14.8.16

l'ami Marek


  Une nouvelle curiosité dans la continuité du puzzle de Thilliez.
  Ce 5 août j'étais à Manosque au chevet de ma femme à nouveau hospitalisée. Lors de sa sieste j'ai été faire un tour à la médiathèque, et mon tour des rayons m'a fait ouvrir un tome de l'intégrale Bouquins Boileau-Narcejac.
  Il y avait un petit papier inséré dans … Et mon tout est un homme, roman de 1965 au ton inhabituel chez le duo. Le criminel René Myrtil est guillotiné le mardi 20 avril 1965, juste après le Lundi de Pâques et ses accidents de la route. Le professeur Anton Marek, auteur de techniques révolutionnaires de greffe, répartit le corps en 7 pièces greffées à 7 accidentés, les 4 membres, le bassin, le torse, et la tête, car Marek assure que la personnalité ne réside pas dans le cerveau, et le premier interrogatoire du greffé de la tête semble confirmer cette assertion.
  Il s'agit d'une manipulation, et Marek est complice de Myrtil qui assassine tour à tour les autres greffés pour reconstituer l'intégralité de son corps...

  Le papier inséré porte, en capitales manuscrites:
ANTON MAREK = JEAN ROSTAND
LABO -> 29 RUE PRADIER
VILLE D'AVRAY
ANDREOTTI = SUZINI
  Le papier était inséré à la page où il était question de la clinique de Marek à Ville-d'Avray. J'ai vérifié ensuite que Rostand avait bien son labo à Ville-d'Avray, mais est-ce suffisant pour transformer l'estimable biologiste en docteur démoniaque? Si encore ce docteur s'était nommé Anton Jareds...
  Quant au préfet Andreotti du roman, je n'ai vu aucun préfet Suzini.

  Les choses en seraient peut-être restées là si, en repartant de l'hôpital vers 16:30, je n'avais pas mis la radio sur France-Inter, diffusant l'émission Le temps d'un bivouac, consacrée à la vie extraterrestre. Quelques minutes plus tard était donné un document, Jean Rostand en personne donnant son avis sur la question, et en 1965, l'année où le roman de B-N en aurait fait un monstre... Le lien donné permet de réécouter l'émission, l'intervention de Rostand débute au temps 98'30.

  La coïncidence m'a porté à plus d'attention, et à me remémorer que j'avais parlé de … Et mon tout est un homme dans ma dernière publication Bacbuc en 2000, avant d'utiliser le web plutôt que l'auto-édition. Je m'y étais demandé si les ... ouvrant le titre de 1965 ne répondaient pas aux ... fermant le titre du duo américain Queen de 1964, Et le huitième jour...; ce huitième jour est Pâques (1944), et le duo français fait débuter son roman le Lundi de Pâques (1965).
  Queen montre une communauté d'improbables Esséniens, adorateurs du livre MK'H qui se révèle être le Mein Kampf de Hitler, né le samedi 20 avril 1889, veille de Pâques, et j'avais vu pour René Myrtil l'anagramme Mein Ytlerr, ou Mérin Ytler, mais Mesrine débutait juste en 1965 sa carrière criminelle, et ne deviendrait ennemi public n° 1 que 7 ans plus tard.
  La maîtresse de René Myrtil se nomme Régine (queen) Mancel...

  J'avais évoqué le roman de B-N parce que j'avais lu en octobre 2000 Les prisonniers du temps, de Michael Crichton, Crichton n'est pas ressuscité où un certain André Marek fait un saut dans le passé au 7 avril 1357 pour secourir son patron piégé dans une bataille de la Guerre de Cent Ans. Selon le calendrier julien, ce 7 avril était le Vendredi saint, et le soir du 8 avril où Marek et son patron parvenaient à regagner leur époque débutait la nuit pascale.
  Attendu que 1357 et 1889 (Hitler) sont séparés par 532 ans, la durée selon laquelle les dates pascales reviennent à l'identique, ceci m'avait appris que la semaine pascale julienne de 1889 s'étendait du 2 au 9 avril, les 8 jours de la semaine grégorienne de 1944, couverts par les 8 chapitres de And on the eighth day...
  
  Ceci a été évoqué sur Quaternité, car l'adaptation ciné du roman de Crichton a limité l'intervention d'André Marek dans le passé à 4 heures, le 4 avril (4/4) 1357.
  J'ai eu la curiosité de consulter la fiche IMDb de l'adaptation, le lendemain 6 août, et ai eu une surprise:
  C'est André Marek, incarné par Gerard Butler, qui figure au premier plan de l'affiche à gauche, et à droite, sans aucun rapport avec le film, apparaît une fenêtre d'actualité du site qui change chaque jour et est présente sur chacune de ses pages; la fenêtre était consacrée ce 6 août à l'acteur Rami Malek qui, après avoir été remarqué pour son rôle d'Elliot Alderson dans la série Mr. Robot, déclarait qu'il n'y avait pas de petits rôles (cliquer pour agrandir).

  Ceci m'a fait prendre conscience de la ressemblance immédiate, puisque les lettres R et L s'échangent aisément (ça s'appelle "lallation"), entre Marek, forme de marcus, "marteau" latin, avec Saint Marc associé au lion, et malek, "roi" arabe. Ces mots "marteau", "lion", "roi", sont si riches en associations pour moi qu'il devient ardu de les récapituler, si bien que je renvoie à ce billet où j'en ai parlé.
  Ce Malek est prénommé Rami, un prénom proche du mien, Rémi.

  Je crois avoir déjà tenté de regarder le premier épisode de Mr. Robot, et consulte plutôt les autres prestations de Malek, lequel a notamment joué dans l'épisode 2/3 de Medium, ma série favorite.
  La fenêtre Malek est aussi présente sur la fiche de l'épisode ce 6 août:
  Je remarque que son titre, Time out of mind, en français Double personnalité, comporte le mot "temps", comme Prisonniers du temps, en vo Timeline.

  L'épisode débute, comme d'habitude, par un rêve, où Allison attend dans une salle d'hôpital psychiatrique. Elle insiste à plusieurs reprises auprès d'une secrétaire, elle est mandatée par le procureur pour voir le directeur de l'établissement, puis elle perd patience et tente de sortir, mais la porte est bloquée. Des infirmiers balaises la saisissent alors et l'amènent au docteur Eliot Peterson, lequel lui fait une séance d'électrochocs qui la réveille...
  ... en apparence seulement, car le cauchemar continue après le générique. Allison se lève et assure la routine habituelle, faire déjeuner les enfants, aller au travail, mais on refuse de la laisser entrer parce qu'elle a oublié son badge. Deux flics la raccompagnent chez elle où elle découvre qu'une inconnue habite sa maison...
  Les flics l'emmènent à l'HP où elle retrouve le docteur Peterson, lequel s'obstine à l'appeler Beverly. Il la prie d'oublier son fantasme de se prendre pour l'imaginaire Allison de 2005, et lui montre le journal du jour, daté du 12 juin 1959. Allison se réveille vraiment.
  Elle découvre que Beverly Waller a été une réelle patiente de ce docteur Peterson, internée après une tentative de noyade avec son bébé, mais elle a survécu, pour mourir en 1962 d'une grave maladie de foie.
  Allison s'interroge sur le rapport de son rêve avec l'affaire qui l'occupe, le jeune Timothy Kercher (Rami Malek) qui a tué ses riches parents et prétend qu'il est atteint du syndrome des personnalités multiples; c'est son double Jack qui a commis les meurtres... Allison comprend que Beverly était médium comme elle, sans cependant comprendre les visions qui l'assaillaient. Elles lui avaient permis de pressentir que son mari ferait du mal à leur enfant, et avait donc mis le bébé à l'abri en organisant une fausse mort. Quelques indices permettent à Allison de comprendre que le bébé est devenu l'avocate de Kercher, adoptée sous X, condamnée à brève échéance faute de trouver un donneur compatible, et Allison a retrouvé sa famille...

  Je commence par remarquer que les acteurs Sam Anderson et Rami Malek se suivent au générique, de même sur la fiche IMDb:
  La fenêtre qui m'avait alerté montrait Malek dans le rôle d'Elliot Alderson, et il voisine ici avec Eliot Peterson, incarné par un Anderson. Certaines étymologies associent Elliot via Ellis, Elias, au prophète Elie, maintes fois convoqué sur Quaternité, en rapport avec Jung. Il est beaucoup plus sûr que Ellery et Alder sont de même racine, ell et alder désignant l'aulne.

  J'évoquais dans le précédent billet la ressemblance de Puzzle de Thilliez avec des films tels Identity et Dédales, dont j'ai commenté ici les étranges parallélismes, notamment la sortie à quelques jours d'intervalle en septembre 2003 (Prisonniers du temps est sorti en novembre).

  Un autre point commun est la présence d'un personnage nommé Malik (ou Malick).
  Et surtout les deux histoires font intervenir les personnalités multiples, à un degré poussé dans Identity où les 11 personnes réunies dans un motel sont toutes des créations d'un criminel. Il faut de la bonne volonté pour accepter de voir, comme le psychiatre Malick, un symptôme de guérison du criminel dans le fait que son scénario fait mourir le coupable désigné des meurtres du motel, mais le réel assassin était en fait la personnalité au-delà de tout soupçon, le bambin Timothy York (qui entre autres a tué ses parents).
  Les scénaristes de Medium se sont peut-être inspirés du film pour baptiser leur tueur Timothy, et il y a encore ceci: à la fin de Identity, une personnalité du tueur fredonne I want you de Dylan, qui passe ensuite dans la bouche même du tueur; à la fin de l'épisode de Medium, Allison fredonne en 2005 Dream a little dream of me, qui passe ensuite dans la bouche de Beverly en 1959...

