14.1.18

The other males desperate


  3 janvier : je reçois deux Ricardou commandés l'an passé, La prose de Constantinople (1965), son roman le plus cité avec Les lieux-dits (1969), et Le théâtre des métamorphoses (1982), parce qu'il était proposé par le même vendeur.

  J'avais déjà consulté ce Théâtre en bibliothèque, et je me souviens avoir accordé plus de quelques minutes à sa troisième partie, Improbables strip-teases, suivie d'une dernière partie, Principes pour quelques transformations, commentaires de ce texte dont il me semble avoir alors compris le fonctionnement.
  Il s'agit d'une prose contenant des majuscules si intempestives qu'un lecteur curieux ne peut qu'être conduit à les rassembler, et constater qu'elle forme des mots, des phrases, des vers, au bout du conte un sonnet complet, évidemment inspiré par Le Cygne, de Mallarmé. Voici les 504 majuscules du texte, telles quelles mais en minuscules, sans ponctuation hormis espaces et sauts de lignes commandés par le sens et le mètre :
cette improbable vierge et son ptyx orangé
vont ils donc déchifrer avec un coup de livre
ce passage oublié que chante entre les lignes
le symbolique oiseau au plumage étranger

un signe d autrefois se souvient que c est lui
magnifique mais qui sans espoir se délivre
d avoir inauguré tout le chapitre où lire
quand du stérile hymen a resplendi l écrit

ses lettres secoueront cette blanche agonie
par les pages infligée aux plumes qui les nient
même l horreur du mot où le secret est pris

hypogramme en ce lieu si son pur éclat l'ose
il s'immobilise au songe blanc de l'inscrit
du précis souvenir de la prise enfin prose
  A préciser que les 8 dernières lettres sont obtenues par les mots FIN PROSE qui achèvent le texte.

  Je crois donc avoir compris cela lorsque j'ai feuilleté en 2012 le Théâtre, dont j'ai cité une page dans ce billet, mais, alors que je m'étais intéressé à Ricardou pour des coïncidences entre nos écritures respectives, comment n'ai-je pu alors penser que j'avais procédé à une opération très similaire dans mon roman Sous les pans du bizarre, où j'avais codé les 14 vers du sonnet Vocalisations de Perec dans ses 14 chapitres? En utilisant non des majuscules mais des lettres d'un corps supérieur à celui du texte. Toutefois j'avais introduit une allusion discrète à ce procédé en parsemant un petit poème de majuscules intempestives, sans signification immédiate.
  Ainsi, après les coïncidences déjà rares détaillées ici,
- reprise dans mon projet Novel Roman de l'idée déjà exploitée dans Les lieux-dits d'une table des chapitres formant un carré de lettres permettant des lectures diagonales;
- erreur identique en 1999 à quelques mois d'intervalle du remplacement du mot "suivant" par "selon", dans un article de la revue Formules pour Ricardou, dans Sous les pans du bizarre pour moi,
voici une autre curiosité dont je me permets encore de supposer qu'il n'en existe pas d'autre occurrence (mais ceci a été invalidé pour le cas SELON-SUIVANT),
  - codage typographique d'un pastiche d'un célèbre sonnet dans un texte préexistant.

  Dans le cas de Ricardou, celui-ci précise que son Strip-tease est issu d'un chapitre de La prise de Constantinople, avec quelques menues adaptations. Cette scène était elle-même une récriture d'un passage de son premier roman, L'observatoire de Cannes (1961), passage qui avait d'abord été publié quelques mois plus tôt dans la revue Tel Quel n° 5 sous le titre Description d'un strip-tease.
  Par ailleurs la prose avec majuscules poétiques avait été proposée en 1972 dans la revue Les Cahiers du Chemin, sous le titre Improbable strip-tease blanc, puis en 1973 dans les Cahiers Odradek, sous le titre Improbables strip-teases, avec des illustrations de l'auteur, mais celui-ci déplore dans ces deux publications des "bévues dans l'inhabituelle alternance des lettres majuscules", ce qui traduit du ricardolien doit signifier qu'il y avait des erreurs dans le codage désiré, ce qui est bien compréhensible en ces temps reculés où des protes devaient composer lettre par lettre chaque page d'un livre.
  Je résiste à l'envie de commander ces deux précédentes publications pour y analyser les erreurs. Une anomalie subsiste dans le présent texte, avec "déchifrer" au second vers, erreur peut-être volontaire car le mot remplace le "déchirer" de Mallarmé, et  "déchifrer" pourrait être le chaînon intermédiaire entre "déchirer" et "déchiffrer".
  Quoi qu'il en soit, le f minuscule est bien présent dans le texte à une place idoine, car Ricardou indique que chaque majuscule est la première de son espèce suivant la précédente dans le codage, ce qui a dû imposer quelques ajustements dans le texte source pour y caser aussi exactement le sonnet.

  Ricardou donne le texte complet de son sonnet dans Principes pour quelques transformations, avec l'orthographe correcte pour "déchiffrer", et quelques cygnes de ponctuation.
  Voici l'original de Mallarmé:
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
Ce lac dur oublié que hante sous le givre
Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui !

Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.

Tout son col secouera cette blanche agonie
Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.

Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
Il s'immobilise au songe froid de mépris
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.
  Je remarque que "Fantôme" de Mallarmé est devenu "HYPOGRAMME" en majuscules. C'est un terme de linguistique qui désigne le noyau sémantique d'un texte, mais qui littéralement peut signifier "lettre mineure", et qui apparaît donc ici en "lettres majeures"...
  Le terme est dérivé du paragramme imaginé par Saussure, or j'avais conçu pour Sous les pans du bizarre un petit poème respectant une contrainte saussurienne, et j'y avais inséré des majuscules intempestives qui y avaient leur signification propre, mais qui pour moi faisaient aussi allusion au codage du sonnet de Perec.

 J'ai déjà dit ailleurs que j'avais achevé mon roman en septembre 1999, pour une publication prévue vers la fin de l'année,ou Sous les trépans car Paterne est l'anagramme de trépané mais qui a été retardée. Il m'est alors venu l'idée d'y coder le sonnet de Perec, sans autre justification qu'il m'obsédait et que mon roman avait 14 chapitres. Ceci a parfois nécessité quelques menues modifications, notamment dans les chapitres 13 et 14 où les lettres codantes étaient médiales dans les mots concernés.
  J'en ai imprimé une première version en 2 exemplaires, en novembre 99, avec les codages concernant uniquement les 14 vers du sonnet. Le texte que j'ai ensuite proposé à Baleine était calibré pour l'édition en poche, avec quelques modifications car le héros de la série, Albert Fnak, était devenu entretemps Pierre de Gondol. J'avais en outre codé dans l'exergue le titre du sonnet, et dans les notes finales "Arthur Rimbaud".
  J'ai reçu la maquette et donné le bon à tirer, mais au dernier moment le patron du Seuil, impressionné paraît-il par mon texte, a décidé que la collection devait paraître en grand format, et la maquette a été recomposée, en perdant le codage initial qu'il a fallu rétablir à l'aide d'un document que j'ai envoyé in extremis.

  Ainsi mon texte a-t-il été d'abord écrit sans idée de codage, et l'insertion ultérieure de celui-ci a connu plusieurs phases. Je n'ai pu vérifier avant l'impression s'il n'y avait d'éventuelles "bévues", comme dit Ricardou, mais il s'est trouvé au moins un lecteur, Willy Wauquaire dont il était question dans le précédent billet, pour repérer les lettres bizarres, et pour décrypter patiemment le sonnet.

  Une autre caractéristique de ces coïncidences est le délai parfois fabuleux entre la connaissance des faits et leur perception en tant que coïncidences. Je n'ai pas d'explication, sinon les défaillances de ma mémoire et de ma raison.
  Pour le cas présent, il s'agit donc d'un feuilletage plutôt minutieux du Théâtre des métamorphoses en 2012, avec un vague souvenir d'avoir compris le principe du codage d'Improbables strip-teases, aussi je ne comprends pas comment je n'ai pu alors faire le rapport pourtant immédiat avec mon propre codage.

  Les révélations se font aussi par étapes, ainsi il m'a fallu encore des années après avoir vu le parallélisme entre les Tables des Chapitres de Lieux-dits et Novel Roman pour réaliser que Les lieux-dits était un exemple emblématique du Nouveau Roman.
  Il m'a fallu nettement moins de temps pour entrevoir la seconde étape de la présente coïncidence. Je me suis souvenu en écrivant ce billet avoir utilisé récemment le portrait de Mallarmé par Verlaine, et il m'a fallu passer par la fonction Rechercher du blog pour voir que c'était en mai dernier, dans Des lions jusqu'en bas, où la découverte qu'il y avait 32 décompositions de 6 syllabes en mots m'avait fait composer deux poèmes de 16 alexandrins sur ce principe, d'abord un pastiche de Brise marine de Mallarmé, puis une nouvelle anagramme de Vocalisations de Perec.
  Ainsi, en l'espace d'une semaine, j'avais réuni dans une même contrainte Mallarmé et Rimbaud-Perec, peu de temps avant de pleinement réaliser que, 27 ans avant mon codage d'un pastiche de Rimbaud, Ricardou avait fait de même avec un pastiche de Mallarmé.
  Brise marine est le premier des 6 poèmes récrits sans E par Perec dans La Disparition, sous le titre Bris marin, par Mallarmus; le dernier est Vocalisations, que Perec a pu signer Arthur Rimbaud.
  Si j'ai pu utiliser ici ou là un vers ou une tournure mallarméenne, c'est la première fois que je me suis frotté à un poème complet.

  Peut-être faut-il explorer un peu plus avant la prose de Ricardou, en évitant toutefois de répéter ce qu'il en dit lui-même: 80 pages de commentaires suivent son Strip-tease, et il y a maintes autres allusions dans les deux premières parties, avec notamment d'autres emplois du "code". Ainsi la première partie offre ce passage
D'une pArt, en le saUgrenu des majuscules sporadiques, c'esT le visage même de l'écRit qui dEvient énigmatique, d'autre  PART EN LA VENUE DU...
  grand "a" : avec la décomPosition mécanique, telle image qu'on dessine voit sa sensualité, selon quelques Règles ÉminenteS, toutE meurtrie eN l'apparaîTre numéral d'une blancheur recrudeScEnte (...)
continuant pendant quelques paragraphes pour livrer le message: D'autre part, en la venue du présent second message, c'est le premier que l'on saccage.
  La seconde partie s'achève avec les majuscules F I N P R O S E disséminées dans la dernière réplique d'Ed. Word, formant les deux mots qui achèvent "en clair" la troisième partie, permettant d'achever le sonnet avec le précis souvenir de la prise enfin prose, jeu qui était déjà utilisé dans La prise de Constantinople.

