 peut se lire 4.4.4.4 + 5, compte tenu des deux possibilités ä-ae.
Je n'avais trouvé lors de mes premières recherches aucune mention de l'aspect remarquable du 4/4/44, or voici qu'une des rares pages (18 ce 12/12) répondant à la requête "theodor haemmerli" est un article d'un psy brésilien, où c'est l'orthographe Hämmerli qui est utilisée, et où figure cette phrase:
A data da recuperação de Jung é muito sugestiva, 4/4/44; o número quatro, símbolo da plenitude e da individuação é repetido por quatro vezes.
Soit "La date de l'entrée en convalescence de Jung est très significative, 4/4/44; le nombre 4, symbole de plénitude et d'individuation, est répété 4 fois."

J'ai abordé dans mon billet quatterine ma marotte du nombre d'or et des noms dorés.
JUNG = 52 et HAEMMERLI = 84 sont précisément des noms en rapport doré, m'évoquant une curiosité liée à mon intuition du 4/4/44 aux 4/5es de la vie de Jung, à l'aube du 8 septembre dernier.
Juste avant m'était d'abord venu le rappel fulgurant qu'un roman lu 25 ans plus tôt, Un monde transparent de Morris West (paru en avril 83), donnait faussement à Jung le même anniversaire que moi :
J'ai remarqué ici le passage de 4 à 5 (enfants), qui pourrait éventuellement être lié à mon intuition. Sur le coup, au matin du 8/9, avant de me décider à me lever pour chercher les dates de Jung et vérifier mon intuition, que je n'imaginais pas à ce point exacte, j'ai fait un parallèle entre cette erreur sur la date de naissance de Jung (né le 26 juillet), et une erreur sur la date de naissance d'Unica Zürn, née un 6 juillet, que mon amie Dominique de Liège avait placée 10 jours plus tard dans son article Unica Zürn, Bellmer et Perec.
Jung déplacé du 26 au 6, Zürn du 6 au 16, il y avait là un chiasme qui m'a poussé à calculer :
JUNG = 52
ZÜRN = 79 ou ZUERN = 84
C'est bien plus troublant aujourd'hui où j'ai appris le nom du docteur impliqué dans le chiasme du 4/4/44, Hämmerli-Haemmerli = 79-84, exactement équivalent dans ses deux formes à Zürn-Zuern.
J'avais privilégié la valeur 79 dans cette étude, car les 3 personnes concernées par l'article de D. de Liège, Unica Zürn, Hans Bellmer et Georges Perec, ont ainsi chacune un ensemble doré nom-prénom, exceptionnelle rencontre.
Or il y a aussi 3 personnes présentes sur la page 4/4/44 de la BD présentée dans mon avant-dernier billet :
JUNG = 52 = 13x4
EMMA = 32 = 8x4 ou
EMMA JUNG = 84 = 21x4
HAEMMERLI = 84 = 21x4
Les valeurs de ces noms correspondent à une suite additive d'or, 32-52-84, quadruples des termes 8-13-21 de la suite de Fibonacci, étroitement associée au nombre d'or.
A l'instar d'un terme de la suite de Fibonacci qui est la somme des deux termes qui le précèdent, le nom EMMA est contenu dans celui de HAEMMERLI, qui permet cette remarquable anagramme croisée :
H
EMMA
I
L
E
R
Der Heiler, c'est "le guérisseur", et Jung a confié à Barbara Hannah que la mort du médecin qui l'avait sauvé répondait au mythologème d'Esculape foudroyé par Zeus pour avoir ramené des patients d'au-delà du seuil de la mort. Zeus est encore le dieu du "ciel", Himmel en allemand, sa légitime étant Héra, et cette autre anagramme est séduisante :
HIMMEL
E
R
A
Note du 13/01/09: Honte à moi, j'avais oublié que Jung citait précisément Zeus (étymologie sanskrit Dyaus, "ciel") et Héra dans le récit de ses visions de 44 :
La vallée se terminait en un amphithéâtre antique (...) Et là, dans ce théâtre, se déroulait l'hieros gamos. Des danseurs et des danseuses apparurent et, sur une couche parée de fleurs, Zeus-père de l'univers et Hera consommaient l'hieros gamos, tel qu'il est décrit dans L'Iliade.

Nous connaissons 3 dates de l'épisode de 44:
- 11 février, fracture du pied de Jung;
- 4 avril, lever de Jung et alitement de Haemmerli;
- 30 juin, mort de Haemmerli.
Du 11 février au 4 avril il y a 53 jours, ce qui m'est extrêmement évocateur car il est question à la fois du 11 février (1943) et de la période de 53 jours dans mon étude précitée, où elle est déjà une coïncidence relatée par Bellmer, une expérience de mort au terme de 53 jours.
Du 4 avril au 30 juin il y a 87 jours, et le meilleur partage doré de 140 (53+87) est précisément 53-87, en nombres entiers.

Autre approche, en prenant en compte les intervalles entre les jours clés, 52 jours (JUNG = 52) et 86 jours (CARL JUNG = 34+52 = 86).

Dernière curiosité, la confrontation en 55 de
CARL JUNG = 34+52 = 86 avec
ARMIN HAEMMERLI = 55+84 = 139.
Chaque élément du premier nom est en rapport d'or avec l'élément correspondant du second. Il a été vu que 52 et 84 sont les quadruples de 13 et 21, termes de la suite de Fibonacci qui se poursuit précisément par 34 et 55, CARL et ARMIN...
Ainsi chacun des deux noms peut correspondre d'une certaine manière à un motif quintessentiel 1+4.

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