  L'année 1959 m'évoque les formidables coïncidences entre le roman L'insolite aventure de Marina Sloty, de Raoul de Warren (1980), et la nouvelle Tania Vläsy, de Philippe Claudel (2003, tiens encore), avec en plus des éditions illustrées par des tableaux de Burne-Jones.
  On peut le présenter ainsi: l'héroïne au nom slave présent dans le titre de l'oeuvre perd sa virginité le 4 avril 1959, et à cette héroïne correspond la gématrie 56-91 (valeurs de MARINA SLOTY, en rapport doré 8/13) ou le nombre 5691 (matricule de Tania Vläsy).
  J'y ai consacré plusieurs billets, notamment celui-ci, et je me contente de rappeler que Marina fait le 7 mars 1959 un saut dans le passé 89 ans plus tôt, et parvient à regagner son époque le 4 avril. Elle n'était pas seule dans ce cas, mais ceux qui ont eu le malheur d'annoncer en 1870 qu'ils venaient du futur ont été internés, comme Beverly rêvant en 1959 d'Allison.

  J'ai évoqué ceci dans le précédent billet, pour la valeur de Lucas, 56, qui s'est imaginé dans Puzzle son double Ilan, nom hébreu de gématrie 91. Le vrai Lucas comme l'imaginaire Ilan subissent une électrothérapie, de même que Beverly en réalité et Allison en rêve.

  Mes investigations autour de 56-91 et 5691 m'avaient conduit au renversement 1965, sans repérer d'événement important cette année, et voici qu'une chaîne de coïncidences me mènent de 1965 aux textes de Warren et Claudel:
- Marek identifié à Rostand dans le roman de 1965 de Boileau-Narcejac, et j'entends la voix de Rostand en 1965 le même jour;
- ce Marek me rappelle celui des Prisonniers du temps, et la consultation de la fiche IMDb m'apprend l'existence de l'acteur Rami Malek;
- Malek a joué dans un épisode de Medium où Allison se trouve projetée de 2005 en 1959, me rappelant Marina Sloty, projetée de 1959 en 1870.

  Le fait que le roman de 1965 de Boileau-Narcejac ait été pour moi associé au roman de 1964 de Queen m'amène à un nouveau pas, que j'aurais pu franchir bien plus tôt. Le roman de 1965 de Queen est Les quatres côtés du triangle, sous-titré en français Une énigme en forme d'anagramme. C'est que la couturière assassinée Sheila Gray donnait à chacune de ses collections un nom anagramme de son amant du moment, avec ainsi Lady Dulcela l'année où l'élu était un dramaturge français nommé Claudel... Ce ne pouvait être ni Paul alors décédé, ni Philippe pas encore né, à moins qu'elle n'ait aussi voyagé dans le temps...

  Je frémis en pensant que le Queen de 1963, après une absence de 5 ans, était L'adversaire, l'un des premiers romans avec un tueur à personnalités multiples, dont l'une des identités était Nathaniel York. Timothy York dans Identity ferait ainsi le lien entre Nathaniel York et Timothy Kercher. Ainsi les "vrais Queen" de 63-64-65, avec tueur à personnalités multiples, parodie pascale, anagramme de Claudel, peuvent tous être associés à ce "puzzle" démesuré, et écrire ceci provoque un nouveau dessillement: comment ai-je pu oublier dans le précédent billet qu'il existait un autre roman associant puzzle, jeu d'échecs, et maladie mentale, L'adversaire de Queen, précisément.
   Et pourtant j'en ai parlé à maintes reprises, à propos des cartons envoyés aux cousins York, correspondant aux 4 "châteaux" (en anglais castles, "tours" des échecs) aux 4 coins de l'échiquier de York square, la dernière pièce correspondant au "cavalier" Percival York. A noter que cette couverture allemande est erronée, les lettres de droite W et H étant interverties, le W correspondant ainsi au millionnaire Percival, formidable écho au millionnaire Percival de La Vie mode d'emploi, mourant dans le dernier chapitre avec en main la pièce en forme de W qui ne s'adapte pas au trou restant dans le puzzle, en forme de X.

  Les personnages sont reliés aux pièces du jeu, avec notamment celui de Tom Archer, un autre nom du "fou", et sa compagne Ann Drew, évoquant le X ou croix de Saint-André des diagonales.
  Or rami signifie "archer" en arabe, et Rami Malek serait donc un "fou-roi" ou un "fou du roi". Le billet Diagonales avait été principalement motivé en 2012 par les valeurs des mots
DIAGONALE/FOU = 68/42,
soit 34/21, rapport fibonaccien.
Or le prétendu fou joué par Rami Malek est
TIMOTHY KERCHER = 110/68,
soit 55/34, le rapport Fibo suivant.

  J'ai déjà rencontré ce couple 68-110, notamment pour
AYMON / DE LESTRANGE = 68/110
qui a cosigné un livre avec Raoul de Warren, et qui s'intéresse par ailleurs aux sections dorées en musicologie.
  Je rappelle encore que Perec avait noté la suite 2-2-4-6-10-16-26-42-68-110 sur les brouillons de l'épithalame composé en beaux présents avec les lettres de Kmar Bendana et Noureddine Mechri, or les lettres différentes de ces noms sont:
KMARBEND = 68
NOUREDIMCH = 110

  42 est la valeur de FOU comme de ROI, et comme de MALEK, "roi" sémite, avec l'acteur Rami Malek, "fou-roi", qui joue Timothy Kercher, 110-68.
  42 est aussi la valeur d'ANDRE, comme André Marek qui m'a conduit à l'acteur Malek.

  J'ai aussi rencontré un Malek, avec la signification "ange", dans La trahison de l'ange d'Eve de Castro dont les autres personnages principaux sont Nathaniel et Lancelot, ce qui m'avait évoqué l'autre "chevalier", Percival York demeurant le dernier héritier des millions de Nathaniel York.

  La diagonale me rappelle encore que les pièces importantes du puzzle de Thilliez sont la dernière, occupant la position 6,6 en coordonnées cartésiennes, et celle absente dans l'édition Pocket, correspondant à la position 2,2, dans la même diagonale donc.
  C'est aussi dans la diagonale sénestro-descendante qu'il manque un coin du puzzle de 100 pièces correspondant au plan en coupe de l'immeuble de La Vie mode d'emploi, à la position 1,1. Je me suis souvenu que j'avais abordé un autre type de puzzle, le taquin, dans le billet Taquin tree, anagramme de Quaternité choisie parce que ce taquin représente un arbre.
  Je constate que la case libre est encore le coin inférieur gauche, et que ce taquin commémore le 100e anniversaire d'une clinique psychiatrique, alors que j'ai associé dans le précédent billet le personnage du fou Lucas-Ilan aux mots calu-arbre (provençal-araméen) et à la diagonale sénestro-descendante MADARBRE du roman Les lieux-dits de Ricardou, explicitement voulue par l'auteur.

  Il y a donc eu la coïncidence Rostand-1965 du 5 août, puis celle Marek-Malek du lendemain. Jamais 203, comme le dit la marque (mark) au lion, et le 7 août j'ai poursuivi la lecture de L'affaire Jésus, de l'Allemand Andréas Eschbach, un thriller métaphysique récemment paru.
  C'est un pavé, et ma lecture rapide m'a peut-être fait louper quelques subtilités, toutefois il me semble que Raoul de Warren a idéalement traité des paradoxes temporels en un roman trois fois plus court.

  Le roman est complémentaire de Jésus Vidéo, écrit 16 ans plus tôt. Je ne l'ai pas lu, mais ai vu le téléfilm qui en a été tiré, au scénario quelque peu différent. Il n'y a pas trop besoin d'en parler ici, et je passe au second opus qui fait apparaître un nouveau personnage, le richissime Samuel Barron, dont la fortune a pour origine un insolite incident.
  Le 29 juin 1959, une femme s'est brusquement matérialisée devant lui, en Oklahoma, une Suédoise que son mari allait emmener à  l'hôpital le 2 octobre 1994... Elle meurt la nuit suivante, mais Sam Barron a conservé un document, un journal de 1994 dans lequel il va trouver des informations essentielles pour faire les meilleurs placements.
  Sa fortune lui permet de recruter les meilleurs spécialistes pour approfondir le voyage temporel, et dès que le problème a été résolu il organise la téléportation de la Suédoise de 1994 dans l'Oklahoma de 1959...
  Puis vient son grand projet, monter une expédition vers la Palestine de l'an 30 pour enlever Jésus après la crucifixion le 7 avril, le ramener à notre époque et établir son règne sur terre, ce qui va foirer...

  J'ai bondi devant le saut dans le temps de 1994 à juin 1959, après l'épisode de Medium vu la veille, où Allison saute de 2005 à juin 1959 également. Ceci m'avait rappelé Marina Sloty, laquelle emporte avec elle en 1870 une feuille d'un journal de 1959, laquelle servira ensuite de preuve de son voyage dans le temps, car elle a été confiée sous pli scellé à un notaire avant sa naissance...
  Le chef de l'équipe chargé d'aller kidnapper Jésus se nomme Mark Walvoord, tiens un Mark comme Marek le chef de l'expédition de secours des Prisonniers du temps, qui a aussi pour point de mire un Vendredi saint 7 avril (dans le roman du moins), et qui ramène son professeur dans la nuit pascale le lendemain.
  Son second est le propre fils de Sam, Michael Barron. Ainsi Andreas (Esbach) envoie vers le 7 avril originel Mark et Michael, tandis que Michael (Crichton) envoyait vers un autre 7 avril André Marek.

  Je remarque
WALVOORD / BARRON = 110/68
de même que Timothy Kercher, le tueur prétendant que c'est son double Jack le coupable dans Medium. Michael Barron a plus réellement une existence double, car la machine s'est déréglée au retour de Palestine, et tous ses occupants ont été projetés dans des lieux et époques divers. Michael est le seul à être revenu à peu près à notre époque, en 1940, et il a continué à vivre sous une autre identité après sa naissance officielle.

 Aux plans de Samuel Barron, Sam pour ses intimes, s'oppose John Kaun, déjà présent dans Jésus Vidéo. La femme de Kaun est Beth, diminutif de Bethany. Ceci fait écho à mon thème Sam-Beth, avec de plus une Beth qui est une vraie "maison" hébraïque, contrairement au diminutif d'Elisabeth.