  Ce livre inaugure le Mixte, titre de la première partie. On y trouve de la fiction, de la théorie, de la poésie, du théâtre (le texte d'une pièce radiodiffusée sur France-Culture en mars 1973, donné sur les pages de droite de la seconde partie, avec des gloses diverses sur les pages de gauche).
  On y trouve encore des illustrations dues à Ricardou, essentiellement 16 avatars du dessin en couverture, qui est une adaptation "déshabillée" d'une vignette de Barbarella, que JR a inscrite dans un carré réparti en quatre quadrants. Il a ensuite numéroté chaque plage blanche délimitée par les traits noirs, de 1 à 48:
  Ce nombre 48 est fort probablement voulu, et tout aussi probablement lié au fait que le prénom de l'auteur a 4 lettres, et son nom 8. Il ne se prive pas de rappeler tout au long du livre sa surdétermination par les nombres 4 et 8, ainsi son titre a 4 mots, et les titres de ses 4 parties totalisent 8 mots (Mixte, Communications, Improbables strip-teases, Principes pour quelques transformations).
  Ce n'est qu'un avatar du "biotexte" ricardolien, qui culmine peut-être avec la liste des 8 Lieux-dits, faisant apparaître en leur centre les 4 consonnes du nom RiCaRDou:
B a n n i è r e 
e a u f o r t 
B e a r b r e 
B e l R o i x 
C e n D R i e r 
C h a u m n t 
H a u t b o s 
M o n t e a u x
  J'avais développé cela dans mon premier billet consacré à Ricardou, en remarquant que les 4 voyelles de son nom avoisinaient ce centre irradiant, mais je vois aujourd'hui que ces 4 consonnes sont encadrées par les lettres LN et OI, formant le mot LION, alors que le roman semble construit autour de l'exégèse du paquet de cigarettes Pall Mall, et de son blason encadré par deux lions.
  Ceci suscite un nouveau vertige. Est-il possible que Ricardou ait consciemment calculé toutes ces combinaisons ? Ou est-ce une nouvelle manifestation du phénomène que je traque inlassablement, baptisé il y a plus de 20 ans l'éon Napol?
  "L'éon", comme "lion" précisément, et il m'est d'autant plus facile de tendre vers la seconde hypothèse qu'un lion s'est invité inopinément dans un carré de 8x8 lettres composé selon de sévères contraintes, avec ce LOVEN, lion danois, absolument imprévu (voir notamment ce billet).

  La lecture attentive du Théâtre m'a fait prendre conscience d'un détail de la page 252, pourtant donnée dans le billet précité. Les 4 messages à décrypter dans le carré des Lieux-dits sont donc selon Ricardou les diagonales BELCROIX et MAADRBRE, la première colonne exprimant l'ordre de l'ALPHABET, et la dernière à réarranger en TESTER XX, ou TESTER X.
  MAADARBRE se réarrange plus immédiatement en MAD ARBRE, faisant allusion à Olivier Lasius (ou asilus), le fou pyromane, mais je ne sais si j'avais à première lecture prêté attention à la note sur ce nom, où Ricardou inverse le bilinguisme MAD ARBRE en FOU TREE, dont une lecture pourrait être FOUTRE E, en parallèle avec TESTER X. Or Ricardou est justement celui qui a pu FOUTRE E dans un lipogramme en E...

  FOU TREE... Dans ma grille de Novel Roman, je faisais croiser la diagonale ROSENCREUTZ avec une diagonale brisée ARSENELUPIN. J'évoquais dans ce même billet mon ébahissement lorsque, après avoir écrit en 2002 un pastiche de Parsifal ("le pur fol") faisant intervenir Arsène Lupin, je me suis avisé qu'une anagramme en était "le pur insane".
  INSANE est donc "fou" aussi bien en anglais qu'en français, et je m'avise que LEPUR est l'anagramme de PLEUR qui se traduit en anglais par TEAR, dont une ancienne graphie est TEER, anagramme de TREE. Ainsi
ARSENE LUPIN = INSANE PLEUR = FOU TEER = FOU TREE = MAD ARBRE (CQFD).
  La note 14 de la page 232 énonce ceci (avec quelques parenthèses omises):
 14. D'où, à l'envers, le bilingue "fou-tree". Bref, cela nous fait signe, on serait dans la curieuse chanson du livre "dans lequel le voyageur se demanderait si l'on est en train : fou-tree non!"
  Ces derniers mots renvoient à la dernière séquence de la première partie, Le métro, où Ricardou imagine un train labyrinthique desservant les gares Belcroix, Madarbre, Tester X, entre autres. Sur cette ligne, les billets offrent des dessins ou des lettres, et les voyageurs s'amusent à ramasser les billets usagés pour les combiner entre eux.
  Ricardou propose ainsi 8 combinaisons de 4 tickets (...), 4 avec des images et 4 avec des mots. J'avoue ne rien comprendre à cette affaire, mais voici l'image page 86 offrant un rapport évident avec la note page 252 (je ne prétends pas tout comprendre ailleurs, mais j'ai parfois une certaine idée des motivations des textes de Ricardou).

  Ce pourrait être le moment de tenter d'analyser mes sentiments envers JR. Je l'ai découvert en 2000 dans le Formules n° 4 où il tentait de justifier par un laïus abscons couvrant 15 copieuses pages l'apparition d'un E dans sa proposition d'amélioration d'un passage de La Disparition, alors qu'il aurait suffi d'indiquer qu'il s'agissait d'une légère inadvertance, le remplacement sur épreuves du prévu "suivant" par un malencontreux "selon".
  J'avoue n'avoir pas été loin dans ce texte où abondent des termes tels que caco(proto-choro-holochoro)texture lipomorphique ou caco(hyper-deutéro)scriptème-"moyen".
  C'est une autre cacographie, "ana" au lieu de "atta", qui m'a conduit par une effarante coïncidence à ses Lieux-dits, et à son carré de lettres qui m'a au premier abord paru d'une puérilité à pleurer.
  Les coïncidences avec mon écriture m'ont fait lire Les lieux-dits, et y découvrir une possible prémonition du 11 Septembre avec Atta assurant consumer entièrement deux cigarettes, pourvu qu'elles aient été correctement allumées (je rappelle qu'un Atta était le chef du commando qui a frappé les tours jumelles).
  Mon premier survol du roman a été tout à fait négatif. A quoi rimaient ces digressions sur les nombres de mots et de lettres des inscriptions sur un paquet de Pall Mall? Puis j'ai commencé à saisir la profonde intrication des divers éléments du roman, de plus en plus vertigineuse, au point de me demander s'il était possible que JR en ait été pleinement conscient, de même que je suis abasourdi des possibilités imprévues qu'offrent mes textes.

  Mes relectures m'amènent à d'autres points communs. Novel Roman multipliait ad nauseam les anagrammes du titre, explicitement avec les héritiers VERANOMNOL, implicitement avec pour chacun d'eux une anecdote faisant intervenir une autre anagramme. De même, dans le "Nouveau Roman" Les lieux-dits, les deux seuls intervenants en-dehors de Lasius et Atta sont les frères EPSILON (quantités négligeables), que Lasius remarque être l'anagramme de L'ESPION, mais le lecteur doit comprendre par lui-même que le square LENPOIS où se rencontrent Lasius et Atta est une autre anagramme, et que ces EPSILONS sont LES PIONS se mouvant sur l'échiquier que constitue le roman, en 8 chapitres de 8 sections chacun.
  Ceci m'évoque à nouveau L'adversaire d'Ellery Queen (1963), où 6 ans avant Les lieux-dits apparaissaient des personnages aux noms savamment choisis s'affrontant sur l'échiquier de York Square.

  Ces jeux de l'écrivain Epsilon ne facilitent pas l'approche du lecteur Lambda, et ceci repose l'éternelle question: à quelles concessions doit consentir un auteur sans dénaturer ses intentions?
  Je reviendrai sur d'autres curiosités ricardoliennes dans d'autres billets, je ne mentionnerai ici que quelques phrases d'un passage qui me semble particulièrement grotesque dans une nouvelle issue de Révolutions minuscules (1971):
A quarante mètres, un canot automobile, oblique, la proue dressée, parcourt le plan d'eau de gauche à droite. Huit mètres en retrait, dans le sillage, une silhouette glisse sur l'eau. (...) Les jambes, autour de la charnière des genoux, sont pliées à quarante-huit degrés. Le maillot rose à pois blancs, le ventre, le buste, inclinés à quarante-huit degrés par rapport aux cuisses, sont parallèles aux mollets qui supportent toute la tension.
  J'imagine que ces précisions 40, 8, 48, et il y en a maintes autres dans le récit, ne sont là qu'en fonction du nom de l'auteur, et je n'en ai rien à fou-tree (mais cette écriture en toutes lettres me fait prendre conscience que 48 s'écrit en 8 et 4 lettres).

  Je suis parti plus haut de Barbarella redessinée par JR de manière à offrir 48 secteurs blancs délimités par le tracé, et voici après quelques digressions ce qu'il en fait.
  16 versions de l'image sont proposées pages 184 à 259, toutes les 5 pages, avec une "sensualité meurtrie selon quelques Règles ÉminenteS", comme cité plus haut. Le tracé étant effacé, la première image donne les seuls secteurs impairs en noir. Les 3 suivantes donnent les secteurs 1-4-7-..., puis 2-5-8-..., puis 3-6-9-... en noir. On passe à 1 secteur noir sur 4 pour les 4 images suivantes, et j'ai choisi de donner ci-dessus la dernière, 8e de l'ensemble donc, débutant par les secteurs 4-8 et s'achevant par le 48, ce qui devait ravir l'auteur.
  Viennent ensuite les 5 possibilités avec 1 secteur noir sur 5, puis les 3 premières avec 1 secteur noir sur 6.
  Il apparaît quelques anomalies qui ne me semblent pas voulues. Il manque 7 secteurs noirs de ci de là, et dans la dernière série (1 secteur noir sur 6) les derniers secteurs (43-44-45) sont remplacés par les précédents (42-43-44).

  Dans la catégorie des bizarreries susceptibles d'être expliquées, le Théâtre offre dans une des pages de garde la mention, en capitales:
CE LIVRE EST LE QUARANTE-HUITIÈME TITRE
DE LA COLLECTION « FICTION & CIE »
DIRIGÉE PAR DENIS ROCHE
  Chaque volume présente une annonce similaire, et la liste des publications dans la même collection en fin de cet ouvrage compte bien ici 48 titres, Théâtre compris.
  Ce pourrait bien sûr être un hasard, mais Roche était proche de Ricardou, et devait connaître son obsession pour le nombre 48. Il aurait ainsi pu lui réserver longtemps à l'avance ce numéro dans sa collection.
  Tiens, Denis Roche a publié, en 1982 aussi, La disparition des lucioles, un titre qui ne manquera pas d'inspirer Patrick Bléron.

  J'ai vu cela le 10 janvier, et le fantastique n'a pas manqué de faire une nouvelle intrusion dans la réalité lors d'une balade qui m'a fait traverser ce jour Esparron et remarquer l'immatriculation du seul cyclo garé dehors dans le village.
  J 84 R. J comme Jean, R comme Ricardou, et 84 est équivalent pour lui à 48 comme en témoigne par exemple la seconde partie du Théâtre, où il joue avec les numéros de téléphone 42-24, 24-48, 84-42, 48-24, 4 et 8 à cause des lettres de son nom, et 2 parce que c'est 8 divisé par 4, explique-t-il.
  L'obsession pour ces chiffres semble avoir réglé sa vie jusqu'à sa mort, à 84 ans (et 36 jours, somme des 8 premiers nombres), en 2016 (48x42 ou 84x24 pour celui qui avait fait se suivre les numéros WAGram 84-42 et SABlons 48-24).
  Je n'ai pas réussi à comprendre comment peut exister une telle plaque, la nouvelle législation prévoyant pour tous les deux-roues des plaques 210x130 cm avec 4 lettres et 3 chiffres comme pour les voitures (je note au passage le rapport 21/13 qui m'obsède).
  Quoi qu'il en soit, j'imagine que cette plaque est règlementaire, et qu'il ne doit exister en France qu'un seul cyclo immatriculé J 84 R, et que ce cyclo est donc basé à Esparron, code postal 04800.
  J'ai souvenir de l'avoir déjà vu garé à ce même endroit, mais ce jour où il s'est révélé significatif est le 10 JAN 18, 10 comme J, 18 comme R, et ceci me fait prendre conscience que la seule édition en poche d'une fiction de Ricardou a été dans la collection 10-18, en 1972 (n° 722).
  Ceci me conduit à proposer l'anagramme
Jean Ricardou : Les lieux-dits =
Je suis extralucide ordinal.