  Une série majeure de 2016 a été l'adaptation de 22/11/63 de Stephen King, où le héros utilise un portail temporel pour tenter d'éviter l'assassinat de Kennedy. Si dans le roman le portail menait au 9 septembre 1958, cette date est devenue le 21 octobre 1960 dans la série.
  La moyenne serait le 30 septembre 1959, 30 septembre qui est le 273e jour de l'année, avec 273 = 13x21.
  Je rappelle l'accumulation fibonacienne dans le roman de Warren, avec Marina Sloty, dont les valeurs correspondent aux Fibos 8+13=21, qui est projetée en 1870=34x55, 89 ans avant 1959.
  Stephen King est doublement roi, puisque stephanos signifie "couronné", et son nom semble avoir livré l'énigme The monarch will be crowned dans l'adaptation The Dome.

  Je reviens sur l'exécution de René Myrtil dans … Et mon tout est un homme, le 20 avril 1965, soit exactement 76 ans après la naissance de Hitler. Je mentionnais que le 20 avril 1889 était aussi le 8 avril julien, 532 ans exactement après la délivrance des Prisonniers du temps (si Crichton avait adopté le calendrier julien), or 532 c'est 7 fois 76, et 532+76 forme un motif 7+1 correspondant à la semaine pascale, 7 jours à partir des Rameaux + Pâques, trame de Et le huitième jour...
  Toutefois le 20 avril 65 n'est pas le 8 avril julien, mais le 7, parce que 1900 n'a pas été bissextile dans le calendrier grégorien. C'est précisément ce problème de 1900 qui est un élément essentiel dans Le mystère de la nativité julienne de Raoul de Warren (aussi titré L'énigme du mort-vivant et Compte à rebours).

2.8.16

Puzzle pour fous


  Retour à Puzzle, roman en 64 chapitres débutant chacun par une pièce de puzzle.
  Le précédent billet m'avait amené à aborder un nouveau type d'erreur éditoriale, avec un puzzle parfait dans l'édition originale, en septembre 2013 au Fleuve Noir; dans l'édition Pocket (mon exemplaire est de mars 2015), le chapitre 61 reprend la pièce déjà donnée chapitre 40.

  Voici les en-têtes du chapitre 61, Fleuve Noir à gauche, Pocket à droite:
  En conséquence la résolution du puzzle à partir de l'exemplaire Pocket ne peut être achevée. Il resterait un trou auquel ne s'adapte pas la pièce résiduelle.
  Ceci rappelle au lecteur de Perec la fin de La Vie mode d'emploi (VME), où le personnage Bartlebooth qui a consacré sa vie aux puzzles meurt en tenant à la main une dernière pièce, en forme de W, ne pouvant s'insérer dans le trou en X du puzzle qu'il espérait avoir achevé. Le livre lui-même est un puzzle, composé de 100 "pièces" qui sont les pièces (et autres lieux) d'un immeuble parisien divisé en 10 niveaux de 10 cases, et Perec en a supprimé un chapitre correspondant au coin inférieur gauche, une cave.
  Chacun des chapitres décrit ce qui se passe dans la pièce correspondante ce 23 juin 1975 qui est le dernier jour de la vie de Bartlebooth, mais ce ne devient clair que dans le dernier chapitre, où un nouveau tour de l'immeuble est effectué avant de revenir au bureau de Bartlebooth, correspondant à la pièce 61 de l'immeuble, ou 6-1 selon le repérage étage-pièce établi par Perec, signifié dans chaque chapitre par un nombre de deux chiffres. Ici ce sont les 61 boîtes contenant les puzzles qui restent à résoudre, marquant l'échec de l'entreprise gigantesque et dérisoire que le millionnaire s'était fixée.

  Alors la pièce manquante du puzzle, le nombre 61, le dernier jour, tout ceci constituerait un faisceau d'indices en faveur de l'influence de Perec sur Thilliez, à la condition que c'eût été dans l'édition originale, mais ce n'est pas le cas, et le seul indice y était alors le puzzle.
  Je n'imagine guère que Thilliez ait conçu un stratagème en deux temps sur deux éditions, et pense plutôt à un pataquès quelconque lors du passage en Pocket, où il a fallu reformater la maquette, mais l'erreur est remarquablement bien tombée, grâce à un texte qui associait déjà le "dernier jour" au chapitre 61.
  Ces questions peuvent trouver réponse. En attendant, j'ai relu le roman que j'avais lu sans trop d'attention à première lecture.

  Le roman débute par une citation de Proust, selon une mise en page particulière (c'est moi qui accentue le mot ruine):
Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste,
après la mort des êtres, après la destruction des choses,
seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles,
plus persistantes, plus fidèles,
l'odeur et la saveur restent encore longtemps,
comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer,
sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir,
sur leur gouttelette presque impalpable,
l'édifice immense du souvenir.
  Thilliez n'avait nullement besoin d'être un lecteur assidu de La Recherche pour trouver cette citation bateau, extraite du fameux épisode de la madeleine (Du côté de chez Swann).
  Le lecteur familier des contraintes de La Vie mode d'emploi frémit, car le puzzle où Bartlebooth ne parvient pas à caser sa dernière pièce est une marine représentant un port de Turquie, l'essentiel de la description étant consacré à une ville en ruines à l'arrière-plan, s'achevant par une impli-citation (non revendiquée) de Proust. La description est presque entièrement donnée par Bernard Magné, la citation de Proust (Albertine disparue) démarrant de ces palais, jusqu'à la fin.
  Ainsi le roman de Thilliez, qui dans sa version Pocket offre un puzzle où il manque une pièce, débute par une citation de Proust (unique citation du roman) où figure le mot ruine, tandis que la description du puzzle de Bartlebooth, dont la dernière pièce est impossible à caser, évoque une cité en ruines, et s'achève par une citation cachée de Proust (qui est en principe la dernière des 200 citations littéraires programmées dans VME).
  Bizarre, bizarre, mais je connais des coïncidences encore plus ahurissantes.

  Mon billet Méandres signalait l'énigme que constituait la localisation du 439e puzzle de Bartlebooth parmi ses pérégrinations diverses.

  J'en viens au roman lui-même, en révélant ses ficelles sans trop de scrupules car Thillliez lui-même ne semble pas en avoir pour emprunter des éléments sans révéler ses sources. Je citais notamment dans le précédent billet Le syndrome [E] qui semble devoir beaucoup à l'admirable Conspiration des ténèbres de Theodore Roszak.
  Ici nous avons quelque chose du genre Shutter Island ou Dream House, ou plus anciennement Identity et Dédales, dont j'ai commenté ici les étranges parallélismes. Le lecteur ou spectateur y suit une inquiétante histoire jusqu'à une révélation finale : il s'agissait d'un fantasme créé par un esprit malade incapable d'affronter une réalité criminelle où il était impliqué.
  Thilliez donne de forts indices dans ses deux premiers chapitres, l'un consacré à la découverte de 8 morts le 22 décembre dans un refuge des Alpes. Un individu était là aussi, Lucas Chardon, couvert de sang, incapable d'expliquer ce qui s'était passé, ne se souvenant de rien. Les morts étaient 3 femmes et 5 hommes, tués de 87 coups de tournevis, concurrents d'une chasse au trésor du genre L'étoile d'argent, en laquelle il est aisé de reconnaître La chouette d'or, une chasse ouverte en 1993 et qui n'a toujours pas été résolue à ce jour, la mort de son créateur Max Valentin rendant hypothétique l'attribution du trophée à un éventuel découvreur.
  Le roman de Thilliez a été publié en 2013, 20e anniversaire de cette Chouette.
  Incidemment, j'ai reçu il y a une dizaine d'années un mèl de quelqu'un qui, au vu de mes publications en ligne, m'avait identifié à Max Valentin...

  Le premier chapitre de Puzzle montre le tueur présumé, Lucas Chardon, reprendre conscience après un long coma, et déclarer ne vouloir parler qu'à sa psychiatre, Sandy Cléor, qu'il prévient que son témoignage va être long.
  Puis vient le récit principal, entrecoupé de quelques intermèdes Chardon-Cléor. Ce récit suit Ilan Dedisset, jeune homme ayant quelques troubles de mémoire, qui entraîné par son ex Chloé Sanders se lance dans la course au trésor Paranoïa, un must paraît-il. Les organisateurs sélectionnent 8 participants, parmi lesquels Ilan et Chloé, et les emmènent dans une grande bâtisse des Alpes, Swanessong, ancien hôpital psychiatrique, d'une vétusté proche de la ruine. Sandy Cléor donne à Lucas le sens de swan's song, "le chant du cygne" (on songe aussi au Swann de Proust).
  Non loin de Swanessong, la voiture emmenant Ilan et Chloé est arrêtée par des policiers qui ont besoin d'aide. Ils transféraient le détenu cagoulé Lucas Chardon, coupable de 8 meurtres l'hiver précédent, mais leur voiture est tombée en panne. On arrive à l'arrangement que la voiture reviendra aussitôt ses passagers rendus à bon port.

  Une fois sur place, les 8 concurrents se trouvent livrés à eux-mêmes, et à un mystérieux assassin qui les élimine l'un après l'autre. Ilan pense qu'il s'agit de Chardon qui aurait échappé à ses gardiens.
  Bien entendu un lecteur un peu attentif sait que Chardon a tué les participants à une chasse au trésor, et qu'il n'y a qu'une histoire, ou plutôt que le récit d'Ilan est fantasmatique, Ilan ne pouvant être que Lucas Chardon. La ressemblance entre Chloé Sanders et Sandy Cléor est un autre indice.
  Les témoignages en ligne montrent que les lecteurs parvenus à ce stade ont espéré un dénouement bluffant, innocentant Lucas/Ilan, mais lorsque chapitre 63 Ilan demeure le seul survivant des 8, et prend le tournevis meurtrier pour se protéger du tueur cagoulé, celui-ci lève le masque, et Ilan découvre son propre visage, ce qu'indique aussi la résolution du puzzle:
  Le visage du détenu 7643 est complété par la pièce introduisant le chapitre 64, où reprend le dialogue entre Sandy Cléor et Lucas Chardon. Il est maintenant clair que tout le récit d'Ilan est un fantasme que Lucas a créé pour se conduire à affronter sa culpabilité, mais ceci n'explique en rien comment Lucas en est venu à approcher le groupe des 8 joueurs et à les tuer. Par ailleurs le récit montre Ilan soupçonner que le jeu Paranoïa est un leurre, son seul but étant de percer le secret du père d'Ilan, neurobiologiste qui aurait fait une découverte essentielle dans le domaine de la mémoire, mais n'en ayant laissé aucune trace à sa mort deux ans plus tôt, sinon un mystérieux dessin représentant un paysage de montagne avec un arc-en-ciel de 5 couleurs, et deux étranges formules:
Ici-bas c'est le Chaos mais au sommet, tu trouveras l'équilibre. Là sont toutes les réponses.

et  :

H 470
H 485
H 490
H 580
H 600




  Ilan juge que le C majuscule de Chaos est important, et je ne peux m'empêcher de penser à une étude mise en ligne il y a plus de 10 ans, Le secret de La Vie, père C ?
  La clé des nombres est qu'ils représentent des couleurs, par leurs longueurs d'onde en nanomètres, correspondant à Bleu-Azur-Cyan-Jaune-Orange, dont les initiales réordonnées donnent JACOB.
  Les H orienteraient vers l'Echelle de Jacob, que le patriarche biblique (en hébreu le même mot est utilisé pour "père" et "patriarche") a vue en songe, mais ce qu'en tire Ilan est loin de satisfaire le lecteur, à mon sens. Je mentionnais dans un volet de mon Père C la figure emblématique des Bienenfeld, la famille adoptive de Perec, le "grand Jacques", né Jacob Bienenfeld en 1875 en Autriche. Ce Jacob a fait fortune dans la joaillerie, au point d'acquérir peu à peu un immeuble entier rue Lafayette,  mais son entreprise a périclité après le krach de 1929, et ses héritiers ont dû revendre peu à peu les étages de l'immeuble. Ceci ressemble fort à l'histoire de la famille Gratiolet dans VME, dont le père Juste a acquis la totalité de l'immeuble de la rue Simon-Crubellier, lotie en 1875, avant que des revers de fortune le contraignent à céder des appartements.
  Perec a hérité de Jacques Bienenfeld son bureau, originellement une table recouverte de drap noir utilisée pour le tri des perles. La description de la table sur laquelle Percival Bartlebooth résout ses puzzles correspond très exactement à ce meuble.

  Lucas a créé le nom de son double imaginaire, Ilan Dedisset, à partir d'une marque dans un coin du drap du lit sur lequel il était attaché, II AN 2-10-7, deux-dix-sept... Pour une raison peu claire, il a déchiré ce coin et l'a caché dans un barreau du lit.
  L'exégète de Perec pense encore au coin perdu de l'immeuble de VME, correspondant au coin du petit-beurre Lu grignoté par une petite fille...
...ou par Lu-cas, qui est plutôt calu (dingue) comme on dit par chez nous.
  Chapitre 52, Lucas confie à sa psy qu'il adore les puzzles:
Ils ont tous une particularité : quelle que soit leur taille, ils deviennent complètement inutiles, moches, loupés, s'il vous manque la toute dernière pièce. Celle qui sublime l'ensemble. Qui marque l'aboutissement ultime du temps qu'on y a consacré.

  Chez Perec, l'immeuble est un damier de 10x10, donnant lieu à de multiples surdéterminations par les nombres 10 et 100. Il semble y avoir des intentions du même ordre chez Thilliez, avec bien sûr les 8 tués, mais aussi les H de l'échelle, le partage de Swanessong en deux ailes de chacune 4 niveaux. Les 8 concurrents de Paranoïa (en 8 lettres) sont tous logés au premier niveau de l'aile A, si bien qu'on peut imaginer un 8x8 pour tous les niveaux.
  Ilan découvre au cours de ses investigations dans Swanessong une salle de contrôle permettant de visionner au moyen de 64 caméras cachées tout ce qui se passe dans le domaine.
  L'élimination un par un des concurrents de Paranoïa évoque aux survivants Dix petits Nègres, l'un des dix romans dont les citations cachées jalonnent VME.

  Voilà. J'ai fait le tour de ce que j'ai vu dans Puzzle qui éveille des échos perecquiens, et seul Thilliez peut préciser l'origine de son inspiration.
  Je suis comme déjà dit maintes fois familier des coïncidences les plus déroutantes, mais je n'en fais pas une règle absolue. Il y a toutefois dans Puzzle des curiosités qui me semblent défier toute analyse rationnelle. J'y viens.

  Chapitre 6, Chloé Sanders a franchi une étape dans le recrutement des concurrents de Paranoïa en décodant un texte débutant ainsi:
de Ce Joli Air A Deux au 56e trou du golf, tu traverseras Armor et (...)
  Des majuscules CJAAD elle a tiré, selon la correspondance A=0, B=1, etc., le nombre 29003 qui est le code INSEE d'Audierne, tandis que 56 est le Morbihan, connu pour son golfe, mais un explorateur breton s'est inspiré de ses origines pour baptiser divers lieux des îles Kerguelen, où il y a donc un autre golfe du Morbihan, une baie d'Audierne et un port d'Armor...
  Je passe sur la suite du décodage, ayant sursauté devant le code d'Audierne et m'étant demandé comment j'avais pu le louper à première lecture, mais c'est que cette première lecture était début 2015, et que c'est en octobre que j'ai relu l'interprétation du code postal d'Audierne dans Coran teint d'Etienne Perrot.
  Perrot s'est livré à un jeu sur le mot "pélican", dont les syllabes correspondent à 3 hexagrammes du Yi King, la Paix, symbolisée par le Sceau de Salomon, fusion de deux triangles correspondant à des principes opposés, le Feu et l'Eau, en chinois Li et K'an.
  Les numéros de ces hexagrammes, 11-29-30, sont réarrangés pour obtenir 29113(0), code postal d'Audierne, ville de naissance de Perrot. Je renvoie au billet pour les coïncidences vertigineuses associées à ce rébus.
  Je remarque que le code 29113 était alors aussi celui de Plogoff (il y a aujourd'hui deux codes distincts), or il était question dans le précédent billet de La quatrième porte de Josh Heyman, polar fictif dans le dernier Thilliez, REVER. Les enquêteurs y découvrent que ce Heyman est maintenant pensionnaire d'un hopital psychiatrique près de Plogoff.

  Y a-t-il un golfe de Plogoff aux Kerguelen ? Le 56e trou du golf m'a rappelé que celui qui a donné la résolution en ligne du puzzle de Thilliez y a laissé un trou, correspondant à la pièce du chapitre 56.
  Son blog quoilire m'a aussi appris que Puzzle avait d'abord été publié en feuilleton dans Les Echos, en 40 livraisons à partir du 8 juillet 2013. Elles étaient aussi accompagnées de 4x10 pièces de puzzle, permettant de composer chaque quinzaine un puzzle; voici le troisième:

  40 m'est évocateur. Je rappelle que c'est la pièce du chapitre 40 qui a été reprise chapitre 61 de l'édition Pocket. Thilliez, né le 15 octobre 1973, a écrit ce roman dans sa 40e année.
  Le roman offre un partage immédiat en 24-40 chapitres. Il y a d'abord le processus de sélection d'Ilan et Chloé, puis leur transfert à Swanessong où le jeu Paranoïa doit se dérouler sur 4 jours. Le chapitre 25 a ainsi en en-tête Premier jour, et les jours 2, 3, et dernier donnent une répartition des 40 chapitres en 17-11-8-4.
  J'ai eu la curiosité de chercher à quelles lettres ces nombres correspondent selon le code A=0, B=1, etc., envisagé pour trouver le code d'Audierne, et ils deviennent donc R-L-I-E. Ceci m'a aussitôt rappelé La bibliothèque de Villers, de Benoît Peeters, polar littéraire inspiré par Dix petits Nègres, dont les 5 chapitres codent de deux manières les lettres I-V-R-E-L. Comme le dernier chapitre invite à reprendre la lecture au début du roman, le mot LIVRE apparaît.
  Puzzle peut inviter de même à une relecture pour repérer tous les indices montrant que le récit d'Ilan est fantasmatique, et la même opération mènerait au mot LIER, or Lucas est proprement "fou à lier" car, parce qu'il est insensible à la camisole chimique, ses gardiens sont contraints de l'attacher à son lit.

   Lors de mon premier compte des chapitres à Swanessong, j'ai loupé l'en-tête Troisième jour du chapitre 53, si bien que j'ai d'abord réfléchi à la séquence 17-19-4, ou 16-18-03 en omettant les chapitres 32-52-64 en italiques consacrés aux discussions entre Lucas et sa psy. 
  Or 16-18-03 évoque le nombre d'or 1,61803 arrondi à 5 décimales, ou encore par les rangs alphabétiques A=1, B=2, etc., P-R-C, presque PeReC, en pensant évidemment au roman sans E, La disparition.
  J'ai rapproché ceci du numéro 7643 de Lucas, qui n'apparaît que sur le puzzle. On peut imaginer qu'il correspond en miroir pour Ilan à 3467, séquence dans la numérotation des 26 (en fait 25) chapitres de La disparition soulignée par une page blanche.
   C'est l'occasion de signaler qu'il ne me vient à l'esprit qu'un cas d'erreurs majeures dans une réédition, celui de La disparition précisément, dont l'édition Gallimard d’avril 2003 offrait, entre autres coquilles, quatre « e »...

Il faudrait oublier cette piste issue d'une erreur, mais j'ai vu une possibilité de la valider. Les concurrents de Paranoïa ne résolvent en fait qu'une seule énigme, trouver le code permettant d'accéder le premier jour à leurs instructions pour le jeu. Je passe sur comment est trouvé ce code, C A 2 1 0 7, pour remarquer que les chiffres sont les mêmes que 2-10-7, Dedisset, mais 1 et 0 y sont séparés, d'où la tentation d'imaginer que la fusion des chiffres 1 et 0 en 10 invite à fusionner les jours 2 et 3...
  C'est tordu, mais les énigmes des chasses au trésor sont tordues, et lorsque j'ai tenté de m'y frotter il m'a fallu admettre que je faisais pâle figure face aux spécialistes du genre. Je relate ici un cas qui faisait intervenir La disparition, ce que j'avais pressenti, mais j'étais loin de la complexité de la solution, que plusieurs participants ont néanmoins trouvée.