  Je dois enfin expliciter le titre de ce billet. Le titre du Théâtre des métamorphoses fluctue au cours du livre pour devenir celui des Opérations pour la seconde partie, puis des Transformations pour la suivante, et enfin Le théâtre des métaphores pour la dernière. 4 titres en 4 mots chacun.
  Le dernier titre a pour valeur 242, or ce billet est le 242e de Quaternité, ce qui m'a donné envie de jouer aussi à l'extralucide ordinal.
  J'ai d'abord trouvé ceci
Le théâtre des métaphores = Thèse: démâter la prothèse
qui ne veut pas dire grand-chose. Je suis passé alors au dictionnaire anglais fourni avec Anagram Artist, et il s'est trouvé que la première proposition en 4 mots était
the here models separate
qui se réarrange aisément en quelque chose de significatif
Here the models separate.

  J'ai finalement opté pour
The other males desperate
en pensant aux autres mâles qui se désespèrent de ne pouvoir déshabiller Barbarella à leur guise.

  JR s'étend avec complaisance sur la structure de son Théatre: titre en 4 mots, qui avec sous-titre et nom de l'auteur donne 8 mots en couverture, 4 parties dont les titres totalisent 8 mots, première partie elle-même divisée en 2 sections dont les titres totalisent 4 mots, et chacune de ces sections est divisée en 4 sous-sections dont les titres totalisent 8 mots...
  Il ne met en revanche pas en avant les 4x4 qui ont plus d'écho pour moi, 4 formes du titre en 4 mots donc, la 4e partie a un titre en 4 mots, et elles est divisée en 4 sections dont les titres ont chacun 4 mots.
  Ces 4x4 me rappellent que  Perec, dans un de ses derniers textes, J.R. : Tentative de saturation onomastique (1981), a classé Juan Ricardo en 44e position, ce qui n'est probablement pas directement calculé dans cette liste alphabétique (j'ai néanmoins envisagé ici que le nom précédent, Jules Ribenmoins, ait été choisi pour sa 43e position). Il en fait l'auteur (1715-1802) de La Cantina española, un titre qui peut évoquer le contenu disparate du Théâtre des métamorphoses, publié deux mois avant la mort de Perec.

1.1.18

Perec serait dans l'escalier

pour Vfois4, in memoriam

 Je pourrais avancer l'idée que Perec était obsédé par la numérologie de ses nom-prénom, telle que
NOM PRENOM = 123 = GEORGES PEREC,
au point d'avoir conçu son opus magnum, La Vie mode d'emploi (la VME), autour de ce nombre 123, en choisissant le mode de numérotation des cases de son immeuble de telle façon qu'autour de son centre névralgique, le milieu de l'escalier, deux numéros de cases symétriques par rapport à ce centre totalisent 123.
  Perec aurait choisi de placer son premier chapitre en cet exact centre, entre les cases 66 et 57 (somme 123), et il lui aurait donné un titre de valeur 123,
DANS L'ESCALIER, 1 = 123.
  Perec aurait également choisi le nom de son personnage principal pour pouvoir terminer sur le chapitre
BARTLEBOOTH, 5 = 123.

  Il n'y a d'ailleurs rien d'impossible à ce que Perec ait eu recours à de tels calculs, et l'Université a cautionné des thèses lui attribuant des intentions numérologiques bien plus contournées, mais ce n'est pas mon problème ici, la découverte de ces relations s'étant produite lors d'une démarche si riche en coïncidences irrationnelles que les intentions effectives de Perec me semblent devoir demeurer indécidables.

 Pendant l'écriture du précédent billet, l'article Physical Graffiti du blog de Patrick Bléron m'a fait connaître ce double album de même nom de Led Zeppelin, avec les 16 lettres du titre réparties sur 4 étages de 4 fenêtres des immeubles jumeaux en couverture de la pochette:
  Ceci m'a aussitôt fait penser à La Vie mode d'emploi, encore plus lorsque j'ai appris que l'album était paru en 1975, la VME décrivant tout ce qui se passe dans l'immeuble du 11 rue Simon-Crubellier le 23 juin 1975 vers huit heures du soir.
 D'autres montages sont présents à l'intérieur de la pochette, avec les lettres remplacées par des images ou photos de personnages divers, par exemple Elizabeth II, dont le couronnement est associé au plus long chapitre de la VME, ou Laurel et Hardy, formant l'une des contraintes "Couples".

  Le projet de la VME était déjà avancé en 1975, mais Perec ne s'est lancé dans la rédaction effective qu'à l'automne 1976. Des sources bien antérieures à Led Zep utilisaient des montages avec des immeubles, comme un dessin de Saul Steinberg en 1949 ou la couverture du Naïf locataire en 1956 de Paul Guth (PG comme Physical Graffiti, qui était le nom d'une boutique de vêtements d'occasion au 96 St Mark's Place, l'un des deux immeubles).

  Mais GP m'intéresse bien plus... La disposition des 16 lettres du titre de l'album (tiens La Vie mode d'emploi a aussi 16 lettres) en un carré 4x4 m'a donné la curiosité d'analyses numériques.
  Les 16 lettres ont pour valeur 169, carré de 13, et leur répartition en colonnes m'est évocatrice:
P I G F = 38
H C R I = 38
Y A A T = 47
S L F I = 46
  Les deux premières colonnes ensemble (l'immeuble au n° 96) donnent 76, valeur de GEORGES, tandis que la suivante donne 47, valeur de PEREC.
  La valeur 46 des 4 autres lettres pourrait rappeler que Perec est mort 4 jours avant son 46e anniversaire, mais je vois surtout que ces lettres SLFI se réarrangent en FILS.

  En 1959 Perec écrivait à son ami Jacques Lederer que son Condottière en cours d'écriture devait être un « livre de la défilialité »:
 J’ai tant souffert d’être ‘le fils’ que ma première œuvre ne peut être que la destruction totale de tout ce qui m’engendra.
  L'orphelin Georges a été pris sous tutelle par son oncle Bienenfeld. Les Bienenfeld avaient deux filles, et donc tout l'espoir d'une famille juive normalement constituée s'est porté sur ce ‘fils’, das Sohn...
 Dans Le Condottière qui n'a été édité qu'en 2012, le faussaire Gaspard Winckler assassine son employeur, Anatole Madera. Le prénom du personnage Gaspard Winckler, présent sous divers avatars dans deux autres romans de Perec, est très probablement issu de l'orphelin Gaspard Hauser, et Perec semble avoir été marqué par ses deux approches verlainiennes, les 16 vers de Gaspard Hauser chante, dont il a proposé 15 "micro-traductions", et Scénario pour un ballet, où Gaspard retrouve son père qui est un millionnaire anglais, et le tue.
  David Bellos a remarqué le cousinage avec l’histoire centrale de la VME, où l'artisan Gaspard Winckler mène, pour une raison inconnue, une vengeance de longue haleine à l'encontre de son employeur, un millionnaire anglais qui, à défaut d’être son père, est au moins un Per…cival.
  Parsifal Frychtig ? (anagramme de Physical Graffiti)

  De multiples hypothèses ont été proposées pour le nom Winckler, sans qu'aucune ne semble décisive. Le billet précédent m'a fait m'intéresser à une curiosité. Alors que dans la VME Winckler a eu une femme, Marguerite, un membre de la liste Perec a signalé récemment que la femme d'Auguste Lumière était née Marguerite Winckler. Vérifiant la chose, je me suis avisé qu'il y avait eu 4 mariages entre les fratries Lumière et Winckler.
  Auguste a donc épousé Marguerite Winckler le 31 août 1893, le jour même où Jules Winckler épousait Juliette Lumière. Auparavant, Louis Lumière avait épousé Rose Winckler le 2 février, et Charles Winckler épousera France Lumière le 9 juin 1903...
  Je remarque
LOUIS = 76   FRANCE = 47, somme 123,
CHARLES = 66  ROSE = 57, somme 123,
ce qui me ramène à une des grandes curiosités vues lors de mes premières incursions dans la VME.

  On sait que l'immeuble est réparti en 100 cases visitées tour à tour selon la polygraphie du cavalier, chaque chapitre décrivant ce qui se passe dans la case, avec souvent des sauts dans l'histoire de l'immeuble et de ses occupants.
  Perec a identifié chaque case par un indicatif de deux chiffres, correspondant à l'étage et à la position de gauche à droite dans l'immeuble, en partant de 11 pour la case supérieure gauche, chaque indicatif apparaissant en principe dans le chapitre correspondant.
  Les paliers des appartements des 6 étages correspondent à 12 chapitres Escaliers, dont les indicatifs sont 36 à 86 pour les paliers gauches, 37 à 87 pour les paliers droits. Perec a choisi de débuter son opus magnum sur le palier de Bartlebooth, case 66, et le trajet du cavalier (Percival?) qu'il a choisi lui a permis de l'achever dans la pièce la plus éloignée de son appartement, la case 61.
 Le chapitre 1 montre une femme, employée d'une agence immobilière, venant visiter l'appartement au sixième droite de Gaspard Winckler, mort en 1973, mais Perec la situe entre le troisième et le quatrième étage, ce qui signifie qu'elle est entre la case 66 (indiquée par un porte-clés double-six) et la case 57, et que nous sommes au centre névralgique des 12 cases Escaliers, et de l'immeuble, puisqu'il y a deux niveaux supérieurs d'ex-chambres de bonnes, et deux niveaux inférieurs, rez-de-chaussée et caves.  Ci-dessous la reconstitution de la façade de l'immeuble donnée par Jacqueline Ancelot, une amie de Perec, où je me suis permis d'indiquer ce centre névralgique par un cercle orange. Dans la transformation effective des coordonnées en indicatif, le 10 devient 0.

  J'avais donc remarqué il y a quelque 20 ans que deux cases symétriques par rapport à ce centre névralgique avaient 123 pour somme de leurs indicatifs, avec un intérêt particulier pour les cases 66-57, entre lesquelles démarre le livre, et les cases 76-47, correspondant à GEORGES-PEREC.
  Voici donc que les mariages Winckler-Lumière m'amènent a trouver un ensemble de prénoms correspondant à ces valeurs 47-57-66-76, et ceci à quelques heures de la découverte d'un équilibre 76-47 associé à un montage à partir d'un immeuble découpé en cases...

  S'il est pour moi assez certain que ces deux derniers faits n'ont aucun rapport logique avec la VME, je ne peux néanmoins les considérer comme de "simples coïncidences",  et elles ont constitué le déclic qui m'a permis de dépasser un blocage rencontré quelques jours plus tôt.
  Le 2 décembre, Nicolas Graner proposait sur la liste Oulipo une nouvelle contrainte, l'échiquier verbal, constituant à placer sur un échiquier une série de mots, de façon à obtenir une lecture horizontale, une lecture verticale, et une lecture selon le parcours du cavalier. J'ai aussitôt pensé à utiliser ceci avec des lettres, en utilisant la grille de Perec.
  De premiers essais ont été très peu concluants, et j'ai abandonné l'idée pour un temps, envisageant de l'utiliser pour une grille 8x8.