  J'ai aussi eu la curiosité de chercher à quoi correspondait 2-1-0-7 selon le code donné explicitement dans le roman (A=0...), parvenant ainsi à CBAH, m'évoquant aussitôt BACH.
  Mes recherches sur le nombre d'or chez Bach ont été motivées par la découverte que les seuls couples Prélude-Fugue en rapport d'or du Clavier Bien Tempéré, étaient les pièces 14 de chaque cahier, 14 que même les exégètes les plus frileux admettent comme "chiffre de BACH", avec donc 24-40 mesures dans le premier cahier et 43-70 dans le second.
  24-40 comme la structure de Puzzle, avec 24 chapitres préludant au début du jeu.

  Je n'en déduis rien. Je rappelle que deux ans plus tôt Thilliez évoquait le nombre d'or dans [GATACA], mais de façon résolument négative.
  Je remarque qu'il y a 3 jeux de pièces correspondant au même texte, les 40 de la publication en série, les 64 correctes de l'édition Fleuve Noir, et les 63+1 chez Pocket, menant à une impossibilité d'achèvement du jeu.
  64-40-64 correspond aux césures dorées d'un sonnet d'alexandrins, que j'ai respectées à diverses reprises.
  On peut imaginer que la publication en 40 livraisons d'un roman en 64 chapitres a contraint Thilliez à écrire des chapitres longs, à publier seuls, et des paires de chapitres courts, à publier ensemble. Perec respectait de même pour VME des longueurs de chapitres fixées par son programme de contraintes.

  Le choix du prénom de Dedisset, Ilan, a probablement été motivé par la difficulté de trouver un prénom qui ne soit pas immédiatement identifiable à un groupe de majuscules, ici II AN.
  Quoi qu'il en soit, ilan est un mot hébreu, ou plutôt araméen, signifiant "arbre". Sa seule apparition biblique est dans le livre de Daniel, où Nabuchodonosor rêve d'un arbre gigantesque dont la cime s'élève jusqu'au ciel. Il y a une certaine analogie avec l'Echelle de Jacob.
  Le bilinguisme "ilan fou" est évocateur pour les connaisseurs du Nouveau Roman. En 1969 Jean Ricardou a publié Les Lieux-dits, court roman que j'ai étudié dans Viré lof pour fol. L'un des deux protagonistes est Olivier Lasius, qui est explicitement transformé en "asilus", premier bilinguisme.
  Il est vertigineux que le roman soit construit en 64 sections, 8 chapitres de 8 sections chacun, échiquier où s'affrontent Olivier Lasius et Atta. Les 8 chapitres ont des titres de 8 lettres correspondant aux lieux visités, et la table des matières fait apparaître dans une diagonale l'un des lieux (c'est moi qui colorie et souligne):

B a n n i è r e 
e a u f o r t 
B e a r b r e 
B e l R o i x 
C e n D R i e r 
C h a u m n t 
H a u t b o s 
M o n t e a u x

  Donc BELCROIX dans une diagonale, et dans l'autre MAADRBRE, à lire "mad arbre" en écho à "olivier asilus", comme l'a précisé Ricardou par la suite; olivier asilus, arbre mad, chardon calu...
  L'actu s'en mêle, et Ricardou vient de mourir, le 23 juillet. J'indiquais dans le précédent billet la mort de Leiris survenue le 273e jour de l'année alors qu'il avait spéculé sur ce nombre 273, et Ricardou, obsédé par les multiples de 8, peut-être à cause du nombre de lettres de son nom, est né en 32 et mort en 16...


  La seule énigme qu'Ilan résout est celle de l'Echelle de Jacob. Ilan a en hébreu la valeur 91, tandis que Ya'qov = 182, double de 91, et 182+91 = 273 = 13x21, produit des deux Fibos qui m'obsèdent.
  J'ai relié ces deux Fibos à la date du 31 août, 21e jour du 13e mois pataphysique, or la dernière livraison de Puzzle dans Les Echos (quotidien du lundi au vendredi uniquement) est parue le vendredi 30 août 2013, qui était donc le 20/13 (de l'an 140 à compter de la naissance de Jarry).
  L'endroit où sont trouvés les 8 cadavres, et où Ilan est conduit par l'Echelle de Jacob, est un refuge au-dessus du lac d'Ibron, lieu imaginaire, peut-être inspiré par le chalet Ibron en Suisse. Ibron est une orthographe donnée par Flavius Josèphe pour Hébron.
  Je tire de la page wikipédia ceci
En hébreu, le nom de Hevron, déjà présent dans le texte biblique il y a plus de 2500 ans, a pour racine חֶבְר dont dérivent beaucoup de mots qui ont une signification de lier (...)
  LIER... (voir plus haut RLIE décodage des 40 chapitres à Swanessong
  Hébron a pour autre nom biblique Kiryat Arba, la "cité des Quatre", suggérant qu'il s'agissait à l'origine de 4 villages réunis ensuite. Je rappelle que arba', "quatre", a en hébreu la valeur 273.
  Le tombeau des Patriarches est vénéré à Hébron, où sont supposés enterrés Abraham, Isaac, Jacob, et leurs femmes. La tradition juive y associe Adam et Eve. Je publie chaque année un billet le 31 août, et celui du 31/8/13 était Eve & Adam.

  Puisque j'en suis à mes Fibos 13-21, je rappelle que le motif de base a évolué récemment, en partie grâce à l'édition Pocket de Deuils de miel, n° 13121, en 13-1-21, que j'ai relié aux rangs des lettres mères en hébreu, מאש, translitérées MAS, ce que j'étudie essentiellement dans Uno más, Sam. Le rébus Paix-Li-K'an du natif d'Audierne y était également cité, car ces lettres MSA
 symbolisent l'Eau, le Feu, et l'équilibre entre eux.
  Le découpage de la citation de Proust en exergue du roman fait apparaître dans ses 3 premières lignes l'acrostiche Mas:
Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste,
après la mort des êtres, après la destruction des choses,
seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles,
  Le numéro 13121 est composé exclusivement de chiffres qui sont des termes de la suite de Fibo, 1-1-2-3-5-8-13-21..., qu'on le découpe en 13-1-21 ou 1-3-1-2-1. C'est aussi le cas du numéro de Puzzle, 15821 (1-5-8-2-1 ou 1-5-8-21).
  Les premiers tirages de Deuils de miel avaient une erreur, l'absence du chapitre 30, corrigée ensuite. Peut-être les tirages ultérieurs de Puzzle auront-il la bonne pièce pour le chapitre 61 (tiens 30+61 = 91).

  Si Ilan = 91 en hébreu, Lucas = 56 selon la gématrie française par rangs. J'ai rencontré plusieurs fois le rapport 56/91 (= 8/13 Fibo), associé à deux reprises au nombre 5691, constante notamment de cet OMSOS.
  La première victime de Ilan/Lucas, selon l'histoire d'Ilan qui est fantasmatique, se nomme
Valérie Gerbois = 147 (147/91 = 21/13).

  Lorsqu'un mot hébreu me semble important, je regarde souvent quelle est sa référence Strong, du nom du révérend qui a répertorié tous les mots bibliques en leur attribuant un numéro d'ordre alphabétique.
  Le mot ilan, אילן, est donc le Strong 363. L'ayant d'abord trouvé sur une page anglaise, j'ai tapé Strong 363 pour trouver une page française, et je suis tombé sur le Strong grec 363, anamimnesko, ἀναμιμνῄσκω,"se souvenir". Ainsi Lucas Chardon, dont le problème est de retrouver la mémoire de ce qu'il a fait, a créé son double Ilan, Strong hébreu 363, pour se souvenir, Strong grec 363...

  A propos des carrés 8x8, il y a le décodage du grand parchemin de Rennes-le-Château, dont la dernière étape consiste à répartir en deux carrés les 128 lettres du code, et à opérer une lecture selon la marche du cavalier.
  J'observe que la case de départ, B, est la même sur l'échiquier que la pièce finale du puzzle de Thilliez. Je n'aurais pas mentionné le fait s'il n'y avait un lien avec l'Echelle de Jacob: après son songe, Jacob décrète que l'endroit est sacré, terrible, et le nomme Béthel, "Maison de Dieu"; l'abbé Saunière a fait graver au fronton de son église la formule latine correspondante, Terribilis est locus iste.
  Je rappelle que l'hébreu "maison", BYT, est aussi le nom de la seconde lettre de l'alphabet, se transformant par atbash en SMA, les 3 lettres mères.

  Le titre de ce billet est un souvenir du premier roman paru sous la signature Patrick Quentin, en 1936 (carré de 44 et année de naissance de Perec). J'ai eu la curiosité de le relire, avec quelques surprises.
  Le précédent billet m'a conduit, via le roman imaginaire La quatrième porte de Josh Heyman dans le dernier Thilliez, à évoquer le réel roman de ce titre, première publication de Paul Halter. J'y signalais que c'est grâce à ce roman, où il est question de Houdini, que j'ai compris l'origine du nom Ehrich Weiss dans La Vie mode d'emploi, nom de naissance de Houdini, donné à côté des vrais noms des auteurs signant Ellery Queen (Frederic Dannay et Manfred B. Lee).
  J'ai été crédité de cette découverte dans un livre perecquien, mais avec une petite erreur puisque Houdini y était devenu Robert Houdin. Or l'un des points importants de Puzzle for Fools est que l'assassin est capable de se libérer d'une camisole de force, à la manière de Houdini, mais dans la traduction française de 1946, M.B. Endrèbe, dont j'ai eu l'occasion de parler ici, a rendu à chaque occasion Houdini par Robert Houdin.
  La signature "Patrick Quentin" cache comme celle "Ellery Queen" un duo d'écrivains, Hugh Wheeler et Richard Webb, et leurs carrières éditoriales ont de multiples points communs, avec de plus leurs ouvrages sous ces signatures à la même cote QUE dans les bibliothèques.

  Autre curiosité en relisant Puzzle pour fous : l'inspecteur qui enquête à l'asile se nomme Green, "vert", et l'un des nombreux suspects potentiels est le docteur Moreno, "nègre". Sachant que dans un roman aux multiples coïncidences, me touchant directement puisque certaines de ces coïncidences concernent mon propre roman, sans aucune possibilité rationnelle d'influence quelconque, le coupable suggéré d'une série d'académiciens qui ont tous des noms "verts" est Moreau, "nègre" de l'académicien "qui n'a écrit aucun de ses livres", j'ai décrété sans aucun indice factuel que le coupable serait Moreno.
   J'ai été comblé en voyant vers la fin Peter Duluth, le héros des Puzzles, énumérer tous les indices accusant Moreno, mais il y a un retournement de situation, tous ces indices étant forgés par le véritable assassin.
  J'avais apprécié que Moreno, "nègre", ait été associé à Houdini, né Weisss, "blanc".

Note du 5 août: J'avais omis de parler de Cécile Jeanne Gambier, une patiente de Sandy Cléor dont le cas a été évoqué devant Lucas Chardon dans le coma, lequel l'a fait intervenir dans le récit d'Ilan, sous le nom CJ Lorrain, qu'il découvre quand il accède à la salle de surveillance des 64 caméras être prisonnière au dernier étage de Swanessong, grâce à la caméra 60. Il parvient à la chambre de la prisonnière (titre de Proust) chapitre 58, et découvre qu'elle a écrit sur les murs à maintes reprises JACOB, ce qu'il avait déjà décodé, ainsi que des lettres H reliées entre elles, qui l'amènent au sens caché, "ECHELLE".
  Les initiales CJG, anagramme de celles de Carl Gustav Jung, m'avaient semble insuffisantes, de même que "gambier", nom d'une plante comme "chardon" (pourquoi Ilan en a-t-il fait "lorrain" ?), mais il y a encore d'incontournables échos perecquiens.
  L'un des projets de Perec était un récit intitulé L'arbre, consacré à sa famille. Il y aurait été évidemment question de son grand-oncle, Jacob Bienenfeld, et de sa mère, Cécile Perec déportée à Auschwitz, et probablement d'une soeur qui n'a vécu que quelques semaines en 1938, Jeannine.

20.7.16

Elias rêvera à revers ailé

Pour Hannah

  Fin mai est paru le nouveau Thilliez, Rêver, au titre palindrome exploité par un ambigramme en couverture, et par la pagination où l'en-tête de chaque page affiche ce titre REVER côté pair, et côté impair son "revers" en miroir, si bien que les mots devraient se superposer exactement en transparence, mais ce n'est peut-être pas si facile à réaliser en pratique, et il y a souvent un léger décalage, horizontal ou vertical (la superposition n'est pas parfaite non plus dans La maison des feuilles où il y a des pavés de texte imprimé à l'endroit d'un côté et en miroir au revers).

  Le 3 juin, feuilletant le livre avant d'en envisager l'achat, j'ai vu qu'il s'achevait ainsi:
Vous voici donc au terme de cette histoire. Ou presque. Pour ceux qui veulent aller jusqu'au bout, vous avez la possibilité de télécharger le chapitre 57 grâce à un code à 7 chiffres qui a été clairement cité par l'un des personnages dans l'histoire.
  Le roman passe effectivement du chapitre 56 au chapitre 58, et l'achat s'imposait car une curiosité qui a abondamment alimenté Quaternité depuis un an est un saut similaire dans la numérotation des chapitres de Deuils de miel, le troisième roman publié de Thilliez, passant du chapitre 29 au chapitre 31 dans l'édition originale Rail Noir de 2006, puis dans les premiers tirages Pocket de 2008 à 2010. C'était une erreur rectifiée dans les tirages suivants.

  Il est évidemment possible que Thilliez, vraisemblablement informé de cette erreur, s'en soit inspiré, et nullement inconcevable qu'il ait connu les développements que j'en ai tirés, publiés sur Quaternité à partir de juillet 2015. Quoi qu'il en soit, c'est le premier roman de Thilliez paru après mes analyses.
  J'y notais que Deuils de miel s'achevait originellement sur un chapitre 34, nombre de Fibonacci, et que le roman comptait bien 34 éléments puisqu'il était conclu par un épilogue, or Rêver s'achève sur un chapitre 89, autre Fibo, et l'édition papier compte encore 89 éléments car il y a un prologue.

  S'il m'était essentiel que Deuils de miel se répartisse en deux nettes enquêtes totalisant 21 et 13 éléments, je n'ai pas vu de répartition évidente des 89 éléments de Rêver en 55-34 ou 34-55, les Fibos précédents, mais il y a tout de même quelque chose d'ahurissant.
  La répartition en 55-34 éléments implique de s'intéresser à la fin du chapitre 54 (55e élément en comptant le prologue), et au début du chapitre 55. Le roman a un déroulement chronologique éclaté, de décembre 2014 à fin juin 2015, impliquant une attention soutenue du lecteur, et le chapitre 55 se signale par un retour en arrière au 11 juin 2015, or relisant mon premier billet sur Deuils de miel je constate que c'est ce 11 juin que j'en ai racheté un second exemplaire, après plusieurs semaines de recherche de celui que j'étais pourtant sûr d'avoir.
  La page (je donnerai le code plus loin) donnant le chapitre 57 donne aussi la chronologie rétablie des 90 éléments, et il est fascinant que le chapitre 55 soit chronologiquement le 35e élément, marquant donc alors une répartition 34-55, ou 34-56 en comptant le chapitre 57.
  Le chapitre 56 se passe aussi le 11 juin 2015. Le chapitre 57 se passe dans la continuité, les 12 et 13 juin.
  Je ne sais si j'aurais vu ce jeu autour du chapitre 55 sans mon implication personnelle du 11 juin, mais le jeu demeure au-delà de cette implication, et il était possible de le découvrir à partir du livre seul, pourvu d'avoir la patience de reclasser ses 89 éléments selon leur chronologie, explicite.
  J'observe que le 34e élément correspond au chapitre 52; ces nombres sont associés pour moi à CARL JUNG. 

  Je rappelle que peu après mon rachat d'un exemplaire récent Pocket de Deuils de miel, j'ai retrouvé mon ancien exemplaire, également Pocket, resté dans un carton non déménagé. Venant de découvrir une répartition 21-13 de ses 34 éléments (33 chapitres et épilogue), j'ai aussitôt regardé si j'avais fait des notes dans les pages de garde, et découvert qu'il s'achevait sur un chapitre 34:
  Je n'avais rien noté, et la lecture du roman m'a conduit à penser que je ne l'avais pas lu précédemment, ce qui m'a surpris car je l'avais acheté après la lecture de L'anneau de Moebius qui m'avait vivement incité à lire d'autres Thilliez. Il y a dès le début de Deuils de miel des échos rousseliens qui auraient dû éveiller mon attention.

  L'intrigue de Rêver est complexe. Son personnage principal, la profileuse Abigaël Durnan, a des problèmes de mémoire, en partie dus à l'accident qu'elle a eu le 6 décembre 2014, où sont morts son père Yves et sa fille Léa. Elle enquête sur un mystérieux kidnappeur d'enfants, et trouve le 11 juin, chapitre 56, des éléments essentiels dans un roman récemment paru, La quatrième porte de Josh Heyman, mais, pour une raison donnée dans le fameux chapitre 57, elle ne se souvient plus ensuite avoir lu ce livre dont des bribes lui reviennent dans ses rêves.
  Au chapitre 10, se passant le 16 juin, Abigaël rêve d'une fillette qui lui donne un papier sur lequel est inscrit un code, 10-15-19-8. C'est le code permettant d'accéder au chapitre 57 en ligne, et il correspond par les rangs des lettres à JOSH (Heyman), l'auteur de La quatrième porte, un titre qui m'est évocateur, mais j'y reviendrai car une fillette associée à un chapitre manquant fait d'abord tilt chez tout perecquien.

  Tout commentaire approfondi de La Vie mode d'emploi signale son chapitre manquant, correspondant à un coin de l'immeuble réparti en 100 cases, chacune d'elles associées à un chapitre. La case 66 est absente, la faute en incombant selon Perec à la petite fille mordant un coin de son petit-beurre à la fin du chapitre LXV (65).
  La marque en est précisée dans le 100e vers du compendium, chapitre LI,
100 La petite fille qui mord dans un coin de son petit-beurre Lu
  Il faut cependant être initié à l'exégèse de l'oeuvre pour le savoir, car la numérotation des chapitres est continue, de I à XCIX, les 34 cases 67 à 100 étant devenues les chapitres 66 à 99, ce qui est noté pour chacun de ces chapitres sur le Cahier des charges. Ceci m'est l'occasion d'ajouter un nouveau cas à ma page consacrée à mon obsession 21-13, car le compendium est constitué de 3 strophes de 60 vers de 60 espaces typographiques, avec des diagonales senestro-descendantes isogrammes composées des lettres A, M, et E; ainsi le 100e vers est le 40e de la seconde strophe, et sa 40e lettre de droite à gauche est le M de "mord", M de rang 13 qui est la 21e lettre dans l'ordre immédiat de gauche à droite.

  Il n'y a besoin d'aucune lecture complémentaire pour voir qu'il manque un chapitre de La disparition, où la table donne une ligne blanche entre les chapitres 4 et 6 (parmi 26):
4 Où nonobstant un « Vol du Bourdon » il n’y a pas d’allusion à Nicolas Rimsky-Korsakov

6 Qui au sortir d’un corpus compilant nous conduira tout droit au zoo
  Le chapitre 5 correspondant à l'E blanc est donc absent, divers jeux équivalents apparaissant dans le roman. Il y est également fait allusion à la nouvelle Parmi les noirs de Roussel, et à sa conclusion "Les lettres du blanc sur les bandes du billard", devenue "L'inscription du blanc sur un bord du billard". J'ai vu dans Deuils de miel des jeux ressemblant fort aux homophonies rousseliennes, sans être assuré que l'idée en venait de Roussel.

  Perec est plus connu que Roussel, et il me semble voir une intention assez nette dans le nom Georges Péresse, personnage de peu d'importance dans Le syndrome [E], le roman marquant la réunion des deux héros de Thilliez, Franck Sharko et Lucie Hennebelle.
  J'indiquais dans mon billet sur Deuils de miel que je pensais l'avoir lu parce que le titre fait référence à un mode d'assassinat très particulier, mais ce mode avait déjà été imaginé par Grangé dans La ligne noire, que Thilliez s'est bien gardé de citer.
  C'est peut-être une autre réminiscence de Grangé, dont un personnage essentiel des Rivières pourpres est Judith Hérault, qui a influencé le nom du docteur Fabien Hérault au chapitre 45 de Rêver. L'Hérault est le département 34, et je rappelle que dans le roman étudié avec Deuils de miel, Le labyrinthe de la rose intentionnellement en 34 chapitres, la saturation des 34 fait apparaître le Kansas, 34e état de l'Union.