  De telles réalisations exigent une forte motivation, et un point de départ qui m'a été fourni par les coïncidences du 14 décembre. J'ai d'abord placé sur la grille les lettres PHYSICAL GRAFFITI, avec les lettres médianes correspondant à la cage d'escaliers de Perec, aux étages 2-3-4-5 où sont situées les cases 76-66-57-47, et les autres lettres dans les cases extrêmes des appartements correspondants.
  En bref, voici ce à quoi je suis arrivé:
  Mes premiers essais m'avaient appris qu'il serait extrêmement difficile d'obtenir deux textes cohérents, aussi je me suis attaché au parcours du cavalier, limitant la lecture horizontale à une suite hétéroclite de mots.
  La perspective cavalière livre donc:
refus osé, poupins; oh laser infra Ys! l'aîné aimé nia à l'omis écart du coin; loi ionienne éructée, et cire allie lettre à lire G...

  J'admets que c'est peu clair. C'est un premier jet que j'envisageais de modifier ensuite, mais j'y ai renoncé après un coup d'oeil au Gématron. Ces 99 lettres ont pour valeur 1092, soit 4 fois 273, nombre qui entre autres est la gématrie de l'hébreu arba', "quatre", alors que j'étais parti d'un jeu de 4x4 lettres.
 
  Par ailleurs, l'ajout de la lecture horizontale conduit à 8 fois 273, soit 8x13x21, trois nombres de Fibonacci consécutifs.

  Voici cette lecture horizontale:
LA SOI EST MUR UN EO PIC OR LOIN SOC EDO PERIL HYLAS ILI LACAU ALGERIE RAS EFFILE AI TE AIR ISIE NE MER ON ECARTE NI UN ENTENTE

et un éventuel jeu de définitions y correspondant:
Article de vie comme de mort - Théorie du quant-à - Pense - Entre Percival Bartlebooth et Simon-Crubellier - Premier terme de la suite de Fibonacci - Bilatéralité - Hauteur où on peut tomber - Présent dans 43 onzains - Queneau pour Rueil - Retourne la terre - Capitale impériale - En la demeure de Bartlebooth - Cave canem - Coule dans les deux sens - Verbicruciste - Parac aurait pu y être parachuté - Les cheveux de Perec en 1958 - L'oeil de la marionnette indienne du bureau de Bartlebooth - Edenté - Il a la forme de la lettre mais ne s'écrit pas comme elle - Perec aimait celui de la ville - Père Perec - Perec l'est le 7 mars 1936 - Souvent peinte par Bartlebooth - Vague sujet - Le genou d'un Homme Libre - En exclusivité - Second terme de la suite de Fibonacci - Peut être bonne dans les chambres de bonnes

  Voici un autre aspect de la grille, avec les numéros des chapitres associés à chaque lettre:
  Les chapitres Escaliers sont en bleu.

  Mon texte contient tout de même des allusions à la VME, avec notamment cet écart du coin, évoquant la décision de Perec de supprimer le chapitre correspondant au coin inférieur gauche de l'immeuble. Après coup je constate que DU COIN a pour valeur 66, or le chapitre supprimé correspond à la 66e position du cavalier.

  A cause des positions imposées des lettres PHYSICAL GRAFFITI, le G s'est trouvé correspondre au dernier chapitre, lequel finit dans la VME par la lettre W, initiale de Winckler peut-on supposer. Ma lettre à lire G peut conduire à Gaspard ou Georges, ou encore au flou Souvenir d'enfance, qui n'est en rien un W mais une lettre ressemblant à un G inversé.

  Le mot graffiti n'apparaît qu'une fois dans la VME, chapitre 28 ou Dans l'escalier, 3, d'indicatif 47
  Toujours est-il que dans ce chapitre 28 la narration rejoint Valène, lequel est en fait dans la case correspondant au Chapitre 51, et fait partager ses pensées pessimistes sur l'avenir de l'immeuble:
La rue ne sera plus qu’une suite de façades aveugles — fenêtres semblables à des yeux sans pensée — alternant avec des palissades maculées d’affiches en lambeaux et de graffiti nostalgiques.
  Ceci se passerait avant que les immeubles ne soient rasés pour laisser place à Horizon 84, vaste ensemble comportant 722 appartements divers et 47 magasins et services.

  Les 3 premiers chapitres Escaliers sont titrés Dans l'escalier, 1 à 3, les 9 autres Escaliers, 4 à 12 (mais dans la Table des Matières ils apparaissent sous la seule forme Escaliers, 1 à 12). J'ignore si quiconque en a envisagé une interprétation, mais je constate ceci:
Dans l'escalier, 1 = 122+1 = 123, selon la prise en compte immédiate des nombres par le Gématron.
  Ainsi ce premier chapitre que Georges Perec (=123) a choisi de faire débuter entre les cases 66 et 57 (somme 123) de l'immeuble peut-il aussi être un 123. Les Belges Willy Wauquaire, à gauche, et Brecht Evens, à droite, se sont essayés à illustrer les 100 cases de l'immeuble, et voici comment ils ont rendu les 12 cases Escaliers, ou 6 paliers.
  Ils ont tous deux situé les marches montantes à droite, ce qui à mon sens contrevient au texte qui fait monter la dame de l'agence à partir de la case 66, le palier gauche du troisième étage. Du moins Willy la place-t-il de ce côté gauche, tandis que Evens la montre sur la deuxième marche à droite.
  De toute manière, si le texte est respecté (mais Perec y commet plusieurs erreurs de latéralité), escalier et ascenseur devraient être devant les paliers (sinon l'appartement de Bartlebooth serait au troisième droite pour qui arrive sur le palier).

  Willy est l'auteur des Outils pour la Vie mode d'emploi, rassemblant tout ce qui est connu des contraintes du livre, et j'avais ces Outils sous les yeux lorsque j'ai appris par la liste Perec sa mort le 1er décembre. Je lui dédie ce billet. Ces Outils sont disponibles sur le site de l'Association Perec.

  Les chapitres Escaliers 1-2-3 dans la Table des Matières ont donc à leurs emplacements pour titres Dans l'escalier 1-2-3 (123?), et le dernier est le chapitre 28, correspondant à la case 47, PEREC.
  Ensuite vient le chapitre 36, Escaliers, 4, avec
ESCALIERS 4 = 95 = WINCKLER.
  Tiens, et ce nombre 95 apparaît aussi dans le jeu 66-57 des cases entre lesquelles débute le livre, correspondant aux chapitres 1-94, somme 95 donc, mais une autre approche est possible.
  A partir du chapitre 66, les chapitres de la VME ont une double numérotation sur le Cahier des Charges tenu par Perec, en conséquence de l'élimination du chapitre correspondant à la 66e position du cavalier, ainsi le chapitre 94 correspond en fait à la 95e position du cavalier (ci-dessus, le plan des chapitres établi par Perec avant l'écart du chapitre 66, avec les parties communes rayées (escaliers, sous-sol) et les 5 cases de l'appartement de Bartlebooth entourées, de même que la chambre de son valet Smautf).
  Ainsi la dame qui vient visiter l'appartement de
GASPARD = 66 WINCKLER = 95
se trouve-t-elle entre la case 66 de l'immeuble et la position 95 du cavalier.
 J'ai été conduit à ces calculs par les quatre mariages ayant réuni les réelles familles Lumière et Winckler, et plus spécialement par les unions de Louis et France Lumière avec Rose et Charles Winckler, et parce que les valeurs de ces Winckler 57 et 66 correspondent aux cases entre lesquelles débute la VME.

  Il y a plus éblouissant encore, car les conjoints Lumière de ces Winckler sont
LOUIS = 76 et FRANCE = 47,
correspondant à l'exact découpage de GEORGES PEREC, lequel a précisément fait se marier un Louis et une France. Il s'agit de Louis Gratiolet, petit-fils de Juste Gratiolet, premier propriétaire de l'immeuble de la VME, dont la vie rappelle celle du réel Jacques Bienenfeld, un aventurier flamboyant ayant fait fortune puis subi la crise de 1929. Ce Louis a donc épousé à Oléron France Lidron; ils ont eu en 1920 un fils, Olivier.

WINCKLER+LUMIERE = 95+83 = 178,
nombre qui m'a aussitôt évoqué l'une des dernières oeuvres achevées de Perec, quelques mois avant sa mort, un épithalame composé pour le mariage de ses amis tunisiens Kmar et Nour, le 15 août 1981.

  Noce de Kmar Bendana & Noureddine Mechri compte 10 strophes, 5 strophes impaires composées à partir des lettres de l'épouse, incorporant à chaque étape une lettre du nom de l'époux, et vice-versa pour les strophes paires. 
  Sur ses brouillons, Perec a noté pour chaque strophe les contingents de lettres autorisées, ainsi que les termes d'une suite de Fibonacci s'achevant par 68 et 110 pour les strophes 9 et 10. Ce n'est qu'à l'occasion de mon mariage, en 2014, que je me suis avisé que ces nombres correspondent aux contingents initiaux de lettres
KMARBEND = 68
NOUREDIMCH = 110
  68+110 = 178, comme Winckler+Lumière, or Perec nommait toujours son ami "Nour", et nour signifie "lumière" en arabe.

  L'autre personnage principal de la VME est Bartlebooth, et on pourrait se demander si Perec n'aurait pas choisi ce nom pour sa numérologie, car, alors que le premier chapitre de la VME est
DANS L'ESCALIER, 1 = 123,
le dernier chapitre a pour titre
BARTLEBOOTH, 5 = 123.

  Je suis ébahi par le calcul
PERCIVAL BARTLEBOOTH + GASPARD WINCKLER = 204+161 = 365
car il me paraît certain que j'ai dû étudier de près les valeurs de ces deux principaux personnages de la VME, lorsque je prêtais à Perec des intentions numérologiques de cet ordre, et j'ai justement découvert un motif remarquable 365 formé par des chapitres particuliers de la VME.

  48 cases de l'immeuble forment 24 paires symétriques par rapport au centre de l'escalier, telle que la somme des indicatifs de ces cases soit 123. Ceci me rappelle la découverte il y a 20 ans dans la VME d'une harmonie qui m'avait alors paru péremptoire.
  Le chapitre 87 de la VME, correspondant au salon de Bartlebooth, la case 65 jouxtant son palier, conte l'histoire des deux sociétés hôtelières aux noms de 24 lettres, MARVEL HOUSES INCORPORATED et INTERNATIONAL HOSTELLERIE, qui pour fêter leur association ont créé 24 complexes hôteliers dans 24 villes dont les noms répartis en colonne permettent de lire, accolés, les noms des deux sociétés. Les deux fois 24 lettres permettent l'égalité:
(24)+(24) = 296+280 = 576 =24x24

  A part ce rectangle cohérent de 48 cases, la numérotation particulière de la grille fait qu'il y a 28 autres cases formant des couples 123 (les colonnes d'ordonnées 3 à 9, 3 à gauche et 1 à droite), soit en tout 76 cases (GEORGES) formant 38 couples 123 (ce qui me rappelle les deux colonnes de valeur 38 sur la pochette de Physical Graffiti).