  Le syndrome [E] me semble aussi faire des emprunts, conscients ou non, au superbe roman de Theodore Roszak, La conspiration des ténèbres, dont j'ai déjà parlé ici
  Il y est question du cinéaste disparu Max Castle/Castell, dont les trucages divers, de l'ordre du subliminal, ont été utilisés par un groupe à des fins apocalyptiques. Le roman de Thilliez est aussi centré sur un film d'un cinéaste disparu, Jacques Lacombe, dont les trucages de l'ordre du subliminal rendent aveugles ceux qui le visionnent. Un colonel de la DGSE s'en sert à ses propres fins, Bertrand CHASTEL (autre forme de CASTLE).
  Dans les deux romans, les enquêteurs trouvent quelqu'un possédant les films du cinéaste, ZIP LIPSKI chez Roszak, LUC SZPILMAN chez Thilliez. J'admets que la ressemblance est loin d'être décisive, et elle donne une idée de la mentalité de Thilliez si elle est intentionnelle.

   Le nom JACQUES LACOMBE ouvre une piste complexe. Il est difficile de ne pas penser à Georges LACOMBE, le personnage incarné par François Truffaut dans Rencontres du troisième type, inspiré par l'ufologue JACQUES Vallée, également théoricien des coïncidences dont il a été question ici, pour le fantastique cas du taxi Melchizedeq.
  
  Paul Auster, également très concerné par les coïncidences, s'est émerveillé que deux créateurs qui lui sont essentiels, aux courtes vies se superposant presque, Truffaut (1932-1984) et Perec (1936-1982), aient eu un lieu en commun, le moulin d'Andé, où est notamment tournée la dernière scène de Jules et Jim. On y distingue sur un plan la chambre où Perec écrira quelques années plus tard La disparition.
  Si SZPILMAN a des lettres en commun avec LIPSKI, ce dernier nom est particulèrement proche de celui de la propriétaire du moulin d'Andé, Suzanne LIPINSKA, mais il est difficile d'imaginer cette intention chez Roszak.
  Dans cette affaire de cinéastes, il est plus immédiat de voir dans les deux amis cinéphiles de Thilliez, SZPILman et RotenBERG, une allusion à SPIELBERG, le seul réalisateur qui ait réussi à convaincre Truffaut de faire l'acteur en-dehors de ses propres films. A noter que Thilliez montre Rotenberg allumer un feu avec un Zip (Zip Lipski ?)

  Je ne vois pas comment démêler ce puzzle sans l'aide de Thilliez...
...lequel a d'ailleurs écrit Puzzle, roman en 64 chapitres débutant chacun par une pièce de puzzle. La résolution du puzzle apporte au lecteur la confirmation du dénouement. Le perecquien pense aux 100 chapitres de La Vie mode d'emploi, dont le report sur le diagramme de l'immeuble permettrait de découvrir la logique ayant présidé à leur ordonnancement.
  Voyant qu'il manque une pièce sur la résolution du puzzle donnée par le lien ci-dessus, j'ai la curiosité de chercher à quel chapitre la pièce correspond. C'est le chapitre 56, mais je découvre ce faisant qu'une même pièce est donnée en en-tête des chapitres 40 et 61, en conséquence la résolution du puzzle à partir de cet exemplaire Pocket de mars 2015 mènerait aussi à un manque, un blanc auquel ne s'adapte pas la pièce résiduelle, correspondant non au coin inférieur gauche comme dans VME, mais à la case voisine en diagonale...  Nouveau mystère car la pièce est bien présente sur la résolution en ligne; je remarque
THILL-IEZ = 61-40
  Si l'erreur est au chapitre 61 de Puzzle, c'est au dernier chapitre de VME que Bartlebooth meurt avec en main une pièce en forme de W qui ne s'adapte pas au dernier espace vacant de son puzzle, en forme de X, et l'indicatif du chapitre est 61, signifié par les 61 boîtes contenant les puzzles que Bartlebooth n'ouvrira plus.

Note du 23/07: Le cas me titillait à tel point que j'ai été en médiathèque ce matin consulter l'édition originale de Puzzle, en septembre 2013 au Fleuve Noir. C'est bien le chapitre 61 qui est en cause, et la bonne pièce était bien présente dans cette édition, à gauche ci-dessous:
  C'est une nouvelle bizarrerie, super-bizarrerie plutôt, car, s'il arrive d'avoir des erreurs dans l'édition d'un livre, et s'il est normal de les corriger dans les éditions ultérieures, la réciproque est déroutante, et que ce soit précisément le chapitre 61 qui ait été revisité invite à se demander si un émule de Gaspard Winckler ne sévirait pas chez Pocket.
  Je crois qu'il me faudra y revenir après relecture, mais il y a une autre curiosité immédiate. GoogleBooks donne quelques extraits de l'e-book Puzzle chez 12-21, façade numérique de Pocket, et la rubrique À propos de ce livre envoie à une page où, en descendant, on trouve le champ Pages sélectionnées, avec deux pages, le début du chapitre 32, et le début du chapitre 61, avec la pièce de puzzle absente de l'édition papier Pocket.

  Avant Rêver, Thilliez avait exploré l'expérimentation chronologique avec L'anneau de Moebius, où Stéphane Kismet ("destin" en turc) est informé par des rêves de son futur 6 jours et 20 heures plus tard (6-20 correspond aux initiales F-T de l'auteur). De ses futurs plutôt, car il découvre qu'il peut modifier le cours des événements.
  Ainsi dans un futur le psychopathe Noël Siriel meurt en détruisant un indice crucial pour les enquêteurs, mais le savoir permet de modifier la trame temporelle et de récupérer l'indice.
  Siriel est évocateur pour le perecquien, sachant que dans Un cabinet d'amateur, court texte reprenant les structures de La Vie mode d'emploi, l'acheteur du tableau n° 93 se nomme Stephen Siriel. Le perecologue Bernard Magné y a décodé des allusions aux deux auteurs convoqués chapitre 93 de VME par son jeu de contraintes, Joyce pour son personnage Stephen Dedalus, Leiris pour le renversement en Siriel.
  Magné déduit de cette lecture en arrière de "LEIRIS" que c'est un appel au lecteur pour faire lui-même un retour en arrière vers VME. Peut-être, mais Google n'existait pas lors de cette analyse, et il m'a appris que Damoclès Siriel était le personnage principal du seul roman qu'ait écrit Leiris, Aurora (écrit en 1928, publié en 1946).
  C'est un roman si "littéraire" qu'il est vain d'en esquisser un résumé. Son narrateur Damoclès Siriel a des aspects de serial killer, car il égorge ses amis et confectionne avec leur sang séché un diadème qu'il porte jour et nuit... Il y est encore question de cadavres se transformant en miel (deuils de miel ?)

  Damoclès a une vision de quatre lions, quatre lions égaux qui lui évoquent le latin ego, "moi", lui-même. Puis vient ceci:
Je pourrais encore faire remarquer que le prénom Léon vient du latin leo, qui veut dire lion; mais je ne m’appelle pas Léon. Aussi, plutôt que de m’attarder à de tels rapprochements, tous plus ou moins fallacieux, dirai-je tout de suite que ces quatre animaux me ressemblaient parce qu’ils portaient chacun à la place du coeur l’image d’un roi de cartes bicéphale. 
  Léon Leiris conduirait au Noël Siriel de Thilliez, mais j'ai du mal à imaginer que ce jeune auteur se soit inspiré d'un roman aussi impénétrable. Siriel est aussi une orthographe de prénom, et je l'ai vue notamment dans une page titrée De l'autre côté du miroir, sans lien avec Leiris.
  Je note l'association dans un même paragraphe des mots "coeur", "lion", et "roi", qui me sont essentiels et que j'ai été amené à réunir dans ce billet de Quaternité.

  Le vertige peut venir avec la suite. Il se trouve que Jacques Vallée a écrit des romans de SF sous le pseudo Jérôme Sériel. Je n'en avais jamais lu, jusqu'au 5 avril 2015 où il y avait une minuscule brocante au bord du lac d'Esparron. L'un des rares vendeurs avait 3 Masque-Science-Fiction, les numéros 15-21-34, que j'ai achetés, déplorant que ce n'eût pas été 13-21-34.
  Le n° 21 est donc Le sub-espace de Sériel/Vallée (Lacombe/Truffaut...) Je l'avais alors feuilleté et n'avais pu m'y intéresser, de même qu'aux 2 autres romans.
  Le reprenant, je vois que son narrateur se nomme Lenoir, et qu'il est le pionnier de l'exploration d'un autre univers, très voisin du sien, à l'exception qu'il en est l'image dans le miroir. Prenant un livre de sa bibliothèque, il constate que les caractères en sont imprimés à l'envers. S'il lui est donné pour titre ESYLANAHCYSP AL A NOITCUDORTNI, c'est que l'imprimeur ne s'est pas donné la peine de trouver des caractères en miroir, mais le texte ne laisse pas de doute sur l'exacte spécularité du titre.
  Je frémis à l'idée que Vallée aurait aussi bien pu choisir L'INTERPRETATION DES REVES, et que l'imprimeur aurait parfaitement réalisé sa mise en miroir.

  Le 5 avril 2015 était le dimanche de Pâques, et c'est la date donnée pour le chapitre 49 de REVER. Aucune allusion n'est faite à l'aspect religieux du jour, mais le chapitre débute par les grâces rendues à Dieu par la mère de Victor, un des enfants enlevés par le malfaisant de l'histoire, et Victor a réussi à lui échapper la veille.
  La veille, c'était le 4 avril, date du chapitre 44, s'ouvrant sur le retour de Victor parmi les vivants, on aurait pu écrire "résurrection".
  Bien entendu, le chapitre 44 daté du 4/4 m'évoque le 4/4/44 jungien, mardi de la Semaine sainte, et je me demande à nouveau si Thilliez ne se serait pas aventuré sur Quaternité, s'y inspirant de mes obsessions pour le 4/4/44, les dates pascales, Fibonacci... Sinon, c'est bien entendu encore plus ahurissant.
  Il y a de même dans L'anneau de Moebius des diagrammes en tête de chapitre montrant leur positionnement dans la double chronologie du roman.

  A propos de "quatre", j'ai mentionné à diverses reprises sa traduction en hébreu, arba', en 4 lettres de valeur 273, soit 13x21. Damoclès Siriel se livre dans Aurora à des considérations numérologiques sur le nombre 273, valeur négative en degrés Celsius du zéro absolu.
  Né le 20 avril 1901, Leiris qui décrivait ce 273 comme un absolu impossible à connaître de son vivant, est mort le 30 septembre 1990, 273e jour de l'année

  Raymond Roussel fréquentait la famille de Michel Leiris, et celui-ci a laissé une biographie inachevée de "l'homme aux quatre cerveaux".
  J'évoquais plus haut le tableau n° 93, acheté 7500 $ par Stephen Siriel, après des enchères épiques avec la star Anastasia Swanson, également présente dans le chapitre 93 de VME, impli-citation de La disparition, troisième contrainte littéraire du chapitre. Anastasia est dans le roman lipogrammatique la compagne d'Albin, le brigand "blanc" demeurant au "bordj du pillard" (autre forme du "bord du billard" en écho au procédé rousselien).
  La citation de Leiris dans ce chapitre est issue de Biffures, rimant avec Stéfur, le nom que Stéphane Kismet donne à ses doubles du futur, tandis que ceux du passé sont Stépas. Le prénom Stéphane est vraisemblablement emprunté à Stephen King plutôt qu'à Stephen Siriel.
  Le chapitre 93 décrit une pièce vide, et est essentiellement consacré à 21 gravures disposées en 3 rangées de 7. C'est celle du brigand albanais aux pieds de la star d'Hollywood qui en occupe le centre.
 
  Je note encore qu'un critique d'art du Cabinet d'amateur se nomme Lester Nowak, auteur notamment de la formule "Toute oeuvre est le miroir d'une autre". L'un des personnages principaux du second roman publié de Thilliez, La chambre des morts, se nomme Vigo Nowak.

  Je reviens au 11 juin 2015, au soir duquel Abigaël lit La quatrième porte de Josh Heyman, et y découvre de surprenantes corrélations avec l'affaire sur laquelle elle enquête, tandis que dans la "vie réelle" je découvrais au même moment dans Deuils de miel des jeux évoquant le procédé rousselien.
  Le titre La quatrième porte n'est pas explicité, or c'est le titre du premier roman publié de Paul Halter, cité à de multiples reprises sur Quaternité, essentiellement pour Le chemin de la lumière qui a joué un rôle essentiel dans ma découverte du motif 4-1 dans la vie de Jung autour du 4/4/44.
  Je rappelle qu'il s'agit d'un roman en 55 chapitres, et que l'objet qui lui donne son titre est un disque de terre cuite sur le pourtour duquel 34 cupules sont creusées, inspiré par le réel kernos de Malia. Il est divisé en deux parties de 13 et 42 chapitres, et j'ai vu une subdivision de la seconde partie en 21-21 chapitres.

  Je rappelle encore que ma découverte jungienne est liée aux échos entre Le chemin de la lumière et le roman jungien de Sinoué Des jours et des nuits lu le 31 août 2008. J'avais entamé une lecture de ses oeuvres après la découverte de son polar métaphysique Les silences de Dieu où intervient le nombre d'or, et ma lecture suivante a été Le Livre de saphir, que je possédais depuis longtemps mais n'avais pas lu.
  Je n'avais alors pas pris garde à ses 34 chapitres offrant une possibilité de partage 21-13, que je n'ai vue que début juin 2015, juste avant de découvrir un autre 21-13 dans Deuils de miel, que je possédais également depuis plusieurs années mais n'avais pas lu.
  L'édition originale du Livre de saphir présente une erreur bizarre, corrigée dans les tirages ultérieurs, l'écriture en lettres inversées dans le miroir du tétragramme יהוה, erreur que j'ai rapprochée de l'absence du chapitre 30 dans les premières éditions de Deuils de miel.
  L'impression spéculaire est plutôt rare, et il ne me vient à l'esprit que deux autres exemples, venant tous deux d'auteurs au nom doré eux-mêmes intéressés par le nombre d'or, MARK Z DANIELEWSKI (69/112) pour House of Leaves déjà signalé, et GEORGES PEREC (76/47) pour cette illustration du chapitre 47 de VME. Je rappelle que la lecture ou relecture de tous les Thilliez était motivée par la mention dans [Gataca] de l'essai sur la présence du nombre d'or dans l'ADN Les codes cachés de l'ADN, en lequel j'ai reconnu l'ouvrage réel de Jean-Claude Perez, Les 13 codes de l'ADN (2009). 

  A propos du motif 4-1, la petite fille qui a communiqué à Abigaël le code 10-15-19-8 lui a aussi transmis dans le même rêve une référence à la bande dessinée XIII. Sachant que son père adorait la série, elle enquête et découvre qu'il menait une autre vie, sous le nom Xavier Illinois, ce qui lui permettait de signer du paraphe X Ill proche de son héros.
  10+15+19+8 = 52 = 4 fois 13 ou XIII.

  J'ai mentionné à diverses reprises le premier roman publié de Halter, d'abord pour signaler qu'il avait proposé en 1986 au Masque son premier roman, La malédiction de Barberousse, lequel cette année-là était arrivé second au prix de Cognac, derrière Fred Vargas. Néanmoins son manuscrit avait attiré l'attention et on l'invita à concourir à nouveau l'an suivant, ce qu'il fit avec succès.

  La quatrième porte de Josh Heyman est aussi le second roman de l'auteur, lequel avait publié trois ans plus tôt Les pierres noires, dont rien n'est dit de l'intrigue. Le perecquien pense à "53 jours", où la comtesse Pietranera de La chartreuse de Parme est utilisée pour créer les personnages Pierrette Lenoir et Blackstone. La comtesse se remarie chez Stendhal avec Mosca, "mouche", qui devient chez Perec l'ancien catcheur Fly... Tiens, au chapitre 50 de Rêver, qui se passe le 5 avril, dimanche de Pâques, il est question de la mimique de Jeff Goldblum dans La Mouche.

  Abigaël trouve donc dans La quatrième porte de Heyman de multiples indices d'une connaissance intime de l'affaire sur laquelle elle enquête.
  La quatrième porte de Halter se présente comme un récit à la première personne d'un ami de Henry White, dans l'entourage duquel sont commis des assassinats très mystérieux. Ce récit occupe plus des trois quarts du roman, et on apprend ensuite qu'il s'agit d'un manuscrit soumis au criminologue Twist, défi lancé par un écrivain de polars qui y a accumulé à plaisir les incohérences, mais Twist leur trouve aisément une solution rationnelle.
  Il assure qu'il n'y a eu aucun mérite, car il a reconnu dans le récit l'affaire White, sur laquelle la police s'était cassée les dents 30 ans plus tôt, mais le nouvel éclairage lui a permis de l'élucider. De fait le manuscrit était l'oeuvre de Henry White, devenu amnésique, mais que son subconscient avait conduit à restituer toute l'affaire.

  Pour la petite histoire, Henry White se prenait pour la réincarnation de Harry Houdini, né Ehrich Weiss, dont la mention dans La quatrième porte m'avait permis de trouver l'origine de ce nom dans le chapitre 87 de VME, toujours à l'époque où Google n'existait pas.

  Donc, les deux Quatrième porte sont des romans dans le roman permettant aux enquêteurs de résoudre une affaire. Ce sont loin d'être des cas uniques dans la littérature policière, mais il est beaucoup plus rare que ce soit masqué, avec à un stade avancé de la lecture un retournement annonçant au lecteur que tout ce qu'il vient de lire est un "livre", un manuscrit qu'il va maintenant s'agir de décoder.
 
  L'exemple immédiat est "53 jours", qui débute par une première partie, 53 jours, récit à la première personne d'un enquêteur chargé d'élucider la disparition de l'écrivain Robert Serval, faisant intervenir le manuscrit en cours de Serval.
  Perec n'a rédigé que 11 chapitres de cette première partie, et les notes qu'il a laissées montrent que la seconde partie s'ouvrait en dévoilant que 53 jours était un manuscrit trouvé à côté du cadavre de l'industriel Serval. Il semble qu'un retournement final était prévu, amenant à l'idée que tout ce qui précédait était un texte commandé à l'écrivain Georges Perec, mais le dénouement réel restera inconnu.

  Ce texte inachevé n'a été publié qu'en 1989, et Paul Halter n'a pu s'en inspirer pour sa Quatrième porte. Pierre Lemaitre, s'avouant fan de Perec, a repris l'idée du roman débutant de façon masquée par un manuscrit, de façon novatrice, dans Travail soigné, prix Cognac 2006, 19 ans après La quatrième porte.

  Je n'aurais sans doute pas parlé de la "pierre noire" dans "53 jours" sans les ricochets avec les Quatrième porte de Paul Halter et Josh Heyman. A nouveau je me refuse à toute tentative d'interprétation, ayant rencontré tant de coïncidences abasourdissantes par ailleurs, et je me borne à énumérer les faits avec l'espoir, réel ou chimérique, de susciter quelques échos.

  Retrouvant le planning de nos activités en juin 2015, j'y constate que ce n'est pas le 11 juin que j'ai acquis un nouvel exemplaire de Deuils de miel, comme je l'écrivais sur le billet précité, mais le 10, lors d'un déplacement à Aix où j'ai aussi trouvé Aurora de Leiris. Une panne d'ordi m'a hélas fait perdre mes premières réactions à la lecture de ces livres, partagées avec mes correspondants réguliers. J'imagine que j'étais d'abord plus pressé de lire Aurora, et qu'il est probable que j'étais le lendemain soir en train de découvrir Deuils de miel, au moment où Abigaïl découvrait La quatrième porte de Josh Heyman.
  De toute manière c'est la date du 11 juin qui était donnée sur Quaternité, la seule accessible pour quelqu'un qui s'y serait aventuré.