  Comme vu plus haut, le couple idéal 76-47 est réalisé par les Lumière LOUIS et FRANCE qui ont épousé les Winckler ROSE et CHARLES (57-66 correspondant aux cases entre lesquelles se trouve l'employée venue visiter l'appartement de Gaspard Winckler). Je n'ai pas encore étudié à quels chapitres, correspondaient ces cases 76-47-57-66, ce sont les chapitres 36-28-94-1, ou encore les positions du cavalier 36-28-95-1, ces derniers nombres totalisant 160 qui se trouve être la valeur de
LA VIE MODE D'EMPLOI = 160
  Le livre porte la rare indication romans, avec
ROMANS = 80, et donc la somme 240 pour cet ensemble.
  Mon précédent billet était précisément le 240e de Quaternité, et il m'a mené à la VME pour d'autres raisons que ce nombre 240 que je n'avais plus à l'esprit.
  Un 80 apparaît parmi les sauts du cavalier dans l'escalier auxquels j'ai fait correspondre les lettres HY-CA-RA-IT, à côté de 28-95-1-36. C'est le seul saut qui est opéré à l'intérieur de l'escalier (le 79 est deux étages en-dessous).

  Mon 240e billet a fait l'objet d'une fabuleuse coïncidence, non préméditée, avec les billets numéros 234 et 237, auxquels j'avais donné des titres de valeurs 513 et 273, au lieu de valeurs correspondant au rang du billet, comme souvent ces temps derniers, or l'équation
513 = 273 + 240
m'est emblématique d'un fantastique équilibre entre les noms anglais des nombres de Fibonacci et leurs valeurs, découvert début 2014 à notre arrivée à Esparron.

  Comme 240 en tant que LA VIE MODE D'EMPLOI ; ROMANS m'était sorti de l'esprit, je n'ai pas songé que j'avais associé Perec à 273 pour ses deux noms "dorés"
GEORGES / PEREC = 76/47, et
GEORGE / BRETZLEE = 57/93, nom qui apparaît précisément dans la VME pour le nom de l'auteur du roman The Wanderers. Bretzlee figure pour bretzel ou pretzel, le biscuit troué dont l'appellation viendrait selon Perec du nom de sa famille, peretz signifiant "trou" (étymologie fort douteuse). Le titre traduit Les Errants, premier roman de Perec dont le manuscrit a été perdu.
  Je mentionnais ces deux noms dorés dans le billet recensant tous les cas 21-13 (cas 83), pour la somme 273, représentant d'abord pour moi le produit des Fibos 13x21. Ces noms pourraient se réarranger en
GEORGES BRETZLEE / GEORGE PEREC = 169/104 = 13/8.
169 est la valeur des 16 lettres PHYSICAL GRAFFITI, que je rapprochais de divers 273 rencontrés dans le précédent billet, et
PHYSICAL = 93 = BRETZLEE; GRAFFITI = 76 = GEORGES (je rappelle que la répartition verticale des lettres donne les totaux 76 pour l'immeuble de gauche et 93 pour celui de droite).

  Le fait que 3 chapitres Escaliers aient un titre différent pourrait amener à considérer ces chapitres par groupes de 3, avec
ESCALIERS = 91, multiplié par 3 = 273.
  Les 12 chapitres Escaliers, tels qu'ils figurent dans la Table des Matières, pourraient ainsi conduire, en négligeant leurs numéros d'ordre, à
12 x 91 = 1092, la valeur à laquelle je suis parvenu sans préméditation pour mon premier essai de parcours du cavalier, avec pour lettres imposées
PHYSICAL GRAFFITI = 169.

  Je n'ai pas encore décortiqué le double mariage du 31 août 1893 (je rappelle que le 31/8 vulgaire est aussi le 21/13 du calendrier pataphysique), où Auguste et Juliette Lumière ont épousé Marguerite et Jules Winckler. Ces 4 prénoms totalisent les valeurs
94 + 102 + 117 + 67 = 380,
un nombre qui m'évoque encore Perec, car le nom hébreu de sa famille, Peretz, en hébreu פרץ de gématrie 370, est devenu Perec lors de son arrivée en France, puis פרק de gématrie 380 lors des traductions en hébreu (où ce mot signifie "chapitre" !)

  Il y a beaucoup de possibilités avec ces 4 mariages, et je ne retiens que ce qui se passe du côté des Winckler.
  C'est donc Marguerite (=117) qui m'a conduit à ses frères et soeur
JULES CHARLES ROSE = 67+66+57 = 190.
  Je connais bien le couple doré 117-190, et encore via Perec. J'ai évoqué à maintes reprises son sonnet Vocalisations, et justement récemment dans mon billet 234 (2 fois 117) au titre de valeur 513, motivé par l'écriture d'un sonnet de 513 lettres à partir des 497 lettres de Vocalisations. Plusieurs de mes récritures de Vocalisations avaient réarrangé ses lettres pour obtenir diverses césures d'or, notamment 190-117-190 pour les nombres de lettres. C'était le cas de Consonnantisations que je redonnais dans ce billet.
  Le billet précédent m'amenait à une relation concernant le nombre 307, mais je n'avais pas calculé alors qu'il correspondait à ces 4 Winckler, et je ne me rappelais plus 307 en tant que section d'or des 497 lettres de Vocalisations.

  Une Marguerite au coeur doré  de Vocalisations. me rappelle une coïncidence sur Marguerite Neveux, réelle auteure d'une étude sur le nombre d'or, et nom rencontré sous cette exacte forme dans un roman bien antérieur d'Eric Rohmer, fervent amateur du nombre d'or.
  Le Points Sciences Le nombre d'or rassemble Radiographie d'un mythe, étude très critique de Marguerite Neveux, et La divine proportion, apologie de H.E. Huntley. J'avais vu ces initiales H-E-H correspondre aux nombres 8-5-8, soit le partage selon les deux césures dorées du nombre 21, 8e terme de la suite de Fibonacci, or mes césures d'or du sonnet précité concernaient aussi les pieds, 168, répartis en 64-40-64, ce qui est proportionnel à 8-5-8.
  Je n'avais pas en 2007 trouvé de renseignements sur H.E. Huntley, dit avoir été professeur dans une université anglaise, sans autre précision. Une nouvelle recherche m'a conduit à Ernest Huntley Hart, plus connu sous le nom Ernie Hart, Américain dessinateur et scénariste de comics, utilisant aussi les signatures EHH et H.E. Huntley, selon Wikipedia.
  Il me semble impossible que cet Américain puisse être l'auteur de La divine proportion, clairement anglais, et je trouve fabuleux que les deux auteurs associés aient des homonymes, fictifs ou non, alors que c'est une autre homonymie, sur Marguerite Winckler, qui m'a conduit à écrire ce billet.

  J'ai été amené à creuser cette homonymie, connue depuis quelques mois, dans le précédent billet, où s'est révélée une autre formidable homonymie entre fiction et réalité.
  En 2007 NEO a publié Les Orphelins du Mal, où il a imaginé les nazis avoir inventé le clonage dès les années 30, avec un premier essai de 5 clones. La plus accomplie était destinée à devenir la reine d'une ruche de clones sur son modèle, mais elle a refusé ce rôle et a dévoilé la conspiration par bribes dans des romans signés Marjolaine Papillon.
  En 2017 Fabrice Papillon publie Le dernier Hyver, où il imagine une conspiration féministe aboutir à la création de 5 clones dans les années 90. La plus accomplie, Marie, est destinée à devenir la reine d'une ruche de clones sur son modèle, mais elle refuse ce rôle...

  C'est l'auteur et son titre qui m'avaient conduit au premier 307 signalé plus haut,
FABRICE+PAPILLON + LE DERNIER HYVER = 44+95 + 168 = 307,
sans donc soupçonner que les prénoms dans la fratrie Winckler donnés dans ce même billet conduisaient à ce même total, avec le partage doré 117/190 entre Marguerite et les 3 autres.
  Je remarque que PAPILLON = WINCKLER = 95.

  J'avais été conduit à donner à ce billet un titre de valeur 240, réparti en 99 et 141, valeurs de THIRTEEN et TWENTYONE. Comme Papillon se devait de figurer dans ce titre, j'avais trouvé pour le second terme
PAPILLON TUE = 95 + 46 (= WINCKLER FILS),
ce qui m'évoque maintenant le "fils" Gaspard qui tue le Per-cival. Papillon tue lui dans son roman tous les hommes, pour ne laisser que des mères (qu'IL MEURE, LUI-MERE).

  Il m'est revenu que ces couples Lumière-Winckler étaient survenus pour moi à un moment pouvant correspondre à la fête juive des Lumières, Hanoucca, et effectivement Hanoucca courait cette année du 12 au 20 décembre. C'est le 14 décembre que j'ai appris les 4 mariages entre les deux familles, le 19 que j'ai composé mon parcours du cavalier inspiré par ces mariages (et par Led Zeppelin).
  Je ne crois avoir mentionné que deux fois Hanoucca dans Quaternité, dans ce billet de 2011 (qui était le 99e, THIRTEEN), et dans le très récent 237e billet, auquel j'avais donné un titre de valeur 273, Sous les pans du concombre, parce que je venais de découvrir le roman Sous l'aile du Concombre, d'un certain Henri Girard, homonyme du vrai nom de Georges Arnaud, lequel choisissait en 1950 de publier sous ce pseudonyme au moment où un réel Georges Arnaud soumettait ses manuscrits à divers éditeurs.

  Homonymes, doubles, clones... Mon quotidien en a encore été imprégné avec la réception le 28 d'un courrier de Kerbellec. Le grand Phi poursuit depuis plus de 30 ans ses études rousseliennes, avec une nouvelle publication en approche.
  Il me communiquait une récente trouvaille. La première oeuvre publiée de Roussel, âgé de 20 ans, a été en 1897 La doublure, roman en vers (5586 alexandrins, texte complet ici), qu'il voyait lui apporter aussitôt la gloire. Mais le seul critique qui daigna en dire un mot fut pour l'éreinter.
  C'est de plus l'histoire d'un comédien, Gaspard Lenoir, doublure du célèbre acteur Litert, qui tente de mettre à profit un congé de Litert pour révéler son talent, mais sa prestation provoque les quolibets du public.

  Il est compréhensible que ce livre "vraiment fort ennuyeux", selon le mot du critique, soit passé inaperçu, malgré (ou à cause de) ses hardiesses. Roussel s'est attaché à composer des vers fort peu poétiques, afin que son texte ressemble à de la prose, ce qui est renforcé par une grande quantité de vers blancs (rimant sur deux sections de l'oeuvre) et d'enjambements. Le comble est que Roussel y a introduit des répliques de la pièce en prose que joue Gaspard, données sur trois vers, sans rimes ni mètre identifiable grâce aux enjambements, et que Gaspard entend, à la différence de Litert, scander ces répliques comme des vers...
                                                       Comme
Toujours, il s'était mis à l'avance au travail
Avec ardeur, cherchant jusqu'au moindre détail,
Chaque intonation de voix et chaque pose,
En tachant de donner au dialogue en prose,
L'enflure et la rondeur emphatique des vers.
Puis il avait joué, tout à fait à l'envers
De Litert (...)
  Kerbellec, après 30 ans de scrutation du texte, a enfin vu que "à l'envers de Litert" était équivalent à "au verso Litert", aux vers solitaires, description d'un des aspects de ce roman en vers.
  Si ce point trouve sa place ici, c'est que l'envoi de Philippe m'est arrivé le lendemain du jour où j'ai appris que H.E. Huntley aurait été une signature de Ernest Huntley Hart, de même que EHH, or
ERNEST HUNTLEY HART = 233, 13e terme de la suite de Fibonacci, et
EHH = 21, 8e terme de la suite de Fibonacci, 8 et 13 appartenant aussi à cette suite.
  S'il s'agit de l'auteur de la seconde partie du Points Sciences,
LA DIVINE PROPORTION = 232, or les nombres différant d'une unité d'un Fibo peuvent être exprimés par une relation fibonacienne, celle-ci dans le cas où le Fibo est de rang impair:
Fn - 1 = Fn-5(Fn-5 + Fn-4) ou 232 = 8(8+21)
  J'avais vu ce 232 pouvoir être l'oeuvre d'un 233, or l'expression clé "à l'envers de Litert" chevauche les vers 232 et 233 de La doublure.

  De Litert se trouve "rimer" avec un autre enjambement que Kerbellec a vu essentiel, Alibert, 54 vers plus loin. Gaspard, après son four, rentre chez lui où l'attend son amante Roberte de Blou,
           dans sa chambre étroite de la rue
Alibert.

             C'est un an avant, l'hiver dernier,
Qu'un soir elle l'a vu faire un palefrenier,
Doublant aussi Litert (...)
  Les deux amants vont mettre à profit l'échec de Gaspard pour faire une folie, prendre le train pour Nice et suivre le carnaval. Leur itinéraire minutieusement décrit par Roussel passe par une rue dont le nom est omis, mais aisément identifiable, la rue Alberti, anagramme d'Alibert.
  Ce qui m'importe ici est la fin du vers, l'hiver dernier, écho immédiat au Dernier Hyver de Papillon.

  J'ai cherché en commençant ce 241e billet un titre de valeur 241, comportant "Perec" et "escalier(s)", et je suis parvenu à
Perec serait dans l'escalier.
  Ce n'est qu'au cours de sa rédaction que j'ai trouvé la valeur correspondant au premier chapitre de la VME,
Dans l'escalier, 1 = 123 = Georges Perec,
et j'aurais été bien en peine d'énoncer ce titre lorsque j'ai choisi le mien. Je ne me souviens pas avoir jamais remarqué l'anomalie concernant les trois premiers titres des chapitres Escaliers
  Je remarque encore
241 = Georges Perec double double = Georges Perec Bartlebooth.
  Mon 123e billet concernait aussi Perec et Roussel.

15.12.17

oui, l'effet Papillon tue


  L'effet Papillon, c'est ici celui du premier roman du prénommé Fabrice, Le dernier Hyver, auquel j'ai réservé ce dernier billet de l'année, à l'entrée de l'hiver.
  J'ai parfois l'impression que certains livres ont été écrits exprès pour moi, et c'est particulièrement le cas pour celui-ci, mais il s'agit à l'évidence d'une oeuvre de longue haleine, débutée avant la publication de mes billets semblant y offrir l'écho le plus immédiat.

  Comme ce billet débutait par des aspects qui seront probablement rébarbatifs pour certains, je crois bon de signaler d'abord une petite chose découverte en cours d'écriture: un point essentiel du roman de Papillon est la création de 5 clones dont la cadette, Marie, est destinée à devenir la reine d'une ruche de clones, mais elle refuse ce rôle, or un roman montrait déjà un autre groupe initial de 5 clones dont la cadette est destinée à devenir la reine d'une ruche de clones, mais elle refuse ce rôle.
  Elle se nomme Marjolaine Papillon...

  Brièvement, ma démarche m'a conduit à découvrir plusieurs romans offrant une structure en 34 chapitres pouvant se répartir en 21 et 13, les deux nombres de la suite de Fibonacci qui semblent me hanter, dont j'ai colligé les cas sur ce billet.
  A noter que le motif 21-13 a évolué en 21-1-13 fin 2015, l'élément supplémentaire pouvant être figuré dans le cas des romans par un prologue ou épilogue.
  J'ai vu dans Le dernier Hyver des échos assez nets à au moins trois des rares romans à structure 21-13, et ce roman lui même a 35 chapitres se répartissant immédiatement en 21-14, avec diverses possibilités de scinder le 14 en 1-13, mais je vais d'abord exposer brièvement son sujet.

  Le roman alterne 21 chapitres d'une enquête criminelle se déroulant pendant l'été 2018, et 14 chapitres échelonnés pendant plus de 20 siècles, contant diverses étapes d'une conspiration de femmes cherchant à s'affranchir de la tutelle de l'homme, notamment par la parthénogenèse.
  Les 13 premières étapes se succèdent chronologiquement de 415 après JC, mort de la philosophe Hypatie, une pionnière du mouvement, jusqu'à 1997, et le dernier chapitre fait un grand saut en arrière jusqu'en 357 avant JC, montrant que les Amazones étaient déjà avancées dans cette voie.
  Les découvertes du groupe sont consignées dans un codex débuté par Hypatie. Au 16e siècle, le codex a reçu le nom HYVE, "ruche", avec H pour Hermès, Y pour hYpatie, V pour Vinci qui a collaboré au projet, et E pour la reine Elisabeth I, laquelle aurait tenté de transformer son corps avec l'aide du mage John Dee.
  Le nom est devenu HYVER avec la découverte de la structure en double spirale de l'ADN, à laquelle sont associés les noms Watson-Crick, bien qu'une part importante en revienne à Rosalind Franklin, pour un cliché dont le caractère essentiel saute aux yeux lorsqu'il est comparé à une photo prise dans l'axe de l'escalier à double révolution de Chambord (dessiné par Vinci).


  D'autres femmes célèbres ont fait partie de la conspiration, telle Marie Curie ou sa fille Irène, mais les découvertes de la biologie moléculaire vont permettre des avancées décisives.
  C'est ainsi que dans les années 90 la généticienne Elisabeth Duchesne crée 5 clones d'elle-même, avec quelques améliorations, telle l'addition d'un gène de méduse permettant une régénération rapide des tissus lésés.

  Elisabeth n'a élevé que ses deux dernières "filles", Emilie et Marie, les autres ayant été confiées à des femmes de la "ruche". En 2018, Marie, 20 ans, ignore tout de ses particularités. Elle débute un stage à la police scientifique de Paris, et est aussitôt confrontée le 11 juillet à un meurtre horrible. Une jeune femme a été torturée et dépecée, et son corps déposé dans la boutique Hermès de la rue de Sèvres.
  Grâce à une observation de Marie, il est découvert que le crime a eu lieu dans une station de métro désaffectée, Croix-Rouge. Les flics qui y descendent tombent sur un suspect cagoulé qui s'enfuit...

  En juillet 2015 j'ai consacré le billet Rutile, ô Kansas ! à deux romans en 34 chapitres découverts presque coup sur coup. Le premier est Deuils de miel de Thilliez qui a plusieurs particularités.
  Il affiche 34 chapitres et 1 épilogue dans ses premières éditions, Rail Noir 2008 et Pocket 2010, avec une nette première partie consistant en une recherche de la jeune Maria, 19 ans, enlevée par un fou homicide. Au chapitre 20 Sharko trouve une piste grâce à une rencontre dans la station de métro désaffectée Haxo. La jeune fille est retrouvée au chapitre 21, mais juste pour recueillir son dernier soupir. Un message trouvé sur place indique que le tueur prépare un massacre qui occupe la fin du roman.
  La Marie de 20 ans meurt aussi au terme des 21 chapitres en 2018 dans Le dernier Hyver, où il y a donc aussi une station de métro désaffectée, et où les abeilles ont un rôle important. Les températures caniculaires de l'été sont aussi importantes dans les deux romans. Rien cependant ne permet d'imaginer que Thilliez ait inspiré Papillon.

  S'il semblait y avoir 34 chapitres et 1 épilogue dans les premières éditions de Deuils de miel, il y manquait un chapitre 30, d'autres erreurs de chapitrage apparaissant ailleurs dans la collection Rail Noir.
  Relisant le chapitre 21 pour les besoins de ce billet, j'y remarque de nouvelles pistes. Sharko n'a obtenu à la station Haxo qu'une indication approximative de la cache du tueur, lequel élève divers insectes, dont des papillons tête de mort. Sharko fait appel à un entomologiste, lequel amène sur les lieux tous ses papillons mâles, 13 en tout. Les mâles attirés par l'odeur des femelles se précipitent chacun leur tour dans cette direction, ce qui permet aux enquêteurs de se rapprocher peu à peu de la cache, qu'ils découvrent après le lâcher de 12 des 13 papillons (peut-être le 13e était-il prénommé Fabrice).
  De même qu'il manque un chapitre dans ceux numérotés de 22 à 34, un des 13 papillons est inopérant...
  J'utilisais l'épilogue pour justifier un découpage en 21-13 éléments "réels", et je remarque maintenant que le chapitre 30 manquant peut répartir ces 13 derniers éléments en 8 et 5, toujours Fibonacci (il apparaît aussi dans cette partie un découpage de 55 en 34-21).

  L'autre roman étudié avec Deuils de miel était Le labyrinthe de la rose, de Titania Hardie, dont la composition en 34 chapitres est à l'évidence intentionnelle, le nombre 34 y étant décliné sous toutes ses coutures.
  Je n'ai pas été tendre avec cette intrigue brouillonne, mais le point important ici est qu'elle est centrée sur un secret de John Dee, l'un des contributeurs du codex HYVER, présent dans 3 des 14 chapitres historiques de Papillon. Des flashbacks au temps de John Dee sont aussi présents chez Hardie, où l'une des occurrences de 34 est précisément la valeur de son nom, en utilisant les valeurs réduites des lettres:
JOHNDEE = 1+6+8+5+4+5+5 = 34

  J'ai décrété que cette figure, où les nombres intérieurs et extérieurs totalisent 84/52 = 21/13, à la fin du chapitre 21, déterminait une coupure 21-13 chez Hardie, sans pour autant imaginer qu'elle soit intentionnelle, bien que l'appartenance de 34 à la suite de Fibonacci soit mentionnée.

  La présence de Léonard de Vinci parmi les contributeurs du codex HYVER m'est aussi évocatrice, car ma première rencontre d'un roman 21-13 a été une édition anglaise de The Greek Coffin Mystery (1932), présente dans la bibliothèque familiale, dont les 34 chapitres sont répartis en deux Books de 21 et 13 chapitres, avec une raison précise : les chapitres du premier Book livrent le titre en acrostiche, et ceux du second le nom de l'auteur, BY ELLERY QUEEN.
  Toujours est-il que le roman a pour sujet la recherche d'un tableau volé de Léonard.
  J'ai appris ensuite que l'édition originale avait un prologue, d'où une possibilité de structure 1-21-13.

  J'ai rencontré la même structure Prologue et deux premières parties de 21 et 13 chapitres pour Pilgrim, de Timothy Findley, où Pilgrim est un être étrange, quasi immortel, qui aurait parmi divers avatars été Elisabetta Gioconda, le modèle de la Joconde de Léonard. Je remarque au passage ce nom inconnu des spécialistes, la Joconde "officielle" étant Lisa Maria del Giocondo.
  Un hasard m'a fait découvrir l'hypothèse farfelue, mais sans rapport avec Pilgrim, que l'expression MONA LISA correspondrait, selon un alphabet latin réduit, aux valeurs 13-21 (comme plus haut JOHNDEE à 34, mais selon l'alphabet moderne):


  Les exemples qui viennent d'être vus sont séquentiels, 34 chapitres ou éléments répartis en 21 puis 13, alors que la répartition des 35 chapitres du Dernier Hyver est entrelacée en 21-14, selon leurs différentes natures.
  Les aventures souterraines ne s'y limitent pas à l'épisode de la station Croix-Rouge, les responsables de ce premier meurtre connaissant parfaitement le réseau des égouts et catacombes. La bande kidnappe aussi Marie, enfermée dans une salle perdue des catacombes, et menacée de subir le même sort que les deux premières victimes, que l'ADN a révélé être ses soeurs biologiques dont elle ignorait l'existence.

  L'exploitation du Paris souterrain m'évoque le second des trois thrillers fantastiques de Nicolas d'Estienne d'Orves, Les derniers jours de Paris (2009), commenté dans ce billet de septembre 2016, alors que l'écriture du Dernier Hyver devait être déjà bien avancée.
  J'y remarquais l'architecture de la première partie, en 34 chapitres numérotés où la narration suit Sylvain, entrecoupés de 21 sections non numérotées du journal de la jeune Trinité. A la fin de cette première partie, Sylvain et Trinité se rencontrent, et poursuivent leur aventure ensemble pour 34 autres sections de la seconde partie, face à des créatures venues des sous-sols de Paris, créatures avec lesquelles ils ont un patrimoine génétique commun, la mère de Sylvain, la biologiste Gervaise Masson, l'ayant conçu avec un habitant d'en-bas...
  D'où un point commun entre les héros des Derniers Jours et du Dernier Hyver, auxquels leurs mères ont caché le secret de leur naissance.
  Je remarquais qu'il y avait un seul endroit où l'équilibre fibonaccien entre chapitres Sylvain et sections Trinité était réalisé de chaque côté de la césure, entre 21 et 13 chapitres Sylvain.

  Un autre point commun extrêmement précis est la mention dans les deux romans que la rue Saint-Jacques était le Cardo maximus de la Lutèce romaine, page 349 de la première édition des Derniers Jours (433 en Pocket), page 311 du Dernier Hyver. L'information n'est pas d'une utilité péremptoire ni dans l'un, ni dans l'autre roman, surtout dans le second où de nombreux détails me semblent superflus.

  Il ne me semble pas que ces points communs soient suffisants pour accuser Papillon d'avoir trouvé son inspiration chez NEO, dont le roman m'a d'ailleurs paru faiblard par rapport à ses deux autres thrillers.
  Dans le premier, Les Orphelins du Mal, une bonne partie de l'intrigue concerne les messages disséminés dans l'oeuvre de la romancière à succès Marjolaine Papillon (!). Ces messages constituent un puzzle permettant de reconstituer l'enfance de cette Marjolaine, née Leni avant-guerre, d'une première expérience de clonage (!!), avec quatre frères, les Sven. C'étaient les prototypes d'une nouvelle humanité, nommée Ruche (!!!) à diverses reprises, dont Leni était destinée à devenir la reine, mais elle a refusé ce rôle pour devenir donc Marjolaine Papillon...
  Le projet de clonage à grande échelle a redémarré en 1986, avec cette fois pour reine de la Ruche Anne-Marie (parfois appelée Marianne dans les romans, de Marjolaine, et l'une des soeurs de Marie du Dernier Hyver est Marianne).
  Papillon, cinq clones, ruche (hyve), c'est presque trop, mais j'avais déjà vu ces clones de NEO avoir de remarquables échos avec un roman antérieur, dont NEO m'avait assuré n'avoir aucune connaissance...

  Elisabeth Duchesne a donc créé cinq clones d'elle-même dans les années 90, mais n'a gardé auprès d'elles que les deux dernières, les mieux "réussies", Emilie et Marie. La première clone, Rosalie, était plutôt ratée, souffrant de dégénérescence précoce, écartée du programme de la Ruche, pour laquelle oeuvrent des milliers d'adeptes.
  Rosalie n'a pas supporté ce sort, et a dévoyé quelques adeptes pour créer son propre groupe. C'est ce groupe qui a enlevé et torturé les deux autres soeurs, Marianne et Irène, pour leur extorquer les secrets du codex HYVER. Marie est enlevée à son tour, mais elle est sauvée par Emilie et les flics, Rosalie étant tuée dans l'opération.
  Dans le dernier chapitre, Emilie révèle à Marie, laquelle était trop jeune pour avoir été "initiée", les plans de la Ruche. Créer une nouvelle humanité, ou "féminité", qui ne sera composée que de clones d'elles-mêmes. Marie a la particularité de pouvoir procréer toute seule, tandis qu'Emilie a celle d'instiller un poison fatal à tous les hommes qui la pénètrent, ainsi la population masculine diminuera rapidement.
  En ce 15 août 2018, Assomption de la Vierge, la non moins vierge Marie rejette la proposition, comme Marjolaine-Leni chez NEO. Sa soeur la tue, et un épilogue montre le monde en novembre 2043, alors que les hommes ont pratiquement disparu de la planète, condamnés par les femmes de même que les bourdons sont tués par les abeilles à l'approche de l'hiver.

  Belle fin, du ro-man, et de l'homme...

  Avant mes commentaires, je rappelle que dans le troisième thriller fantastique de NEO,  L'enfant du premier matin (2011), le personnage principal prend le pseudo John Dee, le réel mage étant un personnage du Labyrinthe de la rose comme du Dernier Hyver.
  J'y voyais aussi de possibles structures fibonacciennes autour du nombre 34.

  Malgré une longueur qui semble devenir un impératif du thriller, j'ai voleté agréablement dans le roman de Papillon, en sautant quelques descriptions. La construction en est habilement menée, avec quelques jolies trouvailles. Je suis d'ailleurs depuis longtemps convaincu que la structure de l'ADN et le code génétique ont été étrangement anticipés, par la Vision de Yeats ou L'hélice dorée de Sturgeon par exemple.
  Le complot millénaire des femmes peut rappeler le Prieuré de Sion popularisé à grande échelle par Da Vinci Code,  avec d'ailleurs deux personnalités communes, Vinci et Newton. Papillon en joue avec habiletés dans l'avant-dernier chapitre historique, montrant Elisabeth (anagramme de habiletés) en 1997 au Roslin Institute, près du village écossais où est née Dolly, le premier clone réussi. Elle y travaille officiellement, tandis qu'officieusement elle fabrique ses clones humains...
  Ses réflexions l'amènent à Rosalind Franklin, la grande oubliée dans la découverte de la structure de l'ADN, Rosalind que le chapitre historique précédent montrait avoir fait partie de la conspiration. Elisabeth constate que Rosalind a reçu un prénom adéquat, car il contient ROSLIN, le lieu du premier clonage, et les lettres AD, pour Acide Désoxyribonucléique...
  Papillon montre Elisabeth se délasser de son travail en allant faire un tour à la chapelle Rosslyn voisine. Un Américain l'accoste, se déclarant écrivain, dont le premier roman va bientôt paraître, Forteresse digitale. On aura reconnu Dan Brown, lequel s'extasie sur les liens occultes entres Roslin, la Rose Line, le Graal, etc.
  Elisabeth lui rit au nez, mais je pense au nom que Dan donnera au héros de Da Vinci Code, Langdon (et de son précédent Anges et Démons, nom choisi en hommage à John Langdon, créateur de l'ambigramme utilisé dans le roman). LANGDON est l'anagramme de LONG ADN (ou LONG DNA), ce qui est une caractéristique de la macromolécule: dans une cellule, un chromosome humain ne mesure que 8 μm de long pour un diamètre de 0,5 μm, alors que la longueur totale du double brin d'ADN est d'environ 7 cm, 10000 fois plus long...
  Elisabeth constate après le départ de DAN que la colonne de l'Apprenti présente des spirales analogues à celles de la molécule d'ADN, et l'experte des clones en déduit que ceux qui avaient construit la chapelle connaissaient les secrets du codex HYVER.

  Il se trouve que j'ai consacré les deux billets suivant celui où j'étudiais Les derniers jours de Paris de NEO au roman suivant de Dan Brown, Le symbole perdu. J'y ai vu une possible architecture 52/84 (13/21) déterminée par le carré magique de Dürer, analogue à ce que j'avais vu dans Le labyrinthe de la rose, où c'était un autre arrangement des 16 premiers nombres qui déterminait la structure 21/13.
  L'énigme essentielle du Symbole perdu est la résolution d'un puzzle de 64 pièces, à l'aide d'un autre carré magique, celui de Franklin (Benjamin et non Rosalind). S'il n'en est question ni dans le roman, ni dans mes commentaires, 64 évoque aisément les 64 codons du code génétique, si fabuleux que ses découvreurs en ont été les premiers abasourdis.
  Je rappelle que Jean-Claude Perez s'est proclamé vainqueur du décryptage du supercode de l'ADN par un subtil jeu de mots sur le titre de Dan Brown. C'est une allusion (dépréciative) à son CODEX BIOGENESIS: les 13 codes de l'ADN dans [GATACA] qui m'a conduit à lire tous les romans de Thilliez, et c'est Puzzle du même Thilliez qui m'a fait repenser au puzzle du Symbole perdu.

  Un coup d'oeil à la page FB de Jean-Claude m'apprend qu'il vient, le 11 décembre, de relayer une information étonnante sur l'ADN du "chêne de Napoléon", l'ADN Duchesne?

  Les 5 "filles" de la mère Duchesne me rappellent une autre histoire de complot féministe mettant en jeu un livre secret transmis au fil des âges, la BD L'ordre impair, en 4+1 tomes parus de 2004 à 2008, intitulés
Anvers 1585
Séville 1600
Rome 1644
Paris 1791

et Où tout s'achève pour le dernier.
  Il existe en fait 4 exemplaires du livre magique Visio Veritatis, et un cinquième manuscrit est encore plus secret, un évangile féministe remontant à la nuit des temps...
  Je retrouve ce motif de quintessence dans le codex HYVE, devenant HYVER après la contribution essentielle de Rosalind Franklin, et dans les 5 filles d'Elisabeth, laquelle prévoyait de faire de Marie, la plus réussie, sa continuatrice.

  Tiens, les initiales des premières soeurs clones, Rosalie-Marianne-Irène-Emilie, pourraient former mon prénom REMI, par hasard puisque ces prénoms sont celles de femmes qui ont marqué le féminisme.
  Mais Marie refuse de suivre la conspiration, et c'est Emilie qui reste la seule survivante des 5 soeurs, Emilie à l'initiale E=5 comme Elisabeth.
  E contre M, 5 contre 13, ces lettres comme ces nombres me sont évocateurs, mais je passe sur quelques digressions pour en venir à quelque chose d'encore plus éplapourdissant que ce qui précède.

  Lorsque j'ai découvert le roman de Papillon début novembre, sa richesse m'a semblé commander d'en faire le dernier billet de cette 10e année de Quaternité. Je n'étais pas loin alors du 240e billet, 10 fois 24, alors que j'en avais publié 216 les 9 années précédentes, 9 fois 24, et cet équilibre m'a paru tout à fait séduisant.
  Il m'a encore semblé devoir donner un titre de valeur 240 à ce 240e billet, et j'ai trouvé
L'effet Papillon : les faits
qui m'a d'abord satisfait.

  Je donne assez souvent à mes billets des titres de valeur correspondant à leur ordre, ainsi parmi les 9 derniers billets 7 observent cette règle.
  Les contrevenants sont le 234e,
Un petit jeune homme habitant 18 rue de l'Assomption = 513,
parce que je venais de découvrir une coïncidence quaternitaire (un motif 4+1) concernant le nombre 513, lequel m'est extrêmement significatif,
et le 237e,
Sous les pans du concombre = 273,
parce que je venais de découvrir un roman titré Sous l'aile du Concombre, alors qu'à quelques mois de la parution de mon Sous les pans du bizarre était paru un roman titré Sous l'aile du bizarre.

  Or le nombre 513 m'est devenu emblématique pour un jeu découvert quelques jours après notre déménagement à Esparron, il y a 3 ans, sur les 8 premiers nombres de la suite de Fibonacci, écrits en anglais.
ONE+ONE+TWO+THREE+FIVE+EIGHT = 13x21 (=273)
1 x 1 x 2 x 3 x 5 x 8  = THIRTEEN+TWENTYONE (=240)
Vérification sur le Gématron.
  240 + 273 = 513, et mon billet contenait un sonnet de 513 lettres réparties selon les valeurs des 8 premiers nombres de Fibonacci (avec chaque vers de valeur 4+444).
  Je certifie n'avoir ni programmé alors de publier 3 billets plus tard un billet de valeur 273 (que j'aurais appelé Sous les pans du concombre quelle qu'en fût la valeur), ni avoir eu conscience à ces deux moments que le billet qui viendrait encore 3 billets plus tard serait le 240e.

  Il m'a donc semblé nécessaire de trouver un titre permettant un découpage 99-141 correspondant aux nombres 13-21, et je suis parvenu à
Oui, l'effet = 99 Papillon tue = 141
THIRTEEN = 99 TWENTYONE = 141

  Il y a encore de vertigineux échos entre les billets concernés. Le titre du billet 234 faisait référence à Perec, dont mon sonnet de 513 lettres était dérivé, et Perec avait remarqué que ses 3 adresses principales à Paris (5 rue Quatrefages, 13 rue Linné, 18 rue de l'Assomption) formaient une suite additive de type Fibonacci,
5 + 13 = 18 (ou E + M = R vu plus haut).
  Or un roman de 1949 de Pierre VERY (est-il paru en YVER?) introduit un jeune monsieur de 13 ans habitant 18 rue de l'Assomption, où vivait alors le petit Georges, âgé de 13 ans... Les ajustements pour parvenir à 513 m'avaient conduit à la forme "petit jeune homme".
  Je n'avais pas encore lu Inavouable, commenté dans le billet 237, Sous les pans du concombre, où il est question de la disparition du Jeune homme de Raphaël, expression qui a eu un écho dans le billet suivant, mais j'avais alors oublié l'avoir employée dans le billet 234...

  Ce billet 237 avait en exergue au dieu Hg, faisant pour moi d'abord référence au symbole du mercure plutôt qu'à l'auteur de Sous l'aile du Concombre, Henri Girard, dont je n'ai pu achever le roman. Le dieu Mercure ou Hermès, le trickster ou joueur de tours jungien, serait l'initiateur du codex HYVER, les serpents entrelacés de son caducée témoignant de la connaissance de la structure de l'ADN.
  Je rappelle que le dernier chapitre du Dernier Hyver s'achève sur la mort de Marie, le jour de l'Assomption 18 (le 21e des chapitres en été 2018). J'avais vu en forgeant le titre du billet 234 que le mot ASSOMPTION avait pour valeur 141, comme TWENTYONE (21) ou PAPILLON TUE. Le motif (1+4) fois 513 jours démarrait du jour de l'Assomption 2010.

  Ces derniers mois ont été marqué par des interférences entre Quaternité et Alluvions, le blog de Patrick Bléron. Le billet 235, juste après le "jeune homme" rue de l'Assomption, a conduit Patrick à lire un de mes vieux billets, où il était question de Fred Vargas et de la tuerie d'Escoire, où Henri Girard, coupable apparent d'un triple meurtre, avait été étrangement acquitté pour récolter ensuite des lauriers littéraires sous le pseudo Georges Arnaud.
  Quelques jours après un commentaire de Patrick sur cette affaire, j'apprenais qu'il venait d'en paraître en août une étude romancée, La serpe, de Philippe Jaenada, et qu'un réel écrivain nommé Henri Girard avait publié en juillet le roman Sous l'aile du Concombre.
  Incidemment, c'est une chronique de "l'oncle Paul" qui m'a appris cette parution, et c'est ce même oncle Paul qui m'a donné envie de lire Le dernier Hyver, que j'avais certes vu en librairie, mais sans éprouver le besoin d'aller plus loin.

  J'en parlais donc dans Sous les pans du concombre, publié le 2 novembre, et quelques jours plus tard La serpe obtenait le prix Femina. Patrick se laissait tenter par le roman, et commençait à en parler le 15, dans son 273e billet semainier (car le 15/11 est le 273e jour non seigneurial de l'année), A Surgères surgit La serpe.
  J'ai eu la curiosité d'aller voir quel était le 240e, et c'est Calamity Jane : la poule cayenne, qui traitait le 7/10 des Quatre fleuves de Fred Vargas.
  Ces deux titres ont pour valeurs 283 et 263, moyenne 273.

  Pendant l'écriture de ce billet, Patrick a publié plusieurs billets sur Led Zeppelin, un groupe venu un peu tard pour moi. Physical Graffiti du 13 décembre est consacré à l'album de même nom, dont les 16 lettres sont réparties sur 4 étages de 4 fenêtres sur la pochette:
  Un 4-4-4-4 qui fait évoquer à Patrick le carré de Dürer, et je constate que ces 16 lettres ont pour valeur un carré, 169 = 132, et que 273/169 = 21/13...
  L'oncle Paul vu plus haut est Paul Maugendre, membre n° 442 de l'association 813 (442 = 273+169).
  Les deux musiciens essentiels du groupe sont
ROBERT PLANT = 141 (= TWENTY ONE)
JIMMY PAGE = 99 (= THIRTEEN)

  Je reviens aux oppositions entre les trois soeurs, Rosalie, Emilie, et Marie, somme toute normales puisqu'il ne peut y avoir dans la nature qu'une seule reine dans chaque ruche. J'y reviens pour souligner l'adéquation de leur ordre de naissance, R-E-M, et des adresses successives des domiciles de Perec, 18-5-13. La pochette de Lez Zep m'a aussi rappelé La Vie mode d'emploi. Tiens, les soeurs RE sont des tueuses, et les MI leurs victimes.
  Une autre chose m'a fait penser à Perec, l'épilogue daté de novembre 2043, sans précision du jour. 11-2043 évoque à tout perecquien le 11-2-43, la date où sa mère a été raflée et emmenée vers Auschwitz, date dont les éléments (avec quelques autres nombres) structureraient ou jalonneraient l'oeuvre... La mort d'un personnage essentiel de La Vie..., Marguerite Winckler, morte en couches en novembre 1943, 11-43, est volontiers rapportée à cette obsession prêtée à Perec.
Note du 16: Après avoir fini ce billet, nous sommes allés à Manosque, et mon oeil a accroché à un moment le compteur kilométrique, 112431.
  J'ai appris récemment que Marguerite Winckler était le nom de la femme d'Auguste Lumière, lequel l'a épousé le jour même (31 août 1893, ou 21/13 de l'an 20 pataphysique) où sa soeur Juliette épousait le frère, Jules Winckler. Son frère Louis avait épousé quelques mois plus tôt Rose Winckler, et sa soeur France épousera quelques années plus tard Charles Winckler. Belle quaternité, dont j'aurai sans doute à reparler.

  Quoi qu'il en soit de la pertinence effective de la théorie du 11-43, elle a influencé la littérature ultérieure et c'est ainsi qu'apparaît un 1143 dans la BD La disparition de Perek.

  Il s'agit d'une adaptation d'un Poulpe de l'oulipien Hervé le Tellier (où le code était différent). Le Perek disparu dans l'affaire est un clone, mais je tenais à en parler d'abord pour l'architecture dorée entrelacée de la collection de poche Baleine, où le nombre de Poulpes est resté avec une étonnante constance en rapport d'or approximatif avec le nombre total de volumes de la collection.
  Plusieurs cas où l'harmonie est parfaite révèlent de belles coïncidences, notamment cette Disparition de Perek qui a le n° 89 dans la collection et qui est le Poulpe n° 55, deux nombres de Fibonacci, alors que Perec était intéressé par ces nombres et que Le Tellier, du temps où il était journaliste scientifique, avait accueilli favorablement la théorie de Jean-Claude Perez sur l'ADN fibonaccien.

  Tout ceci pour m'amener à un test sur les structures entrelacées, en utilisant le mot infini de Fibonacci que j'ai découvert dans la 5e et dernière aventure d'Imago Mundi, différant par plusieurs points des 4 premières parutions de cette BD:  J'ai réservé pour la fin ce test rébarbatif qui consiste à traduire en B et A les éléments des structures envisagées, et à les comparer au modèle mathématique, sans prétendre en déduire quoi que ce soit. Je suis pour ma part assez certain qu'aucune de ces structures n'a été calculée en fonction de Fibonacci, mais voyons les résultats.
  En ce qui concerne les 89 premiers volumes de la collection Baleine, les voici, répartis en 34-21-34, avec B pour les Poulpes:
BBABAABBBABBBBBBBBBBBAAAABBBAABBAB
BABABBBABBAAABBBAAABB
AABBBAAABBBAABBBBBBAAABBAABBBAABBB
  Les discordances avec le modèle sont en rouge, il y en a 44, et donc 45 concordances sur 89.

  Les 55 sections de la première partie des Derniers jours de Paris donnent, avec B pour les chapitres Sylvain: 
BABABABABBBABBABBABBBABABBABBABABA
BABABBABABABBABABBABB
  Il n'y a que 25 concordances sur 55, pire que ce que laisserait prévoir le hasard. Toutefois les résultats peuvent fortement varier selon le point de départ de la comparaison, et j'avais repéré une séquence de 14 éléments parfaitement corrélés.

  Enfin, il faut mettre à part un chapitre historique pour avoir 34 chapitres répartis en 21-13 dans Le dernier Hyver. J'avais envisagé le chapitre 34, lequel fait un saut en 357 avant JC, alors que les autres chapitres partaient de la mort d'Hypatie pour se rapprocher de l'époque présente. Ceci conduirait à seulement 12 concordances sur 34, alors que mettre de côté le chapitre 1 de la mort d'Hypatie mène à 20 concordances sur 34:
(a)BABBABBABBBABABABABBABAABBBABBABAB

  La mise à part du chapitre 1, ONE, pour avoir une structure 1-21-13, m'amène à ceci:
ONE + 21.13 = 34 + 273 = 307
FABRICE PAPILLON + LE DERNIER HYVER = 139 + 168 = 307
  De même que j'avais vu dans Deuils de miel un possible écho au manque d'un des 13 chapitres de la seconde partie, avec les 13 papillons du chapitre 21, dont un n'a pas d'utilité, il peut apparaître un 14  réparti en 13-1 dans le roman de Papillon. Les adeptes de Rosalie ont aussi tué Elisabeth, dont elles ont démembré le corps en 14 morceaux, de même que Seth dans la version la plus connue de l'assassinat d'Osiris. Isis a pu ensuite rassembler 13 des morceaux pour ressusciter Osiris, mais n'a pas retrouvé le phallus, et c'est par magie qu'elle a pu concevoir Horus.
  De même Papillon a choisi pour son chapitre 1 la version de la mort d'Hypatie selon laquelle elle a été démembrée.